RENTRÉE LITTERAIRE 2020 : APHORISMES D’AUTOMNE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

2018 – RENTRÉE LITTÉRAIRE : IN MEMORIAM, par Denis BILLAMBOZ – LES ...
Denis BILLAMBOZ

En toutes saisons et même presque chaque mois, le Cactus inébranlable apporte un nouveau P’tit cactus, ces recueils se vendent même par abonnement. Au cours de cette rentrée littéraire, j’ai donc pu lire deux nouveaux recueils d’aphorismes : un proposé par mon voisin, et néanmoins ami bourguignon, Jean-Jacques NUEL, nous appartenons même à la même région depuis la réforme territoriale, l’autre par mon ami carolo, Eric DEJAEGER grand producteur en tout genre littéraire. Une bonne mise en bouche pour une rentrée littéraire très riche malgré de pernicieuses attaques virales.

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Chassez le mégalo, il revient à vélo

Jean-Jacques Nuel

Cactus inébranlable éditions

Quelques mois avant de lire ce recueil d’aphorismes, j’ai lu un autre texte de Jean-Jacques Nuel dans lequel il raconte une histoire où il évoque la foi en Dieu, sa foi en Dieu. A cette époque j’ai retenu, cette impression :

Histoire extraordinaire, illusion spirituelle, révélation divine … ? Nous ne saurons jamais mais nous avons tous compris le message de Jean-Jacques Nuel, la vie n’est pas qu’une aire de lutte pour la possession des biens matériels, la vie c’est aussi un espace spirituel qui, peut-être, dépasse l’espace temporel qui nous est confié le temps de construire et consumer notre existence. On peut lire ce petit récit comme un évangile qui raconterait la vie d’une incarnation de Dieu auquel l’auteur croit de plus en plus fort. Chacun mesurera ses arguments à l’aune de sa propre croyance, moi je retiendrai avant tout sa grande sagesse et son désir de voir un monde plus ouvert à la spiritualité .

Et, dès les premières pages de ce nouveau recueil d’aphorismes, je lis tout ébaubi des pointes acérées adressées à ce même Dieu qui n’est même pas supérieur à sa créature.

« Dieu s’est fait la main sur plus de cent milliards d’êtres humains avant de me créer. Tant d’essais infructueux pour aboutir à un tel chef d’œuvre. »

Pour un croyant, la sentence est salée, et il faudrait en ajouter d’autres comme celle-ci :

« Depuis le jour béni de ma naissance, on peut enfin affirmer que Dieu a créé l’homme à son image. »

Voilà Jean-Jacques Nuel se prend pour Dieu mais, ceux qui comme moi, le lisent fidèlement comprendront vite que Jean-Jacques n’a rien d’un mégalo, il s’est simplement affublé de la tenue du mégalo pour pouvoir tirer ses traits empoisonnés sans blesser quiconque. A travers sa personne ce sont tous les mégalos qui peuplent notre planète, et ils sont nombreux, qu’il voudrait stigmatiser sans en blesser aucun. Ce subterfuge lui permet même de rajouter une poignée de flèches bien acérées où j’en ai prélevé certaines destinées à sa propre mère, je les ai trouvées délicieuses :

« Ma mère et moi, nous disputons souvent pour savoir qui était le principal interprète dans la scène de ma naissance. »

« Sans vouloir lui manquer de respect, ma mère a été la souris qui accouche d’une montagne. »

« Ma mère a beaucoup souffert le jour de mon accouchement, car j’avais déjà la grosse tête. »

J’ai aussi mesuré la très grande finesse de son esprit et ses immenses capacités à construire des formules de la plus belle absurdité, comme celle-ci que j’adore :

« J’aurais aimé apprendre à lire dans mes propres livres ; hélas, je suis né trop tôt. »

Il y a au moins un aphorisme autour duquel nous pourrions nous rencontrer pour boire un coup du merveilleux vin de son pays, celui-là, hélas il n’est pas que drôle, il est aussi criant de vérité eu égard à l’immense population qu’il concerne :

« J’envie le roi des cons pour le nombre de ses sujets. »

Jean-Jacques n’est pas Dieu mais il a son fauteuil au panthéon des humoristes grinçants, son éditeur le sait bien et lui sait que son éditeur le sait, alors, cette anthologie : fiction ou réalité ?

« Mon éditeur me propose de publier un best of de mes aphorismes et de mes traits d’humour. L’intention est louable et part d’un bon sentiment mais, franchement, comment choisir quand tout est excellent ? »

C’est dit avec une telle humilité…

Le recueil sur le site de l’éditeur

Le site de Jean-Jacques NUEL

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De toutes mes farces

Éric Dejaeger

Cactus inébranlable éditions

Poursuivant ses multiples aventures éditoriales, Éric Dejaeger revient à un genre qu’il connait bien, qu’il affectionne et dans lequel il excelle : l’aphorisme et pour ce faire il publie à nouveau chez un éditeur qu’il connait bien et qui le connait tout aussi bien, dans une collection où il a déjà sévi et brillé : la fameuse collection des P’tits Cactus de Cactus inébranlable éditions. Il y signe ainsi le soixante-cinquième opus, un belle performance pour une collection qui n’a pas encore dix ans d’âge !

Dans cet opus Éric Dejaeger explore des champs qu’il a déjà parcourus avec bonheur dans ses précédentes éditions : il est toujours aussi attentionné à l’endroit des religions et de leur clergé respectif, il est, en contrepartie, beaucoup plus chaleureux envers les tenanciers d’estaminets et des produits qu’ils commercialisent ou, éventuellement, partagent gracieusement (mais seulement avec leurs meilleurs clients).

« J’ai toujours préféré la bouteille pleine à celle à moitié vide. »

Son opinion sur la maréchaussée, sur toutes les forces armées et sur toutes les administrations plus ou moins contraignantes ne s’est pas améliorée, il les apprécie toujours aussi peu et ne manque pas une occasion de leur dédier un aphorisme bien pointu, bien tranchant, bien affuté… mais à l’occasion de cette dernière lecture j’ai surtout retenu des textes qui soulèvent des problèmes plus littéraires :

« Il faut pouvoir laisser la page blanche plutôt que de la salir avec n’importe quoi. » La question est bonne, elle méritait bien son aphorisme !

« L’aphorisme ne se taille pas comme une pierre précieuse. C’est un éclat de lave refroidie qui doit rester brut. » Celui-là, je l’aime beaucoup, il brille comme un diamant et fuse comme une balle.

Et puis il a ceux qui concernent la société, pour dire comme elle boîte beaucoup actuellement :

« Le Royaume-Uni n’en faisant plus partie, l’Union européenne aura-t-elle le courage de supprimer l’anglais de ses langues officielles ? »

C’est une vraie question, merci de l’avoir posée, comment les chanteurs vont-ils chanter et comment les gens des médias vont-ils s’exprimer ?

« Si tous ceux qui ne savent pas se taisaient plutôt que de donner leur avis, on y gagnerait en tranquillité ! » Tu l’as dit Éric et le monde tournerait tout aussi bien, mieux peut-être et en silence !

Il est temps de réagir, le monde est en péril : « Il ne faut pas casser la baraque, il faut détruire le palais. »

Pour conclure cette lecture, j’aime ce genre de propos qu’Éric sait si bien distiller, des traits un peu fripons mais tellement drôles :

« Que de bijoux de famille perdus, sur la route qui mène de Castres à Sion ! »

Le recueil sur le site de l’éditeur

Le blog d’Eric DEJAEGER

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