SONIA ELVIREANU : POÈMES extraits de ENSOLEILLEMENTS AU COEUR DU SILENCE

Sonia Elvireanu

Les flâneries de Sappho

la sandale de Sappho

flâne à l’aube sur les sentiers,

cueille sur la semelle la rosée,

la pourpre des pavots,

les herbes bruissantes,

le souffle des vents,

l’eau des sources

et les sorts,

elle agite ses lacets de soie

dans les cheveux des ondines,

tels les susurrements de l’envie

sous les bras des nymphes,

ses traces, des ondoiements diaphanes

et des feux sur l’eau.

24.07.2020

+ + + + +

Sur le sable de mon île

je veux que cesse le cauchemar

la culbute de la boule malade qui nous a séparés,

te parler de mon île où j’ai rencontré

la solitude de dedans le ciel,

pourquoi n’es-tu pas venu

nager dans ma mer

tandis que les arbres bleus,

alignés le long du sentier,

ondoient le sable coloré

de leur ombre lumineuse,

le souffle de l’onde pure,

le contour nacré du quartz,

le ciel saupoudré

d’étoiles,

le silence, tout autour,

que trouble mon murmure,

et le sable sur lequel j’écris

l’amour, la solitude,

le silence du rivage

qui t’attend.

                                     25.03.2020

+ + + + +

Le désert bleu

un bleu émerveillant d’oiseau bleu

ruisselle dans le désert,

éblouies, les dunes ne respirent plus,

le sable, une mer d’ondes azurées,

l’air ne brûle, ni ne gèle

le ciel de dunes infinies,

le vent blotti  à l’aisselle du désert

n’est que souffle bleu,

des bédouins et des chameaux passent à travers son azur

comme sur un sentier enchanté

vers une ville fata morgana

cachée dans les sables célestes,

des traces de pas montent et descendent sur les dunes,

des lignes bleu marine sur l’azur,

je suis le sentier marin creusé par les anges

pour arriver au-dessus du désert.

                                          3.06.202

+ + + + +

La crête de la solitude

la tristesse de mes paumes vides

fauche les vagues d’herbes alourdies par la pluie,

je hume le levant des matins épiés d’envie,

la douceur des lointains dans les feuillages,

le brin d’herbe enchante de vert le silence

du nid de la solitude et du bec jaune du merle,

elle creuse dans mes paumes ton silence et l’envie,

la rosée endort le désert et le rêve.

                                                25.05.2020

+ + + + +

Atteindre son ravin

abandonne la file de peaux étrangères,

déguisements collés à toi,

laisse voler le papillon au plus loin,

toucher ta paupière et tes sens,

t’envelopper de ses ailes diaphanes

dans une voile fine et transparente,

par laquelle passent toutes les couleurs du monde.

                                 23.05.2020

+ + + + +

Le mystère de l’argile

des déserts s’étendent entre les gens,

des espaces arides, non habités,

des camouflages bizarres arrêtent

le fluide d’entre les vivants,

la splendeur de la terre est atteinte

de fantômes sélénaires et funéraires,

le roseau rêveur ne se courbe plus au vent,

enterré sans mots d’adieux,

des déserts s’étendent entre moi et toi,

des sables mouvants,

nous passons ailés dans l’air brûlant

éprouvés par la lumière et la grâce.

                                22.05.2020

+ + + + +

Le chant du silence de la rue

un monde suspendu

entre le silence et la panique,

entre la révolte et le rêve,

avec d’étranges souvenirs

et des histoires racontées en sourdine

pour se retrouver,

avec la nostalgie des couleurs

et des odeurs éloignées,

avec le paradis perdu

avant d’être reconnu,

une colère sourde

s’accroche aux fenêtres

et le chant du silence

offert à tous.

                   5.04.2020

+ + + + +

Le carnaval avec son unique masque

la ville est pleine de masques blancs,

sans costumes de carnaval, 

des ombres étranges échappées de l’hôpital,

un silence fluide les relie tel un fil de télégraphe,

elles glissent l’une près de l’autre 

ne se cherchent plus, s’écartent,

le carnaval avec son unique masque

est muet,

il te prend à contre coeur en file indienne,

la ville est malade,

elle n’a ni bouche ni nez,

elle aussi est muette,

un bandage blanc s’étend

sur son visage tel un champignon,

les yeux ne sont que des cernes blancs.                                        

                             8.04.2020

+ + + + +

L’autre rive

De mon rivage je tente d’apercevoir l’autre côté

à travers le souffle bleuâtre du matin,

la mer roule ses horizons troubles jusqu’à moi

avec les murmures étranges de là-bas,

les deux rives bruissent telles des âmes jumelles

qui pleurent de n’être réunies sous le même ciel.

                                            7.04.2020

+ + + + +

L’arbre enchanté

dans une chute libre,

des miettes de vie,

des lambeaux de rêve,

tu rêves peut-être,

t’éloignes de toi,

des horizons rongés,

tu  franchis des seuils bas,

rentres sous la terre,

elle te rejette

à l’ombre d’émeraude

de l’arbre enchanté,

l’oiseau du paradis

danse. 

                             26.03.2020

+ + +

Sonia ELVIREANU, poète, romancière, critique, essayiste, traductrice, est membre de l’Union des écrivains roumains, professeur associée à l’Université technique de Cluj-Napoca, Roumanie. Elle a reçu plusieurs prix de poésie, critique, essai et traduction. Elle écrit en roumain et en français.

Elle a publié deux livres chez L’Harmattan.

Le Souffle du Ciel de Sonia Elvireanu (L’Harmattan), lu par Jean-Michel Aubevert

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