ASPÉRITES de PASCAL FEYAERTS (Le Coudrier) / Une lecture d’Éric ALLARD

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Dès l’entame de son nouveau recueil, le poète confie :

Je n’aurai jamais ni d’anneau

Ni d’enfants ni de vue à long terme

Debout seul dans un fier marécage

Qui ne mange de l’intérieur et déborde

Seul si seul à tenter d’écrire le poème ultime

A défricher l’espace fantôme du rien (…)

Il développe ensuite son programme, cherchant à ouvrir la clé de son être, creusant ciel et terre pour y parvenir.

Le ciel demeure à creuser

Si l’on veut atteindre le côté

Préhensible de l’âme

Il le fait dans une poésie dense, fort belle. Les énigmes qu’il (se) pose, les comptines métaphysiques, les maximes allégoriques n’ont pour but que la mise à nu de son être. C’est la lutte avec l’ange du langage, dans le fracas raisonné et résonnant des ailes de la poésie. D’où les traits d’humour et l’autodérision ne sont pas exclus, loin s’en faut.

Il se frotte, pour ce faire, au tranchant des mots, aux arêtes du réel, là où l’être bute, là où par ailleurs l’âme décolle. 

Il faut faire métier d’angle

Si l’on veut respecter l’arête

Qui lie la mélancolie à l’espoir

Le provisoire à l’infini

Et que la vie soit d’équerre

Dans la permanence

Des solitudes trop apprises

Feyaerts Pascal
Pascal Feyaerts

C’est dans une quête forcément solitaire qu’il se lance pour trouver ce poème ultime « où l’on ne connaîtrait plus de lui que l’infusion d’un être », comme l’écrit Jean-Michel Aubevert. 

Le poète, débarrassé, dans l’élan poétique, des affres du quotidien, se concentre sur les éléments, surtout l’eau et le ciel, entre mer et cosmos, entre deuil et espoir. À la lueur du poème, il dénoue les rets dans lesquels le cœur est pris, il ranime la flamme du sens. En dégageant l’âme de sa gangue, en l’ouvrant au ciel, il libère le corps et la mémoire, s’en fait des alliés.

Du chant seule l’aspérité persiste à luire

Quand sa lumière a rejoint la tiédeur

Des murmures et qu’aujourd’hui

Avance avec l’instant pour mémoire.

Dans l’impossibilité de se rendre invisible au temps qui passe, il sensibilise son présent au passé. En veinant son verbe, en ramifiant ses vers…  Traversé par le sang de la poésie, abreuvé à la source d’une éternité retrouvée, son corps-écriture épouse les plis d’un monde redevenu vivable.  

Je n’ai qu’un corps à te donner

J’ai tellement épluché mon âme

Qu’elle s »est mise à neiger

En quelque éternité de soie

La préface est de Jean-Michel Aubevert et les illustrations sont de Catherine Berael

En savoir plus sur le recueil sur le site du Coudrier

Le blog de Pascal FEYAERTS

Les ouvrages de Pascal FEYAERTS au COUDRIER

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