APOCAPITALYPSE de TIMOTÉO SERGOÏ (Territoires de la mémoire) / Une lecture de Philippe LEUCKX

LES CAGES THORACIQUES de TIMOTÉO SERGOÏ
Philippe Leuckx

Un hommage à la poésie, une sorte de manifeste, un art poétique : Timotéo Sergoï administre dans « Apocapitalypse » (Territoires de la mémoire) un remède poétique à toutes les déveines du monde.

« Tu es poète. Avant toute chose, épouse la Conscience comme chair neuve sur un plateau » (p.29)

On connaît l’art du bateleur, clown nomade, celui du marionnettiste, celui aussi de l’amoureux cendrarsien.

La maîtrise des images, de la prose poétique en petits blocs de sens, où chaque mot porte, est ici confondante, puisqu’il s’agit de décliner un « art » et « une place » du poète dans notre société gangrenée par les collusions, les pollutions, les vilenies capitalistes.

« Territoires de la mémoire » accueille là un premier recueil de poèmes, puisque l’éditeur oeuvre surtout dans les essais d’histoire et de sociologie de la résistance aux clichés, tabous, idées toutes faites.

Timotéo Sergoï, à l’aise dans ces matières, donne alors un vrai plat de résistance : dans un lyrisme parfois soutenu quoique mâtiné de saillies plus sombres, il défend contre vents et marées la fonction de poète, non seulement indispensable, mais pourvoyeur de questions que peu de monde se pose.

Il y a ici, dans une langue surprenante (qui peut jouer aussi sur le néologisme et les signifiants), une exploration du « métier » de vivre en poète.

D’ailleurs, que citer? quand les pages abondent en beautés sensibles ; la phénoménologie sergoïenne consiste à appréhender le social dans toutes ses couches : l’écroulement des valeurs non marchandes; la vie marginale; la quête d’une « vérité » qui ne soit pas dictée, prédigérée; la « révolution » par la plume – non selon une vision naïve mais sous l’angle solidaire; cette vision assez socratique de « dire merci à l’ami qui nous éveille » à la conscience du monde etc.

« Le poète est debout » (p.80)

« J’entends tout d’abord par Poète chaque homme ou femme qui sait qu’on ne sait rien. » (p.51)

« Tu écriras par amour (mais le sable s’enfuit, mais les briques s’endorment, et l’oreiller chuchote). » (p.48)

Sous la bannière de Henri Pichette (poète dramaturge), Timotéo consigne les « douze déchirures », les « douze petits éclats de miroir » etc.

« Mon coeur est une maison vide » sonne comme une alerte essentielle : prenons garde qu’on ne voie plus venir de printemps, de « rossignol », d’amour.

Serait-il lecteur de Giono ce grand garçon qui propose : « Le vent tourne son épaule vers toi », manière de personnifier cette nature qui se défend d’être ainsi assiégée?

Pour l’avoir presque tout lu, je peux dire qu’on tient là un grand poète, fluide, diversifié, qui sait tout autant manier les outils du lyrisme (« ô le plaisir du boulanger qui brûle son front au fourneau et verra tous ses pains lever. »), et l’ironie fine, élégante d’un traceur de poèmes qui « écrit sur la vitre embuée ».

Le recueil sur les site de l’éditeur

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