LECTURES DU CONFINEMENT par PHILIPPE LEUCKX : GONNET, NOËL, GUIVARCH

APOCAPITALYPSE de TIMOTÉO SERGOÏ (Territoires de la mémoire) / Une lecture de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

1

Francis Gonnet, Clarté naissante, Ed du Cygne, 2020.

« Ils collent leur solitude sur la toile cirée » (p.38)

ou

« D’un frôlement d’aile,

tu t’approches de ma soif,

pour y poser des mots » (p.26)

 

Ce gars-là aurait-il un père poète pour nous concocter d’aussi belles images?

Le livret abonde en petits poèmes vibrants sur un monde à réinventer, où l’imparfait donne des frissons d’avoir perdu tant d’éléments !

C’est une poésie « qui nomme », scande avec maestria :

« Que dire quand se referment les cils de ta voix?

juste un souffle en partage,

un silence » (p.25

Bien sûr, le travail poétique autour des allitérations (« La voix du vent…soulève les vagues », p.32), et des versets qui enlacent le lecteur :

« Ils grattent les dernières heures du jour,

leurs souvenirs à ras bord.

Les volets hachurent leurs visages,

la vie à demi close.

Parfois les doutes ponctuent les certitudes,… » (p.37)

Le livret se clôture sur la manière « d’apprivoiser » le monde, le silence, la pierre, de quoi « se réchauffer » et de « toucher l’amour de mille regards » (p.50)

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

 

2

Florence Noël, Branche d’acacia brassée par le vent, le chat polaire, 2020. Photographies de Pierre Gaudu.

En huit mouvements de quelques poèmes chacun, accompagnant celui des photos en mouvement tremblant, forçant le réel à nous convaincre, la poète née en 1973, trouve ici dans ce quatrième recueil à exprimer les aller-retour d’un cœur, à tu et à soi, entre blancheur des « égarements » et sensualité réitérée, où quelque chose d’éperdu se passe, se presse, en dépit du « revers de tes yeux clos », en dépit de « ta peau d’âme retournée ». On sent à la lire les déchirures et les beautés, les ferveurs comme les éclats (« défaites, désolations », p.27).

Ce nouveau « cantique », pour être aussi lyrique, en est de loin plus sombre, mais ce serait oublier que les étoiles pour « chuter » nous éclairent cependant et longuement.

La fin du livret à l’italienne sauve « la joie » du carcan des peines.

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

3

Cécile Guivarch, Te visite le monde, Carnets du Dessert de Lune, 2017. Prix Yves Cosson de poésie 2017.

Quarante-cinq tercets troussent les liens chauds, intimes entre une mère et son enfant, juste né. L’occasion donnée à la poète de nous trousser aussi de bien beaux néologismes en ferveur du petit être : « tu girouettes », « tu naissances » etc.

Une visitation d’après la naissance. Le monde est aux portes du cœur.

« tout commence par la lumière

t’aveugle fait crier tout l’air ton corps

un bonheur qui n’en finit pas » (p.39)

L’enfant happe la vie, le monde, et les poèmes qui le disent sont aussi vibrants que ceux concoctés par Savitzkaya dans « Marin mon cœur » c’est dire la beauté de l’entreprise verbale.

Le recueil sur le site de l’éditeur

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s