LA SOLITUDE DES ANGES GARDIENS de LORENZO CECCHI (Ed. Traverse) / Une lecture d’Éric ALLARD

Lorenzo Cecchi / La solitude des anges gardiens - Nouvelles (novembre 2020)

Le nouveau recueil de Lorenzo Cecchi qui regroupe un quartette de récits, aux thèmes communs, se répondant l’un l’autre, joue tant sur les cordes de l’intime que sur les ressorts de l’histoire économique et sociale.

Cecchi met surtout ici en scène des petits entrepreneurs, des indépendants, dans tous les sens du terme, qui ne souhaitent pas vivre aux crochets de l’état, par orgueil, par goût du risque, et sont donc les plus sensibles aux crises à répétition que le monde occidental connaît depuis les Trente Glorieuses, ne cessant de précariser les moins nantis.

Il y a Francesco/François, le commerçant d’origine italienne qui  lance une nouvelle une boutique au risque de perdre l’amour de sa dévouée épouse ; le mari aimant de Roxana, un entrepreneur qui doit faire face à des ennuis d’argent qui le mettent en porte-à-faux ; Tristano, l’ouvrier venu travailler en Belgique et qui couvrira jusqu’où il pourra son patron Hugo, un petit patron aguiché par l’épouse d’un industriel français.

Peu importe les dirigeants à la tête des états, qu’ils s’affichent d’une droite décomplexée héritée du fascisme originel (de Mussolini à Berlusconi, modèle d’une nouvelle clique de dirigeants) ou d’une gauche qui se pare des atours du libéralisme (Hollande, fils politique de Mitterand) ou encore les dirigeants interchangeables et tellement fantomatiques qu’ils ne sont même pas nommés, dans la nouvelle se déroulant en Bruxelles, devenue moins le centre qu’un faubourg de l’Europe.

Les différents protagonistes sont les marionnettes du destin. Plongés dans le jeu de quilles d’une société qui ne les prend pas en compte, ils n’ont pour seul dérivatif les plaisirs de la chair- et de la bonne chère – mais ils sont détenteurs d’une morale inflexible et bravache qui les empêchent de verser dans la corruption et la malveillance. Et c’est peut-être par ce fil qu’il faut lire le titre de l’ouvrage.

Dans la solitude des anges gardiens, on peut voir une vacance, une impossibilité de ces figures tutélaires à pouvoir quoi que ce soit pour venir en aide aux âmes dont ils ont la charge. Nous vivons une époque matérialiste où le sens de la beauté échappe à nombre d’humains, où les anges ne peuvent plus rien pour nous, pas même une faculté d’écoute – ainsi que dans Les Ailes du désir du duo Handke/Wenders fin des années 80 – car « on reste sourds à leur mission », comme le chante par ailleurs Charlélie Couture. 

Le primat de la libido sur le fonctionnement humain, tant féminin que masculin, est signalé par une épigraphe de Daniel Fano. Elle imprègne le mental et le moral des différents acteurs des récits. Une femme est toujours présente comme pivot autour de laquelle le récit tourne ou rayonne. On trouve ainsi de beaux portraits de femmes puissantes (l’Italienne Adriana, la Roumaine Roxana, la Belge Carine, Gisella, l’épouse de l’industriel français) qui opposent, à la séduction, parfois fruste, des hommes leur tournant autour, une force de caractère qui les désarçonne souvent mais qui surtout leur donne la force de vaincre les aléas de leur existence.

Une musique juste, résonne, tisse ses accords d’une nouvelle à l’autre pour composer un ensemble aussi que parfait que possible. Un des meilleurs livres de Lorenzo Cecchi.

Á signaler la remarquable la photo de couverture, qui saute aux yeux et au coeur, d’André Fromont.

Le livre sur le site de l’éditeur

Dix questions à Lorenzo CECCHI

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