VERS UNE CINÉTHÈQUE IDÉALE : L’ASSASSINAT DU DUC DE GUISE / Un article de Daniel MANGANO

VERS UNE CINÉTHÈQUE IDEALE

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Un coup de cœur de Daniel MANGANO

L’Assassinat du duc de Guise (1908)

 

L’Assassinat du duc de Guise.

Film historique muet d’André Calmettes, France, 1908, 17 minutes.

L'Assassinat du duc de Guise 1/3 - Les Echos de Nampilly

 

Tactique, dagues et duc…

Tourné en 1908, L’Assassinat du duc de Guise est un court-métrage aujourd’hui incontestablement daté, qui mérite cependant de ne pas tomber dans l’oubli.

D’abord, il marque une volonté de faire du cinématographe une discipline véritablement artistique en le faisant sortir du statut de simple attraction de fête foraine, dans lequel il était généralement confiné jusque-là. La société fondée par son producteur, Paul Lafitte, s’appelle à dessein Le Film d’Art. Le choix du sujet et des personnages n’est donc pas anodin.

Ensuite, le scénario est dû à la plume d’Henri Lavedan, membre de l’Académie française. Il s’agit d’inscrire l’œuvre dans le strict registre du classicisme et d’illustrer un épisode marquant de l’Histoire de France. L’Assassinat du duc de Guise inaugure d’ailleurs le genre du film historique, promis à un bel avenir.

Surtout, le film va bénéficier d’une composition originale de Camille Saint-Saëns, ce qui fait de l’Opus 128 pour cordes la première B.O. de l’histoire du cinéma.

 

L’intrigue ? Après un préambule chez la marquise de Noirmoutiers, qui prévient vainement le duc du danger de se rendre chez le roi, nous sommes plongés dans les salles du château de Blois. Henri III explique à ses gardes son plan pour l’assassinat, qui se déroulera comme prévu. Le duc, après avoir été poignardé à maintes reprises, succombera, son corps sera emporté et brûlé.

 

Inutile de parler de théâtre filmé ! Comment pouvait-il en être autrement à l’époque ? Les acteurs sont d’ailleurs des sociétaires de la Comédie-Française. Si le jeu peut sembler outré, on remarque une vraie volonté de limiter les mouvements et gesticulations par rapport aux films de Méliès, ce qui confère aux scènes une certaine gravité. Charles Le Bargy, qui incarne Henri III, a des mines de conspirateur et évoque déjà un peu la figure du Ivan le Terrible d’Eisenstein. Son costume et ses boucles d’oreilles soulignent l’image de dandy décadent entretenue par les historiens. Le crime est filmé comme un ballet chaotique et sanglant, avec un mouvement d’enfilade poursuivi d’une pièce à l’autre, jusqu’à ce que le duc tombe à terre.

 

Ne commettons pas l’erreur de juger ce court-métrage très inventif à l’aune de nos conventions d’aujourd’hui. À l’instar de son protagoniste, ce film d’un autre temps est sans doute « plus grand mort que vivant ».

 

Daniel Mangano.

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