2020 – LIRE POUR DÉCONFINER : L’AFRIQUE DES CALAMITÉS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

2020 - LECTURES POUR CONFINÉS : PETITS MAIS TALENTUEUX / La chronique de Denis BILLAMBOZ
Denis BILLAMBOZ

Au début de l’année, M.E.O. a publié deux livres qui racontent l’Afrique porteuse des malheurs et calamités qui fournissent, hélas, trop souvent la matière de l’actualité. Monique BERNIER qui était au Rwanda au début du tristement célèbre génocide a écrit, vingt-cinq après, l’histoire qu’elle a pu reconstituer et essayé de comprendre. Gérard ADAM a, lui, réédité le livre prémonitoire qu’il avait publié au début des années quatre-vingt-dix pour annoncer une pandémie virale à la fin du millénaire, il a raté la cible de deux décennies mais pour le reste tout est valable.

 

Les hibiscus sont toujours en fleurs

Monique Bernier

M.E.O.

Bibiscus

En 1994, Charlotte a 10 ans, elle est la fille de l’Ambassadeur de Belgique au Rwanda au moment où le massacre des Tutsis commence, bien vite elle est rapatriée en Europe, elle n’a presque rien vu, elle ne sait rien, ses parents ne se sont jamais occupés d’elle, ils ont toujours refusé de répondre à ses questions. Elle a été élevée par Nounou, la domestique qui s’occupait des tâches ménagère à la résidence de l’ambassadeur. Vingt ans après, son mari tyrannique l’ayant abandonné, ses parents ayant émigré au Brésil, elle décide, contre l’avis de tous, de partir seule au Rwanda pour savoir ce que sont devenus Nounou et son fils Daniel qui jouait souvent avec elle, pour savoir ce qui s’est réellement passé, pour comprendre pourquoi on refuse de répondre à ses questions.

Avec l’aide d’un chauffeur de taxi particulièrement complaisant, elle découvre peu à peu ce que fut le massacre, ce qu’est devenu le Rwanda et surtout ce que sont devenus ceux qu’elle a aimés. Elle mesure l’immensité et l’atrocité de la violence qui s’est abattue brutalement sur ce pays aux apparences pourtant si paisibles en visitant l’ossuaire de Murambi où les corps pétrifiés « hurlent l’horreur », ce lieu mémoriel que Boris Boubacar Diop a mis en scène dans son roman : « Murambi, le livre des ossements ». . Elle essaie de comprendre comment une telle violence a pu se déchaîner sous le regard complaisant des Européens. Elle essaie d’identifier les coupables mais elle est bien obligée d’admettre que le massacre rwandais ne se peint en pas en noir et blanc, qu’il y a de nombreuses nuances de gris à prendre en compte.

Monique Bernier
Monique Bernier

Elle croit qu’elle aussi peut être classée parmi les responsables, chargée de la culpabilité de sa famille, et elle comprend que parmi les bourreaux d’hier certains sont peut-être aujourd’hui d’autres victimes. « Victimes et bourreaux sont indissociables, pour toujours enchaînés l’un à l’autre ». Ce génocide a été expliqué, tout n’a pas été révélé, toutes les culpabilités n’ont pas été dévoilées… Au-delà de l’affrontement entre deux ethnies pour s’assurer la maîtrise d’un territoire, elle s’interroge sur la capacité de l’homme à recourir à des violences d’une barbarie incroyable, sur la capacité de son père à laisser assassiner jusqu’à ceux qui servaient sa propre famille. « Les génocidaires n’étaient pas des extra-terrestres …. C’étaient des gens comme nous. C’étaient des voisins, des cousins, des professeurs… »

Monique Bernier était au Rwanda en 1994, elle n’était probablement pas la fillette qu’elle met en scène mais elle en sait assez pour accuser violemment l’ambassadeur, les Occidentaux en général et l’ONU d’avoir été totalement passifs et peut-être même un peu plus : vaguement complices ! Justice a été faite, avec les moyens du bord, certaines impunités sont douloureuses à supporter mais les Rwandais doivent regarder leur avenir et reconstruire leur pays. Son ami la persuade que « chaque étranger qui retourne chez lui doit emporter une belle image de mon pays. Il faut qu’il puisse dire à ses amis, à sa famille : le Rwanda est un pays magnifique ! ». Hélas ce n’est pas le seul pays à avoir connu l’horreur et l’abomination, ils sont nombreux à avoir voulu asseoir leur pouvoir en éliminant et en torturant leurs opposants ou même de purs innocents.

Et si le vrai responsable était « cette humanité capable de concevoir autant de souffrances, capable de préparer un génocide, de planifier l’horreur. Planifier la mort. L’accomplir. La laisser accomplir. Rester spectateur… » ?

Le livre sur le site de M.E.O.

 

Bouton

La lumière de l’archange

Gérard Adam

M.E.O.

Lumarc

En cette période de pandémie, les Editions M.E.O rééditent ce roman de Gérard ADAM écrit entre 1986 et 1990, un texte prémonitoire qui évoque une épidémie née au cœur de l’Afrique, aux confins de la Centrafrique, du Congo (Zaïre) et du Cameroun, menaçant l’avenir même de l’humanité en 1999, au moment du changement de millénaire même si celui-ci n’est effectif qu’à la fin de l’an 2000. Pour bien comprendre ce livre il faut bien apprécier les divers temps qu’il comporte : celui de l’écriture, entre 1986 et 1990, celui de l’intrigue, 1999, celui de la réédition, 2020, et sans qu’il y soit fait allusion celui de la pandémie devenue effective, 2019/2020. La pandémie actuelle pourrait donc être celle que Gérard Adam a annoncée dans son livre à la fin des années quatre-vingt du siècle dernier, celle qui ne serait pas advenue au changement de millénaire mais peut-être celle qui sévit actuellement. Il convient aussi de prendre en compte le temps d’avant, le temps de l’enfance, le temps de la jeunesse, le temps de la construction des amitiés et des réseaux, notamment le Club Saint Michel, le temps des bonheurs et des épreuves.

Pour suivre l’histoire il faut aussi bien situer les événements dans l’espace, le cœur de l’Afrique qui voit naître l’épidémie, la région de Nola notamment, le monastère de San Miquel de Mar lieu mythique où vivent deux personnages gardiens de la mythologie qui a vu naître le Club Saint Michel, le lieu de l’enfance du héros, Pierre Lhermitte, l’Occitanie, le lieu de sa convalescence non loin du monastère, et tous les lieux, dispersés dans le monde, qui hébergent les chercheurs réunis au sein de Club Saint Michel

L’épidémie qui a pris naissance au cœur de l’Afrique a atteint le Professeur Lhermitte, responsable de son éradication, il passe sa convalescence à proximité du monastère avant de rejoindre son poste au cœur de l’Afrique, sur le terrain, pour contenir l’épidémie et sa nouvelle phase qui se dessine. Cette épidémie ressemble à toutes les épidémies virales comme celle que nous connaissons actuellement. Gérard Adam est médecin, il a été affecté en Afrique pour combattre, entre autres, ce type de maladie, il connait très bien le sujet. Et, déjà il y a trente ans, il évoquait les conflits de personnes sur la gestion de la crise sanitaire, sur les méthodes de lutte contre le virus, sur la compétition entre les chercheurs mais aussi des luttes d’égos…

Adam
Gérard Adam

L’aspect sanitaire est très important dans le livre mais il n’en est pas le cœur, l’auteur cherche plus à montrer l’aspect humain d’une telle crise, véritable révélateur des forces et faiblesses humaines devant la remise en cause de de l’humanité elle-même. Comme l’histoire est racontée par le héros qui a connu lui-même la maladie, il peut évoquer un chapitre souvent éludé, celui de la souffrance, de la douleur, du délire, de la peur, du stress… sur lesquels il met des mots, des images, des pensées, des angoisses… Il évoque aussi l’aspect social en envisageant la naissance d’une autre société dans un autre monde.

Mais l’aspect de cette prémonition qui me parait le plus important est la dimension métaphysique que l’auteur donne à sa prémonition, il semble bien qu’il ait été, et soit encore, plus ou moins convaincu qu’un risque de pandémie fatale pour l’humanité existe bien. C’est peut-être pourquoi il a voulu donner cette dimension mystique à son histoire, la lutte entre Saint Michel, celui du monastère, et le dragon qui incarne le diable. La lutte du bien contre le mal, la lutte entre ceux qui considèrent le mal comme une punition divine et ceux qui croient encore en l’homme. Gérard Adam puise au plus profond de la foi cathare à travers une approche mythanalytique enseignée par une vieille dominicaine gardienne des croyances médiévales qui envoyaient les ordres mendiants sur les chemins de la chrétienté pour rappeler les croyants, comme les autres, à l’humilité, la charité, la foi, et toutes les vertus qui font considérer l’autre avant soi, le pauvre avant le riche. Le raisonnement de l’auteur ne s’arrête pas là, il va plus loin encore au plus profond d l’homme, peut-être là où certains considèrent que siège le cerveau reptilien, celui qui existait avant que l’homme pense, celui qui guidait l’homme vers la survie, le développement de son espèce, la station debout là où il allait migrer pour que l’homme pense. Mais la pensée n’enfante pas que le bien, elle peut accoucher aussi du mal, celui qui anéantira l’espèce sauf si quelques êtres « primitifs » dirigés par leur cerveau reptilien réinventent la vie.

Ce livre est éminemment prémonitoire même s’il manque sa cible de deux décennies mais je ne crois pas que l’auteur voulait avertir l’humanité d’une telle possibilité, je pense qu’il voulait plutôt montrer que l’homme est le principal ennemi de l’homme et qu’un retour à des valeurs très primaires pouvait faire renaître une autre humanité plus … humaine. Mais, ce livre est tellement riche que chacun peut y trouver son message.

Le livre sur le site de M.E.O.

 

 

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