RENTRÉE 2020 : RETOUR À LA NATURE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

VIENT DE PARAÎTRE : L'actualité du livre par DENIS BILLAMBOZ) – LES BELLES  PHRASES
Denis BILLAMBOZ

J’ai rassemblé ces deux auteurs dans cette chronique car je trouve qu’ils ont certains points communs dans leur écriture et dans leur art de la narration, je l’ai même souligné dans ma chronique du livre de Daniel Charneux. Laurent GRAFF évoque la fuite d’un richissime héritier qui ne veut pas de la fortune qui lui échoit à la mort de son père alors que Daniel CHARNEUX raconte la vie d’un septuagénaire, ami du champion Steve Prefontaine, qui court toujours son footing dans la campagne de l’Oregon. Marcher ou courir, deux façons de se retrouver dans la nature pour évacuer ses problèmes et retrouver la sérénité.

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Monsieur Minus

Laurent Graff

Le Dilettante

Certains croient qu’il est facile, agréable et confortable d’être riche, ils feraient bien de lire ce roman de Laurent Graff qui raconte l’histoire d’un héritier de la plus grosse fortune de France qui ne sait pas comment échapper à cette calamité. Il refuse tous les honneurs, corvées, responsabilités et autres contraintes que lui imposent son statut d’héritier et les fonctions qu’il devra assumer à la suite de son père. Il a entendu tout le vacarme assourdissant généré par les manifestations, il a écouté tous ceux qui protestent contre les maux qui gangrènent notre société, il ne veut pas de cette vie et il ne veut pas être responsable de la faillite de notre système. Il a trouvé une nouvelle occupation, une passion, il marche parcourant les sentiers de grande randonnée à travers la France. Il vient de boucler le tour de l’Ile de France et se prépare à parcourir le celui de la Bretagne. « … Il sentait sous ses pieds les reliefs du sol, les cailloux, les mottes, les brindilles, les coques, qui agissaient sur la plante de ses pieds comme des aiguilles d’acupuncture, qui semblaient activer des réseaux de sensations parcourant son corps… ».

Il a mis au point une organisation très efficace, il a embauché un assistant qui le dépose chaque matin au point de départ de l’étape qu’il a choisi de parcourir avant que celui-ci rejoigne la ville la plus proche où il a réservé un hébergement et où il achète les provisions pour la balade du lendemain avant de récupérer son employeur au terme de l’étape. Progressivement ce duo forme une paire d’amis de plus en plus intimes se livrant peu à peu leurs petits secrets. Une routine bien agréable s’instaure, le promeneur trouve la paix et le calme dont il rêvait depuis longtemps et son employé apprécie ce travail certes contraignant mais peu exigeant, lui laissant même le temps de jouer au loto pendant que son patron marche. Tout irait pour le mieux comme dans le meilleur des mondes si des extrémistes ne décidaient pas de mitrailler à mort tous les membres du conseil d‘administration présidé par son père, le rendant de fait responsable de la plus grande entreprise de France et de tout un pan de l’économie française.

Laurent Graff

Toutes les autorités sont à ses trousses, elles ont besoin de lui pour assurer la continuité des entreprises familiales et sauvegarder l’économie française mais il refuse obstinément cette mission, il monte un stratagème très élaboré pour s’évaporer dans la nature mettant ainsi, à sa grande satisfaction, en grande difficulté le système responsable de tout ce qui détruit notre société : malbouffe, surconsommation, réchauffement planétaire, creusement du fossé entre les plus riches et les plus pauvres, etc…, tout ce qui gangrène le monde et le conduit à sa perte.

Avec ce texte lisse, policé, bien net, bien propre, enrichi de mots recherchés et choisis avec soin, Laurent Graff évoque tous les grands problème sociétaux qui agitent le monde actuel parfois même jusqu’aux extrémités destructrices. Ce qui l’amène à poser la question ultime : la rénovation de notre société passe-t-elle par la destruction radicale du système en vigueur ? Mais quel que soit le choix effectué, il n’y a qu’un chemin parcouru, les autres auraient pu être explorés aussi, ils ne l’ont pas été : choix raisonné, choix affectif, hasard, …, il restera toujours une part d’aléas, aussi infime soit-elle, dans la conduite du monde comme dans le parcours d’un itinéraire pédestre. Ainsi va la vie, ainsi va le promeneur, ainsi court la plume de l’auteur…

Le roman sur le site de l’éditeur

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A propos de Pre

Daniel Charneux

M.E.O.

À propos de Pre

Cette lecture m’a rappelé ma première participation à des forums littéraires sur la Toile, je me souviens particulièrement de ce site Internet, désormais historique, sur lequel j’ai rencontré Daniel Charneux et des forums qu’il partageait avec quelques autres marathoniens pour évoquer leurs courses, leur préparation, leurs entraînements, leurs plus ou moins gros bobos et aussi bien évidemment leurs lectures. Je les lisais mais, étant un médiocre coureur à pieds, je me tenais à l’écart de leurs discussions préférant regarder le sport à la télévision. J’ai ainsi gardé le souvenir de beaucoup de coureurs, de courses, d’événements que Daniel raconte dans son livre dans lequel j’ai plongé avec une certaine délectation oubliant l’époque où j’avais l’impression que les lecteurs passionnés étaient tous des coureurs de fond et que, moi le sportif de télévision dans son fauteuil, j’étais un intrus dans le groupe.

Le sport et ma passion, j’ai été un médiocre participant mais un dirigeant avisé et très investi, je connais presque tous les sportifs que cite Daniel Charneux mais Prefontaine, Pre pour ses amis, m’a échappé, je ne me souviens pas de lui, même si je me souviens de Bob Schul, celui qui a battu Michel Jazy aux Jeux Olympiques de Tokyo où il a été terminé quatrième tout comme Prefontaine à Munich. Pour moi les Jeux Olympiques de Munich resteront à tout jamais ceux de l’horreur, ceux de l’abominable attentat qui a décimé la délégation israélienne. Pour la première fois on attaquait mortellement des sportifs s’affrontant pendant ce qui était dans l’Antiquité une parenthèse de paix entre les peuples. Merci Daniel de m’avoir rappelé cette période que ma mémoire a un peu occultée.

Daniel Charneux
Daniel Charneux

Dans ce texte, Daniel Charneux a confié sa plume à Pete, un ami d’enfance de Pre, un gars qui à l’approche des soixante-dix ans court toujours, pour qu’il raconte ses souvenirs. Dans sa chronique il évoque bien évidemment son enfance dans l’Oregon avec ce champion atypique bourré de talent, doté de capacités exceptionnelles, capable à l’entraînement de multiplier les efforts le plus épuisants mais un peu désinvolte et très soucieux de toujours déployer le maximum de panache, refusant les victoires de « comptables, ceux qui profitent des efforts des autres pour triompher. Dans cette chronique, il raconte encore les courses qu’il effectue régulièrement avec ses amis du club de la petite ville de l’Oregon où il réside toujours et où est né Pre. Il décrit le plaisir de courir, la joie de raconter à ses amis du club des anecdotes sur la vie et les performances incroyables de son ami, son côté désinvolte, sa carrière inachevée. Et il écrit « Comme chaque semaine ou presque, nous avons revécu le relais », le fameux relais, leur grand souvenir, leur épopée mythologique, leur participation à l’un de plus grands relais du monde le Hood to Coast Relay, environ trois-cent-vingt kilomètres de course pour une équipe de douze relayeurs. Leur Graal, l’événement qui les a soudés à jamais par-dessus les générations, la différence entre femmes et hommes, leurs différences sociales et professionnelles autour de leur seul point commun : courir jusqu’au bout !

Pete c’est un peu l’auteur, comme lui il court, il a à peu près le même âge, il est peut-être un peu plus seul, je ne connais pas suffisamment Daniel pour parler de sa vie privée pour savoir si elle pourrait ressembler à celle de Pete. Mais Pete parle du monde qui va mal comme Daniel pourrait en parler sans ménager le Président des Etats-Unis, en dénonçant les règles absconses et les comportements irrespectueux de la nature, en élevant l’amitié au rang de vertu…

Cette évocation de la course à pied dans la nature évoque pour moi la lecture très récente de Monsieur Minus, le dernier roman de Laurent Graff, qui narre comment un richissime héritier fuit sa fortune en parcourant les sentiers de grande randonnée. « … Il sentait sous ses pieds les reliefs du sol, les cailloux, les mottes, les brindilles, les coques, qui agissaient sur la plante de ses pieds comme des aiguilles d’acupuncture, qui semblaient activer des réseaux de sensations parcourant son corps… ». J’ai trouvé dans ces deux textes le même plaisir de parcourir la nature et aussi un style et une écriture qu’on croirait appris à la même école. J’aimerais à croire que ses deux auteurs courent un footing ensemble ou partagent un bout de sentier de conserve en parlant de littérature. Et, si je n’avais pas seulement rêvé !

Le roman sur le site de l’éditeur

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