LECTURE DE RECONFINEMENT : LA GUERRE DES EGOS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Que ce soit à la campagne, dans les siècles écoulés, ou à la ville aujourd’hui, les rivalités, même si elles sont parfois plutôt bénignes, dégénèrent souvent en querelles de voisinage ou en de violents conflits personnels. Les égos prennent souvent le pas sur la raison et la situation devient vite explosive. Ainsi deux maîtres de forge de la Révolution industrielle en viennent à la destruction de leur forge respective pour une querelle très ancienne qui aurait pu, en son temps, se régler sans grandes difficultés. En ville, à Bruxelles, de nos jours, deux petits coqs finissent par s’affronter en un terrible conflit pour conquérir une charmante étrangère qui cherche seulement à s’installer en ville.

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Le secret de la forge

Isabelle Artiges

Editions de Borée

Au début du XIX° siècle, en Périgord, Alphonse de Chaumeuil affiche richesse et satisfaction, petit nobliau campagnard, il a réussi le virage de l’industrialisation en installant à proximité de sa demeure un haut fourneau pour la production de la fonte. Son affaire et ses activités agricoles sont prospères, il fait vivre nombres de fermiers et métayers qui travaillent à la forge de l’automne au printemps. Il ne lui reste qu’une préoccupation, assurer son lignage et le développement de ses activités industrielles en mariant son fils avec un « bon parti ». Mais, le fils refuse de s’enterrer dans une campagne perdue pour y pratiquer une activité sale et malodorante, il préfère la ville et ses mœurs en y exerçant une fonction de magistrat. Sa fille est tout aussi rétive, elle refuse tous les partis qu’on lui présente et s’enferme dans célibat austère et stérile. Il ne peut plus compter que sur sa petite-fille qui l’accompagne souvent à la forge et en connaît bien tous les secrets.

Il a cependant une autre préoccupation qu’il s’efforce d’oublier : la haine qui le sépare de son voisin depuis des décennies. Elle resurgit un beau jour quand le petit-fils du voisin secourt sa petite-fille coincée sous une calèche après un malheureux accident. Cupidon épingle de ses flèches les deux jeunes gens qui sombrent sous un véritable coup de foudre : la boîte de pandore est ouverte, les haines et querelles ancestrales resurgissent, la violence se déchaîne, la bêtise et la rancœur provoquent des ravages…

Isabelle Artiges

Dans cette histoire de passion et de violence, Isabelle Artiges ne raconte pas seulement un amour rendu impossible par les actes des générations précédentes, elle met aussi en scène la vie des la petite noblesse campagnarde et de ses sujets confrontés au développement de l’industrie dans leur paisible campagne. Cette première phase de la révolution industrielle apportera richesse et pouvoir à ceux qui auront su prendre le virage au bon moment mais les cartes seront bien vite redistribuées, « une forge isolée n’est pas en mesure d’affronter la concurrence », la sélection est sévère parmi les établissements industriels, certains ne s’en remettront pas et conduiront leurs propriétaires vers des situations plus que compliquées.

En lisant ce livre, j’ai pensé à la série télévisée « Poldark » tiré du roman en plusieurs volumes de Winston Graham, où l’on retrouve cette petite noblesse campagnarde qui essaie de s’accrocher au train de la grande bourgeoisie industrielle. Ces nobliaux campagnards, en profitant de mariages arrangés, essaient d’assurer leur pérennité familiale et d’agrandir leur domaine et leur puissance industrielle en ne considérant les femmes que comme des reproductrices tout juste bonnes à donner un héritier au maître et à assurer une concentration des fortunes en apportant une riche dote. En mariant les enfants, on marie les fortunes pour les transmettre à un héritier encore plus riche. « Les Roméo et Juliette du Périgord » parviendront-il à échapper à cette triste règle ?

Le livre sur le site de l’éditeur

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Une histoire belge

Robert Massart

M.E.O.

Une histoire belge

Cette histoire belge commence à la Gare du Midi, la porte que je pousse quand j’arrive à Bruxelles pour visiter mes amis amoureux des livres : éditeurs, auteurs ou simplement lecteurs passionnés. Robert Massart conduit son premier personnage, Baert Kommer, un Flamand de Bruxelles comme on appelle dans cette ville les Bruxellois de langue flamande, dans les toilettes de cette gare où il recopie les graffitis qui fleurissent sur les murs des sanitaires. La dame pipi trouvant qu’il passe beaucoup de temps dans ses toilettes, le gronde fermement et lui interdit de venir, à l’avenir, se soulager dans les toilettes dont elle a la surveillance. Ernest Dubois, un Bruxellois francophone, assiste à la scène et compatit avec la victime qui l’invite à boire un verre. Ainsi, les deux hommes, le Flamand et le francophone, font plus ample connaissance en évoquant leur vie, leur travail, leurs occupations, leurs passions, … Ils sont tous les deux sans épouses même si Kommer fricote avec la serveuse du bar où ils sont installés et donc libres de leur temps sauf quand Dubois, professeur de français, doit assurer ses cours.

L’amitié se renforce peu à peu entre les deux hommes jusqu’à ce qu’une nouvelle serveuse débarque dans le salon de thé qu’ils fréquentent de plus en plus assidûment. Elle est roumaine et mignonne et, bien sûr, ils en sont tous les deux amoureux. La tension s’installe de plus en fortement entre les deux amis qui s’opposent de plus en plus sur fond de querelle linguistique. La jalousie et l’opposition culturelle et linguistique prennent bientôt des propositions de plus en plus violentes jusqu’à ce que leur relation devienne explosive et provoque des dégâts collatéraux inattendus.

Robert Massart
Robert Massart

Cette histoire belge est la métaphore de l’histoire de Bruxelles et plus généralement de la Belgique créée principalement par la réunion de deux provinces de langue et de culture différentes. Robert Massart, professeur dans l’enseignement supérieur, grand spécialiste de la langue française, dresse cette métaphore à travers cette opposition. Il utilise ses grandes connaissances linguistiques pour affuter les arguments de chacun des deux protagonistes qui essaient d’accaparer non seulement l’amour mais aussi l’appui de jolie serveuse qui, étant roumaine, peut être concernée par cette querelle linguistique puisque sa langue est latine comme le français mais elle pourrait aussi descendre du flamand comme l’explique Kommer.

Personnellement, et je pense comme la plupart de mes concitoyens français, je ne comprends pas très bien tous les arcanes des querelles qui opposent wallons et flamands. Robert Massart les explique avec beaucoup d’humour, de dérision et d’ironie mais, je n’ai pas eu l’impression qu’il pensait une réconciliation culturelle et linguistique possible, le fossé est encore trop large entre les deux communautés. Grand défenseur de la langue française qu’il promeut beaucoup mieux que nombre de Français obnubilés par le jargon pseudo anglais très en vogue actuellement en France, il ne m’a pas semblé totalement objectif dans le tableau qu’il dresse. Si Dubois est un intellectuel, pleutre, phobique, pas très dynamique et un peu geignard, il charge le Flamand de quelques défauts un peu plus lourds, il ne travaille pas, il est assez riche pour très bien vivre sans dépenser sa sueur, il est violent, arrogant, vindicatif et plutôt extrémiste. Le tableau est bien dressé, il n’est pas sans fondement, mais l’auteur s’est bien amusé en écrivant son livre et il m’a bien fait rire. Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-le écrire la suite, si … l’envie vient lui prendre …

Le livre sur le site de l’éditeur

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