TANTAS ALMAS de NICOLÁS RINCÓN GILLE / Une chronique de Philippe LEUCKX

LES LUNES ROUSSES de TÜLIN OZDEMIR / Une chronique de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX 

Film de Nicolas Rincón Gille. 2h17.

Festival international du film d’amour de Mons.

Un pêcheur colombien, José, veut rendre sépulture à ses deux fils enlevés et tués par les forces paramilitaires en 2002. La quête des corps, l’hommage rendu à ceux-ci, le long du fleuve, à l’intérieur des terres, prend soudain la force de ce qu’Antigone a fait pour son frère sans sépulture.

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La beauté des images (le réalisateur, avant d’être documentariste, cinq films de 2003 à 2016, a été directeur photo), la mise en scène en tableaux silencieux ou en travellings lents au fil de l’eau ou de la progression dans la jungle, la qualité de l’histoire narrée, tout fait de cette oeuvre un appel à l’humanité, un recours filial d’une importance insigne.

Le père a découvert sa fille en pleurs lors d’un retour de pêche; les paramilitaires avaient commis leur sinistre besogne.

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Des séquences magistrales émaillent ce film : le début presque muet, séquence nocturne où les corps font avec l’eau une chorégraphie intense; le père s’accroche à des racines pour fouiller le fond du fleuve et trouve son fils Rafaël; José aux prises avec le commandant des forces paramilitaires qui le force à avaler des bols et des bols de soupe; l’aide apportée à José par des villageois qui offrent l’eau ou leur service; José retourne la terre d’un cimetière pour retrouver Dionisio, son autre fils aux trois doigts manquants; la fin sublime où la pirogue avance, petit poing rouge sur l’espace d’un monde ouvert.

Le père, fervent et pieux, allume des bougies, récite des prières, des chants, réussit même à éviter la mort de la part de deux brutes épaisses, en les affolant (« si vous me tuez, je vais vous poursuivre toutes les nuits »).

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Grand film qui tire parti aussi d’un équilibre assez rare entre séquences d’ombre et scènes diurnes.

Jamais le thème de résistance (à la violence, aux militaires, à la douleur, au chagrin) n’est forcé : aucune démonstration. Au contraire, le cinéaste a insinué tout au long de l’oeuvre une approche sensible, lente qui laisse le spectateur libre d’interpréter cette histoire vraie (les événements se sont ainsi déroulés dans la Colombie des années 2000, avant l’intervention des FARC et le traité de paix).

Du grand cinéma : il suffit de voir comment Rincón Gille joue des focales, amplifie l’espace cinématographique, accompagne son antihéros avec une fluidité de prise extraordinaire.

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