CRIS ET CHUCHOTEMENTS d’INGMAR BERGMAN / Philippe LEUCKX

LA FÊTE À HENRIETTE de JULIEN DUVIVIER / Une chronique de Philippe LEUCKX
Philippe LEUCKX

Les « trois sœurs » de Bergman, entre cris de douleur d’une maladie inexorable, insupportable, et les chuchotements d’une servante Anna, qui est peut-être bien la seule à dispenser le vrai amour.

Cris et Chuchotements - Film (1972) - SensCritique

Karin, Maria assistent à la décrépitude d’une sœur, qui n’est plus qu’un visage affaibli dans un grand lit à la couverture rouge, Agnès.

Toute la maison – une enfilade de longs couloirs et de très grandes pièces d’une résidence bourgeoise – est d’un rouge qui évoque aussi bien le sang que la souffrance ou la mort imminente avec son horreur.

Le médecin qui vient au chevet, les deux sœurs, n’y peuvent rien : Agnès, déjà sur l’autre rive, les effraie.

« Le silence » (1964) déjà traitait de la maladie : la phtisie d’une des héroïnes (jouée par Ingrid Thulin) encombrait l’intrigue d’une marque terrible.

Une mise en scène, toute de rectitude – les gestes, les déplacements, les conversations intimes, le sein de la « nourrice » pour un baume passager, …- grossit les visages, les rides, l’effroi dans le regard… à l’aune du miroir où le médecin dont s’est éprise Maria consigne toutes les traces de son vieillissement précoce de femme.

Cris et chuchotements | Cinématographie, Cinéma, Cinématique

Elle privilégie les espaces intérieurs, huis clos des émotions.

L’auteur de « Persona » (1966) retrouve les très gros plans : ainsi le double visage des deux soeurs Karin et Maria, enfin réunies après une violente algarade. Scène qui rappelle les deux visages interchangeables, très ressemblants de Bibi Anderson et Liv Ullman, dans le film-phare de 1966, sans doute le sommet de son art.

L’acuité du médecin, sa cruauté relaie certes le scalpel qui détache les émotions, les hypocrisies, les jalousies comme des peaux infectes.

Avec Antonioni, Ozu, Tarkovski, le cinéaste suédois perçoit l’infime beauté ou l’infime angoisse qui s’insinuent dans l’être humain. Ce sont quatre cinéastes entomologistes de l’âme humaine.

Les interprètes (Ingrid Thulin, Liv Ullman, Harriett Anderson) donnent chair, sang, froideur, sens de l’humain à ces personnages que la vie dépiaute progressivement : l’âge, la mort, la maladie ont pris le pas sur la beauté.

 

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