2020 – LECTURES POUR CONFINÉS : POURQUOI J’AI LU CE LIVRE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

2020 - EN ATTENDANT LE PRINTEMPS : TOUT EST DANS LA POSITION / La chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Les auteurs que je commente deviennent parfois de véritables prescripteurs et me font découvrir des éditeurs que je ne connaissais pas, c’est ainsi que j’ai découvert Le Feu sacré Editions et sa jolie collection Les Feux Follets dans laquelle elle demande à des auteurs de venir expliquer pourquoi ils ont aimé leur livre préféré ou un de leurs livres préférés.

C’est ainsi que Frédéric JACCAUD a expliqué pourquoi il a fini par aimer le monumental La Famille royale de William T. Vollmann et que Balval EKEL a dévoilé la raison de son amour pour Georges Simenon et notamment pour Les fantômes du chapelier.

 

Vagabondage

Frédéric Jaccaud

Le Feu sacré éditions

8/ Pourquoi je lis La Famille royale de William T Vollmann

FF8

Pour ma deuxième lecture d’un essai de cette belle collection qui rassemble les avis d’auteurs à propos de leur lecture préférée, j’ai découvert cet écrivain suisse grand admirateur du livre fleuve de William T. Vollmann : La Famille royale. Comme j’aurais voulu lire ce texte avant de me lancer dans la lecture de Treize récits & treize épitaphes du même Vollmann ou de Le Festin nu de William Burroughs et même de Dedalus de Joyce et quelques autres livres encore qui m’ont demandé beaucoup d’efforts et de concentration pour ne pas complètement sombrer dans ma lecture.

La Famille royale est avant tout un énorme pavé dont le nombre de pages varie en fonction des éditions, certaines éliminant des passages pouvant paraître trop confus. Les commentateurs le présentent souvent comme un roman, paru en 2000, qui décrit la lente immersion d’Henry Tyler, un détective privé, à la recherche de la « Reine des Putes » – dans le quartier populaire à fort taux de criminalité de Tenderloin à San Francisco. Mais Jaccaud ne s’attache pas à cette histoire, il s’intéresse au processus littéraire de Vollmann à sa façon d’écrire, de noyer le lecteur sous une masse de mots. Pour lui, « La Famille royale ne raconte pas une histoire … Elle propose quelque chose relevant de la masse écrite, un récit que l’on identifie plus ou moins au genre romanesque, qui s’écarte de toute volonté de clarté aussitôt que le texte débute, brouillant les pistes à mesure que celles-ci se divulguent ».

Frédéric Jaccaud intéresse davantage à la construction, à la confusion, du roman qui n’en est pas un, qui n’est qu’un amas de mots évoquant la liquéfaction de la société de la fin du XX° siècle. C’est aussi une volonté de chambouler, de mettre en cause, la littérature et peut-être, mais ça il ne le dit pas, de transporter dans la littérature les effets des psychotropes largement consommés dans un certain milieu littéraire où l’on pouvait rencontrer Kerouac, Burroughs, Ginsberg, Selby Jr et toute la bande de la Beat Generation que Vollmann a connu. « La Famille royale ne se fonde sur aucune intrigue, elle intrigue sur l’humain par son fait littéraire ».

Frédéric Jaccaud fait une analyse très fine, pénètre à cœur, le texte de Vollmann pour en débusquer les intentions, les prescriptions, il le lit, le relit, pour comprendre le portrait de la société que l’auteur cherche à montrer. Une fresque sociale qu’il compare à Les Menimes le fameux tableau de Velazquez, une mise en mots de cette célèbre toile.

La Famille royale fait partie de ces livres qu’on a presque tous mille bonnes raison pour ne pas les lire et justement c’est pour ces milles bonnes raison que Frédéric Jaccaud nous conseille de le lire même s’il en reconnaît tout ce qui peut rebuter le lecteur. « On se perd dans un paysage de mots, redoutant la densité d’un agrégat précaire … portant en lui-même les cicatrices qu’il met à jour … affichant, strate après strate, les apories du signe et les faiblesses stylistiques d’un projet littéraire vair ».

Mais il conclut son analyse par cette recommandation : « Il faut lire Vollmann pour toutes les raisons qui incitent à ne pas le lire ». Alors, profitez d’un long confinement pour plonger dans cette longue et ardue lecture !

À découvrir sur le site de l’éditeur

 

Gifs Flammes animes, Images transparentes flamme

Comme un trou lumineux dans le trottoir

Balval Ekel

Le Feu sacré éditions

9/ Pourquoi je lis Les fantômes du chapelier de Georges Simenon

FF9

Avant de lire cet opus, je ne connaissais ni cette collection ni son éditeur et ce fut une belle surprise. Juste une petite brochure qui tient très facilement dans n’importe quelle poche pour répondre à une question qui commence toujours par « Pourquoi je lis… », pourquoi je lis ce livre et l’auteur interpellé doit répondre sous la forme d’un court essai par lequel il explique pourquoi il apprécie l’auteur et particulièrement le livre qu’il a choisi. Ainsi Balval Ekel dévoile qu’elle aime beaucoup Georges Simenon et particulièrement Les fantômes du chapelier dont l’action se situe à La Rochelle, ville de la région qu’elle habite aujourd’hui.

Pour formuler sa réponse, elle met en scène un rendez-vous qu’elle aurait eu avec un journaliste de la presse quotidienne locale, la fameuse PQR, un rendez-vous que le journaliste en question a beaucoup de mal à honorer eu égard à son emploi du temps. En l’attendant dans « Le Café des colonnes », là où le chapelier et son voisin d’en face venaient régulièrement boire un verre mais pas ensemble, bien que commerçants, ils ne sont pas du même monde, l’un est un Rochelais pure souche, l’autre est un migrant, un Arménien. Elle décrit ce lieu plein de charme comme un concentré de la ville avec ses strates ou s’assemblent les gens de pouvoir et les autres, séparément. Les riches qui ont le pouvoir ne se commettent pas avec les pauvres. On ne trouble pas l’ordre établi.

Dans cet essai Balval aborde diverses questions soulevées par l’auteur dans son roman : l’approche du temps, le chapelier semble vouloir « vivre dans une sorte de présent éternel » qui « le rassure ainsi que les autres notables… » ; la place et le rôle des femmes que le chapelier assassine sans beaucoup de vergogne en souvenir de la mère qui le tyrannisait ; la xénophobie et l’antisémitisme qui semblent aller de source pour cette classe sociale nantie qui ne souhaite pas partager ses avoirs et son pouvoir. Ces thèmes se retrouvent peu ou prou dans les relations très équivoques qui relient le chapelier et le tailleur : bons voisins, ils ont des relations civiles, courtoises même, mais chacun épie l’autre, s’en méfie, ils ne sont pas du même monde… « Simenon dénonce la machine à exclure – … -, une société où chacun ne vaut que par son utilité… ».

A cette lecture, on sent bien que Balval Ekel apprécie beaucoup Georges Simenon et que ce roman la fait vibrer, elle connaît trop bien la ville et les lieux où se déroule l’intrigue pour rester insensible à cette tragédie dont la ville est l’un des protagonistes. Elle n’hésite pas à s’élever contre les accusations formulées à l’encontre de l’auteur lorsqu’il fallut démêler le bon grain de l’ivraie après l’immonde guerre. Pour ma part, tout au long de cette lecture, j’ai vu Charles Aznavour, tout tremblant, accrocher ses volets sous le regard inquisiteur de son voisin.

À découvrir sur le site de l’éditeur

LesFeuxFollets - Saison 1

 

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