ON NE COUPE PAS LES AILES AUX ANGES de CLAUDE DONNAY (M.E.O.) / Une lecture de Philippe LEUCKX

POÉSIE BRÈVE D'INFLUENCE JAPONAISE de IOCASTA HUPPEN (L'Harmattan) / Une lecture de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

Tout lu de lui, poèmes, romans. Le suis de longtemps (il commença en littérature en 1994). Il participa ( je cite dans le désordre) avec Marie Evkine, Antonello Palumbo, Mimy Kinet, Hélène Dorion, Christophe Manon, Alexandre Millon, à l’expérience poético-graphique de la fameuse revue Regart, au grand format, comportant des cahiers de photographies et nombre de ressources – poèmes, lectures.
Je lui ai consacré naguère un Dossier L (SLL dirigé par Jean-Luc Geoffroy).
Il fut enseignant.
Il est poète et romancier.
J’oubliais : depuis quarante-deux numéros (aux solstices seulement), il dirige la revue BLEU D’ENCRE.
Celle-ci s’est enrichie d’une maison d’édition – même appellation, qui accueille des voix diverses (Florence Noël, Carino Bucciarelli, Liliane Schraûwen, Jean-Louis Massot, Iocasta Huppen…)
Le voici, pour une troisième fois, romancier.

On ne coupe pas les ailes aux anges
En écrivant, en lisant, on progresse. Le deuxième roman m’avait ébloui par sa manière de croquer des paysages et des personnages sensibles. Sans doute, le premier était-il un peu tributaire de l’écriture poétique et du massif Kerouac.
Le troisième, incisif, presque décapant, aborde des sujets brûlants : la violence que des détraqués font subir à l’autre, qu’il soit étranger, noir, homosexuel.
La grande subtilité du livre est de « fonctionner » (pardonnez mon vocable) par strates (Donnay est de nature sallenavienne : on ne parle bien du concret qu’en géologue du coeur et du temps) et donc de donner, par empans larges, une vision polyphonique de la société. Vous me direz : Mauvignier, Philippe Besson proposent eux aussi une narration de cet ordre. Seulement, Claude Donnay les inscrit dans un « temps incertain » (comme dirait notre cher Hardellet), pas de date, pas d’époque, en quelle ère infernale nous trouvons-nous (l’extrême droite et son leader monopolisent l’attention au nord comme au sud du pays)?
Une enquête, une aide psychologique, un tableau de familles (un épicier honteusement véreux, violent, impère), une histoire d’amour contrariée par les tabous et refus d’une société (Arno et Bastian s’aiment, vont subir le choc violent de détraqués).

Claude Donnay
Claude Donnay

Le roman débute très fort : Arno est violé par des sauvages. Il a 18 ans. La canicule folle n’explique pas toute cette rage à son endroit. Il a tort pour cette bande d’être différent et le paie très cher.
Le sujet, pour actuel, nombre de faits divers l’attestent, débouche sur une vision plus large d’une société où tout peut entraîner le rejet, la violence, le viol de l’autre.
Arno est belge, d’origine italienne. Bastian est belge d’origine néerlandophone (le prénom du père est assez cinglant : il est violent, c’est Bart).
Le retour du « maccarthysme » ordinaire (non plus institutionnalisé comme de 1947 à 1954) mais insinué de longue date dans le cerveau décervelé de gens incultes, laisse ses marques : l’extrême droite et ses idéologies rampantes (rejet de toute différence, nationalisme exacerbé, égoïsme de classe, rejet de la consultation démocratique etc.) déboussolent et injectent çà et là leur prurit.
Le livre de Donnay montre des mères désemparées (leur fils a choisi une autre voie), des pères inquiétants ou fragilisés, un monde qui manque affreusement de repères : faut-il fuir? faut-il s’isoler? faut-il dénoncer cette société rongée par la finance et les profits de toutes sortes?
Au fil d’une enquête qui mène l’inspecteur à scruter le présent tout en débroussaillant son propre passé traumatique, le milieu découvre l’organisation violente d’une petite bande, la peur bleue des victimes désignées.
Les personnages de Mina, Annabelle, Ettore équilibrent les enjeux du roman par leur positivité, quand tout s’écroule à l’extérieur : émeutes, lynchages, séquestrations…
La société vole en éclats, dans un brasier caniculaire de tensions irrépressibles.

Claude DONNAY, On ne coupe pas les ailes aux anges, M.E.O., 2020, 284p., 20€.

Le livre sur le site de l’éditeur

Claude Donnay parle de son roman sur MAtélé

 

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