CROÛTE TES RESTES / PHILIPPE BRAHY

 

« Croûte tes restes… » : est le titre de cette photo en couleurs (rare) et qui représente un pain chaudement sorti du four, croûte éclatée et dorée. Ce pain, préparé du matin, avec amour, fierté et gourmandise par m’amie, avait bien de l’allure. Il ne m’aurait pas déplu de le partager avec elle au petit déjeuner avec un bon café noir et du beurre salé, toutes sensations oubliées.

M’amie avait une façon bien à elle de titrer ses images et se jouait des mots pour en suggérer d’autres, ce qui laissait une libre interprétation au sens que l’on pouvait lui donner. Moi-même friand de ces jeux de mots, je me mis à penser – mes restes, des croûtes ! Moi, un vieux croûton ? Elle eût tôt fait de me rassurer car plus… « terrestre » en réalité. Tout de même, à la photo suivante : « Çamisole ! » Pour – ça m’isole ! ou camisole… de force, je n’étais pas loin d’y perdre la tête. La photo représentait une scène de détapissage, je me lançai donc dans un « détapistage ! » bien de saison. En effet, m’amie s’était cachée sous un grand pan de papier qui ne laissait voir que deux avant-bras sous un bouclier de papier peint, toujours solidaire de son mur. Les grandes manœuvres du printemps avait commencé et on peut imaginer qu’il y aurait du sport sous l’effort.

Cette autre image s’ouvrait sur les félicitations de Inii Ni : « Absolument fantastique. Un koan visuel ! Félicitations ! ». Le kōan prend la forme d’une aporie (contradiction insoluble) qui ne peut être résolue de manière intellectuelle. Cela me convenait car l’image était « spirituelle » et m’amie, tout comme moi, étions l’aporie absolue. Aucune impasse pour nous mais du vraisemblable et rien d’étonnant pour moi à voir dans ce montage photo une fille suspendue par les pieds à des ballons emplis d’hélium qui touchaient terre tandis que la tête de la fille était dans les nuages. Un peu comme un soleil peut cacher un nuage et un porte-avions s’y promener !

La pesanteur sur terre, m’amie écrirait – la pesante heure surterre– en pensant aux « surterre » de Saint-Pol-Roux allant jusqu’à me faire imaginer un vaccin pour le Covid19 : le Zigomaticorona© et s’exclamer : « l’envers allant droit ! », ce qui n’était pas faux. Imaginant aussi dans cette autre image en camaïeu de blanc que cela pouvait paraître « Sombre… ». Ce qui autorisa un certain Patrick Pialet, (pis à lait) de prétendre : « Il y a du monde à laitage… » car rien ne démontrait dans l’image de cet escalier d’un blanc immaculé, s’il descendait ou montait ! Il suffira au « laitier » de bien s’accrocher à la rampe inexistante, un passage pour moine –Variété de phoque des mers chaudes. Mais cet intrus, citant Alfred de Vigny, n’en resterait pas là.

« J’ aime le son du corps le soir au fond des [draps]… » Patrick Pialet. Je répondais : « Que de fois, seul, dans l’ombre à minuit demeuré, / J’ai souri de [l’attendre] , et plus souvent pleuré ! » La photo, ici commentée, est comme la précédente, virginale, c’est-à-dire d’une blancheur absolue que soulignent certains contrastes du « miroir à la nonne », mère supérieure, drapée dans la blancheur du coton et fixant un miroir rond, sorte « œil-de-bœuf » n’ouvrant sur aucun paysage, pas même son visage ; « Chien andalou » muet, à la Luis Buñuel qui rêve d’une lame de rasoir fendant un œil et qui, « l’instant d’après le film montre en gros plan la main de l’homme tenant le visage d’une jeune femme tandis que le rasoir tranche son œil par le long ». Il n’y avait pas tant d’horreur dans cette image que la photo d’une mariée drapée de blanc debout sur un lit et tournée vers ce miroir. « Le blanc qui, d’un point de vue positif, est lumière ; mais la lumière n’existe que par le feu dont le symbole est le rouge. Opposé aux ténèbres maléfiques, le blanc désigne le bien ; mais opposé à la séduction des couleurs et au rouge du sang vital, il désigne l’absence et la pâleur de la mort. » « Le blanc agit sur notre âme comme un silence, un rien avant tout commencement. » — Vassily Kandinsky.

 

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