LECTURE POUR RECONFINEMENT : MELANGE D’AUTOMNE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Dans cette chronique j’ai rassemblé diverses lectures qui stationnaient sur mon bureau sans trouver un texte avec lequel s’accoupler, alors je les ai laissées ensemble réunies dans un mélange comme on dit à l’université quand on veut éditer des textes de natures différentes. Vous trouverez donc dans ces mélanges : un roman policier de Carine-Laure DESGUIN, , un monographie sur les grands joailliers de Bertrand MEYER-STABLEY & Laurence CATINOT-CROST et même une réédition d’un texte biblique : L’Ecclésiaste.

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La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge

Carine-Laure Desguin

Le Lys bleu

La lune éclaboussée, meurtres à Maubeuge (C.-L. Desguin, Ed. Lys Bleu),  avis de lecture de Sylvie Mordang (YOUFM) - Carine-Laure Desguin, ses  romans, nouvelles et poésies

« Les derniers livres de la bibliothèque personnelle de Michel Garnier attendent un acquéreur. Invitation à tous. Olivier Garnier ». Jenny, une fan de cet auteur à succès de romans policiers, vedette de Maubeuge, principale célébrité vivante jusqu’à que son corps soit trouvé sans vie dans sa cuisine. Jenny, jeune africaine professeur de physique chimie, veut acheter ces livres, elle veut sentir dans ses mains les ouvrages touchés par l’auteur qu’elle admire et qu’elle aime. Comme elle n’est pas arrivée assez tôt, elle n’a pu acheter que trois cartons de livres, elle trouve à sa grande surprise dans l’un des livres qu’elle a sorti, un ticket de caisse sur lequel est écrit : « Ma vie est en danger. On veut ma mort. Tout mon sang est d’encre ».

Jenny est convaincue que Michel Garnier n’est pas décédé de mort naturelle mais qu’il a été assassiné et elle veut savoir par qui et comment ? Pour cela, elle appelle ses deux protecteurs, Tonton et Tontaine, les deux amis de son père qui veillent sur elle, avec vigilance et bienveillance, depuis que ses deux parents sont décédés dans un accident de la circulation routière. Ils croient qu’elle se fait un film, que son amour secret pour l’écrivain l’aveugle mais ils finissent par accepter de mener l’enquête. Ils la croient d’autant plus que de nouveaux meurtres endeuillent la ville et mettent la police sur les dents, notamment la chère cousine de Jenny qui l’a violée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

La situation ce tend de plus en plus et Jenny est impliquée dans l’affaire, les mails qu’elle a échangés avec l’écrivain intriguent la police et pas que la police. Le fameux ticket de caisse est aussi un indice très recherché par d’autres personnes impliquées de près dans l’affaire. Carine-Laure noue une intrigue bien ficelée où les héros ne sont pas tous stéréotypés, la policière n’est pas claire, les petits jeunes ne sont peut-être pas des voyous, les drogués ne le sont pas forcément, certains personnages sont fort mystérieux. Jenny elle-même n’est pas une oie blanche ni même, considérant ses origines, une oie noire. Elle se laisse porter par les événements pour, au bon moment, porter l’estocade en laissant les autres avec leurs convictions.

En bonne Carolorégienne, l’auteure connait bien Maubeuge, « là où la plupart des gens ne voient qu’une ville du Nord pleine de grisaille et de poussières, désertées de ses sidérurgies et autres industries ». Comme Simenon a planté de nombreuses intrigues dans des petites villes de province : Concarneau, La Rochelle, …, Carine-Laure, elle aussi, a choisi de d’installer son intrigue dans une petite ville un peu endormie où tout le monde se connaît et s’observe.

Un bon polar qui pourrait éventuellement appeler une suite, la matière est suffisante et le dénouement laisse quelques portes entrouvertes pour y glisser des événements ou des indices qui pourraient éventuellement faire rebondir l’enquête et provoquer la naissance d’un nouveau polar. Alors, Carine-Laure, vite un petit paquet de « bêtises à la pomme verte » et en route pour la suite des aventures de jenny.

Le livre sur le site de l’éditeur

Le blog de Carine-Laure DESGUIN

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Joailliers de légende

Catinot-Crost Laurence

Meyer-Stabley Bertrand

Bartillat

J

Après avoir lu ce livre, j’avais l’impression d’avoir traversé des rivières de diamants, d’avoir escaladé des montagnes de pierres toutes plus précieuses les unes que les autres, d’avoir traversé des océans de joyaux chargé comme un galion espagnol rentrant au port de Séville après une campagne en terres amérindiennes, … , tant les joyaux de tous genres inondent ses pages. En une quinzaine de chapitres, comme autant de monographies des plus grandes maisons de joaillerie de l’histoire du monde, les deux auteurs racontent comment ces joyaux à la valeur souvent devenue inestimable ont traversé l’histoire sautant de tête en tête, de cou en cou, de poignet en poignet, etc…, et même parfois de tête en cou ou de cou en poignet, toutes les formules sont possibles tant l’imagination et le talent des joailliers sont immenses. Et, comme le célèbre film nous a appris que les diamants sont éternels on peut penser aussi que c’est le cas de tous les joyaux.

Suivre leur traces des têtes couronnées au cou des épouses et héritières des maîtres du commerce mondial et des grands capitaines d’industrie avant de les retrouver dans les parures des plus grandes stars du cinéma et des arts et peut-être, mais nos auteurs n’ont pas poussé leur étude jusque là, dans les cassettes des nouveaux milliardaires de notre époque ayant fait fortune dans le pétrole, la communication ou diverses industries de pointe. Ils résident souvent au Moyen-Orient, en Chine ou sous d’autres cieux asiatiques. Suivre cette trace, c’est emprunter le chemin qui mène vers ceux qui détiennent la puissance et la gloire, la fortune et le pouvoir. Ainsi en lisant ces textes, on peut voir comment le pouvoir passe d’une caste à une autre, comment les aristocrates ont dû partager – et même parfois céder – leur fortune avec les maîtres du commerce et de l’industrie avant que ceux-ci doivent, à leur tour, laisser une part du butin aux nouvelles corporations enrichies dans les arts, la communication et les nouvelles technologies.

Ce livre c’est aussi un hommage vibrant à tous les acteurs de la filière du luxe, ces artisans, plus souvent artistes qu’artisans, capables de concrétiser les rêves le plus fous de créateurs de génie. Il a fallu aussi pour que cette filière inonde la planète de ses merveilles que des femmes et des hommes prennent le risque d’oser, d’investir souvent des sommes folles, pour gagner la confiance de ceux qui sont dépositaires des fortunes de ce monde. Car les joyaux ne sont souvent que de passage dans les coffres des plus nantis, ils voyagent beaucoup et tout le monde peut espérer, un jour, gagner suffisamment d’argent pour pouvoir s’approprier pour un bout de vie, même très court, une parcelle, même infime, de cet immense trésor.

Cette lecture m’a aussi laissé penser que le grand luxe se concentrait de plus en plus dans les mains quelques opérateurs, quelques géants qui se partagent la majorité des marques les plus prestigieuses, et que pour une fois, les Français ne semblaient pas être à la traîne dans le paysage mondial de ce grand luxe dont le centre semble toujours être la célèbre Place Vendôme au cœur de Paris.

Le livre sur le site de l’éditeur

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L’Ecclésiaste

Louise Bottu éditions

L'Ecclésiaste

« Vanité, vanité, tout n’est que vanité. » Cette maxime des millions de fois répétée, mille fois écrite, inusable, inoxydable, introduit L’Ecclésiaste, ce court texte inséré dans la Bible hébraïque dans le Ketouvim, parmi les « Cinq rouleaux », entre les Lamentations et le Livre d’Esther. La Bible est composée de textes différents rassemblés dans un même livre dont il existe plusieurs versions. A la lecture de « L’Ecclésiaste » on pourrait penser que ce texte aurait été écrit par le roi Salomon lui-même, « Moi, l’Ecclésiaste, qui fut roi d’Israël dans Jérusalem, …, je résolus de rechercher et d’examiner tout ce qui se passe sous le soleil… », mais le contenu et la forme du texte ont orienté les exégètes vers d’autres hypothèses dont aucune, à ce jour, n’a pu être validée. L’Ecclésiaste reste donc un texte pseudépigraphe attribué à un auteur dont le nom ne correspond vraisemblablement pas à son l’identité réelle.

Ce texte selon les datations aurait été écrit entre le III° et le I° siècle avant notre ère. L’édition proposée par Louise Bottu éditions correspond à la traduction de Lemaistre de Sacy revue et corrigée par le préfacier : Frédéric Schiffter. Dans cette préface, il fait une lecture de L’Ecclésiaste en parallèle avec certains textes de Spinoza que je n’ai pas lus, je ne peux donc apporter aucune remarque à cette préface. Je pourrais seulement souligner que le préfacier a, chez ce même éditeur, publié « Le voluptueux inquiet », une réponse à « La lettre sur le bonheur » d’Epicure. On remarque donc qu’Epicure, le pseudo Ménécée et l’auteur de l’Ecclésiaste partagent une certaine vision de la vie sur terre.

L’Ecclésiaste estime que dans la vie tout est vanité, vanité au sens puérilité, futilité, vaineté, … « … J’ai trouvé que tout était vanité, à commencer par les actions des hommes qui ne sont que brassage d’air ». Tout au long de son texte, il répète que tout est vanité, l’argent, le pouvoir, les richesses matérielles, …, ne sont que vanité. Le riche comme le pauvre décédera un jour. Même les efforts sont inutiles car les fruits qu’ils porteront ne seront qu’éphémères. Le laborieux, le besogneux, ne seront pas récompensés de leurs efforts et n’auront pas meilleures fins que le fainéant et le profiteur. « On enterre le sage comme le fou ».

Selon L’Ecclésiaste, la vie ne serait qu’acceptation, résilience, mesure, sagesse. Il conviendrait, d’accepter le temps et ce qu’il contient comme ils viennent. Il récuse les philosophes et les scientifiques qui ne peuvent en rien améliorer la vie sur terre. « … j’ai constaté que même la philosophie n’épargnait pas l’accablement et, même, que la science accroissait la peine ». « Ne vaut-il pas mieux pour tout un chacun se contenter de manger, de boire, et de se satisfaire, mais seul, du fruit de ses travaux ? ».

La fatalité a accablé l’homme quand il est apparu sur terre, « Le seul péché dont les humains se rendent coupables génération après génération est celui de naître et leur châtiment celui de vivre ensemble ». L’homme ne changera jamais son destin car tout a déjà été et tout sera à nouveau, le changement n’existe pas. « Pourtant ce qui s’est produit autrefois se produira à l’avenir, ce qui fut sera de nouveau ».

Ce qui m’étonne le plus dans ce court texte, ce sont la misanthropie et la misogynie affichées par l’auteur, même si on peut penser qu’autre temps autres mœurs, « … entre mille hommes on en peut trouver un estimable ; mais, parmi toutes les femmes, pas une seule ». Et pourtant la femme est bien nécessaire à l’homme pour qu’il vive en harmonie avec les préceptes énoncés par l’auteur : « Voilà pourquoi il nous faut jouir de la vie passagère avec la femme que nous aimons, pendant tous les jours de notre vie passagère ».

J’ai trouvé dans ce texte des principes qui pourraient avoir été empruntés aux Epicuriens et mélangés avec d’autres puisés chez les Stoïciens, impression personnelle, peut-être, mais ce qui est sûr c’est que ce texte semble bien peu religieux, il est surtout moral, conseillant de profiter de la vie en toute modération. « Profitons du bonheur quand il se présente et préparons-nous au malheur… » car « Le seul bonheur que Dieu donne aux hommes sous le soleil, et dont ils doivent se contenter de la naissance à la mort, consiste à manger, boire, se réjouir, se reposer ». Certains trouveront que c’est peu mais c’est déjà beaucoup quand on considère toutes les calamités qui ont affligé, affligent encore, et affligeront certainement toujours, l’humanité.

« La tragédie des hommes est que le monde n’est pas fait pur eux et qu’il n’y en a pas d’autre… »

Le livre sur le site de l’éditeur

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