2020 – LIRE POUR DÉCONFINER : NOUVELLES NOIRES, NOUVELLES LOUFOQUES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

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Denis BILLAMBOZ

Pour bâtir cette chronique, j’ai assemblé deux recueils de nouvelles un peu particuliers. Un recueil de nouvelles plutôt noires, plutôt longues, de Francis DENIS et un autre recueil, à l’opposé, de nouvelles très courtes et plutôt loufoques de Patrick BOUTIN. Dans les deux cas, des textes policés, un langage riche et des histoires peu banales, même surprenantes pour certaines.

 

Jardins (s) – La femme trouée

Francis Denis

La route de la soie – Editions

critiquesLibres.com : Jardin(s) - La Femme trouée Francis Denis

Ce recueil comporte deux longues nouvelles, ou deux courts romans, ou un court roman et une longue nouvelle mais peu importe le contenant, il nous restera toujours l’émotion dégagée par ces deux textes pathétiques, tragiques, poignants… Des histoires qui auraient pu figurer dans Les désemparés, un précédent recueil de Francis Denis.

Jardins(s)

Un quadragénaire vivant seul avec son animal de compagnie éprouve les affres d’une profonde solitude, il se sent ignoré et même rejeté par son voisinage, il a l’impression de ne pas exister pour les autres, il est insignifiant. Pour se faire remarquer, pour exister, il décide de construire dans son étroit jardin, une piscine particulière qu’il ouvre aux enfants du quartier. Il est alors beaucoup mieux considéré, les voisins le saluent, il est un personnage du quartier, il existe. Mais il lui faut payer les travaux de construction de cette piscine et le maçon le fait chanter au sujet de certaines formalités administratives qui n’ont pas été respectées. Le maçon subit ce que risquent tous les maîtres chanteurs et les malheurs du pauvre bougre recommencent. Il espérait construire une vie nouvelle avec la belle Clotilde mais son forfait, bien qu’ignoré de tous, risquent de remettre en cause tous ces beaux projets.

Le drame de la solitude, de ceux qui, comme ce garçon, ont été transbahutés de foyers en familles d’accueil, ne s’installant jamais réellement dans la vie, restant à tout jamais des déracinés, des apatrides de la société. Le déchirement aussi de la culpabilité qui condamne plus sévèrement que les tribunaux.

Francis Denis

La femme trouée

L’histoire d’une fille qui raconte une l’histoire qu’elle aurait pu avoir mais qu’elle n’a pas eue. Enfant, Marguerite a fait une très grosse bêtise, elle a allumé un incendie en jouant avec les enfants des maîtres de sa mère. Elle s’en est sortie mais les deux autres enfants ont péri dans les flammes. Après une longue hospitalisation, elle a pu reprendre une vie indépendante avec sa mère qui a consacré toute son existence à cette enfant muette et handicapée. Son amour pour sa fille est sa seule raison de vivre et, quand elle décède, Marguerite écrit l’histoire qu’elle aurait pu avoir si sa mère ne l’avait pas étouffée de son amour. C’est bouleversant !

Francis Denis écrit ces textes dans une langue simple, précise, épurée, fluide, élégante, très agréable à lire même s’il raconte des histoires déchirantes. Cette écriture permet de lire ces textes bouleversants avec moins de douleur.

Le livre sur le site de l’éditeur 

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Les noces de porcelaine

Patrick Boutin

Simon Deshusses (illustration)

Ginkgo éditeur

Les Noces de porcelaine

C’est la quatrième fois en une période relativement brève que je lis et commente une œuvre de Patrick Boutin, j’ai donc eu tout le loisir d’apprécier sa virtuosité langagière, sa profonde connaissance du vocabulaire français que tant de personnes oublient beaucoup trop vite, sa créativité pour inventer des jeux de mots, calembours, aphorismes, allitérations et autres formules de styles dont il nourrit abondamment ses textes. Ses divers jeux sur les mots semblent être totalement intégrés dans son projet littéraire, il semble non seulement écrire des histoires mais aussi jouer avec les mots et la façon de les assembler pour produire un effet littéraire. Il ne lésine pas non plus sur les mots rares, savants, exotiques, scientifiques pour enrichir ses textes, mais aussi pour toujours donner le mot juste sans avoir recours à des néologismes à la mode ou à des mots sans sens réel tirés d’une altération de la langue anglaise.

Bozon2X éditions
Patrick Boutin

Ce recueil comporte trente-sept nouvelles courtes, en moyenne une page, parfois quelques lignes, d’autres fois deux ou trois pages, racontant des situation étranges, bizarres, déjantées, presque toujours improbables. Même si pour la plupart elles créent des situations apparaissant incroyables, les aventures qu’elles dépeignent restent plausibles car dans notre monde tout est possible même le pire. Patrick Boutin immerge le lecteur dans l’impossible pour lui montrer que tout est possible, selon la célèbre formule de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

Ce recueil ne serait pas aussi attractif, aussi éloquent, aussi jouissif si l’auteur n’avait pas sollicité le concours d’un illustrateur, Simon Deshusses, qui a produit un dessin pour chacune des nouvelles, apportant ainsi une autre dimension au texte en le mettant en scène, en donnant un corps aux personnages, en ajoutant un touche humoristique ou ironique à chacune des histoires racontées par l’auteur.

Je rangerai ce livre entre le recueil d’aphorismes « Le fruit des fendus » écrit par Patrick dans la célèbre collection « Les P’tits cactus » des Cactus inébranlable éditions et son recueil de nouvelles, « Miroir, miroir » récemment publié par Bozon2x éditions. Il me semble se situer à la médiane de ces deux recueils adoptant les formules de l’un pour épouser des histoires aussi étonnante que l’autre.

Le livre sur le site de la Librairie du voyageur

 

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