2020 – LECTURES DE NOËL : BIOGRAPHIES LIBERTINES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Pour les fêtes de fin d’année, d’une année de réclusion, je me suis autorisé une petite fantaisie en vous proposant un rubrique très coquine composée d’un texte d’Eve de CANDAULIE qui évoque sa sexualité multiple. Elle raconte sa bisexualité, le candaulisme accepté par son mari et le polyamour qu’elle prône considérant qu’on ne peut pas réserver tout son amour à une seule personne. J’ai associé ce texte avec celui d’une autre libertine très connue en Suisse, Adeline LAFOUINE, pour le scandale qu’elle a causé, en 2014, en publiant sur la Toile une photo un peu osée de sa personne prise dans les locaux de l’institution qui l’employait alors.  Elle raconte les ravages causés dans sa vie personnelle par ce scandale, sa vie de libertine BDSM et son passage aux pratiques professionnelles. Une chronique réservée aux personnes averties comme on dit en général en évoquant ce sujet.

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Une indécente liberté

Eve de Candaulie

Tabou éditions

Lien vers la couverture (censurée sur Facebook)

Hédoniste, naturiste et libertine, Eve a choisi comme pseudonyme pour raconter sa vie intime tellement riche, le néologisme qui désigne une forme de sexualité qui n’est exprimée dans la littérature et les médias que depuis peu : le candaulisme qu’elle a dérivé en Candaulie. Le candaulisme est une pratique sexuelle qui désigne ceux ou celles qui prennent leur plaisir en contemplant les ébats de leur conjoints, ou conjointes, avec une ou des tierces personnes. Ce terme a été choisi en référence au légendaire roi Candaule qui voulant exhiber ses ébats avec sa femme devant Gygès, l’un des officiers de sa garde, en fut sévèrement puni.

C’est le troisième opus qu’Eve édite, elle a déjà publié « Osez le candaulisme » et « L’infidélité promise » inspirés de son expérience personnelle, elle raconte l’évolution de sa sexualité, ses rapports avec son mari, ses amant(e)s, ses partenaires occasionnel(le)s, les pratiques qu’elle a découvertes, l’évolution de son couple vers le candaulisme dont elle est devenue, avec son mari, une adepte. Elle a décrit ses mœurs parce qu’elle en a éprouvé le besoin quand elle a constaté le « décalage entre ma vie verticale et horizontale », la vie du commun des mortels en opposition avec la vie des libertins, sa vie intime en opposition avec sa vie sociale.

Dans ce troisième ouvrage, elle raconte plus expressément son envie d’avoir un enfant qui se heurte à la difficulté qu’elle rencontre à être fécondée. Ce récit s’articule en trois parties correspondant au cycle de la maternité : le désir d’enfant (avec toutes les difficultés qu’elle surmonte pour être fécondée), la grossesse, la vie de mère et de femme concomitamment avec toutes les contraintes imposées par le nourrisson et toutes les modifications biologiques et hormonales subies par la femme devenue mère. Le plus difficile pour elle sera de redonner dans son corps, dans sa tête, dans sa vie la place dévolue à la mère et accaparée par l’enfant et tout ce qu’il impose.

Ce livre s’il évoque principalement l’arrivée d’un enfant avec tous les désirs qui l’ont précédé, ne néglige en rien la vie libertine des deux parents. Eve raconte certaines de ses aventures pour bien faire comprendre au lecteur tout ce qu’il faut de tolérance, de résilience, d’acceptation à chacun des deux membres du couple pour pouvoir vivre leur polyamour en harmonie. Elle voudrait surtout que les jeunes adultes comprennent avant de s’engager dans une vie de couple que la vie à deux pour toujours en assurant une descendance n’est pas la seule façon de vivre sentimentalement et sexuellement, il existe au moins une alternative, c’est celle qu’elle prône.

Dans ce récit érotique mais jamais vulgaire et encore moins graveleux, Eve dit les choses comme elles sont avec délicatesse et sincérité sans aucune fausse pudeur mais sans rien éluder. Elle confesse ses joies, ses plaisirs, ses satisfactions, les difficultés qu’elle a rencontrées, les obstacles qu’elle a dû surmonter avant de pouvoir formuler ce bilan qu’elle livre à ses lecteurs. « J’ai vécu ce que je voulais vivre. Je ne voulais pas avoir de regrets. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait parce que j’avais envie de le faire. J’ai suivi un élan dans la vie. Je ne me suis pas demandé s’il était trop tôt pour moi de le faire. Je ne me suis pas pensé ce que l’on penserait de moi. Mon mari m’a encouragé à être maîtresse de mes choix ».

Avant de décider que l’amour ne se partage pas, qu’il est pour toujours, il serait peut-être intéressant de lire ce livre pour découvrir l’expérience d’Eve. Et éventuellement en tirer une conclusion personnelle.

Le livre sur le site de l’éditeur

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Fais-le bien, et laisse dire

Adeline Lafouine

Tabou éditions

Fais-le bien et laisse dire - Adeline Lafouine - Babelio

Le 6 août 2014, la vie d’Adeline Lafouine, c’est le pseudonyme qu’elle utilise sur la Toile pour afficher les photos prises par son mari lors des séances libertines auxquelles ils participent régulièrement, bascule complètement. Une photo de son sein dénudé qu’elle a prise elle-même sur son lieu de travail au Parlement suisse de Berne, est publiée par le Neue Zürcher Zeitung créant immédiatement un scandale qui dépasse très largement le cadre de l’institution qui l’emploie. Dans les jours qui suivent, elle est licenciée, elle fait tout ce qu’elle peut pour disparaitre de la Toile et de tous les médias mais la mèche du scandale est allumée, rien ne peut arrêter l’incendie médiatique. Elle va devoir changer de vie

Libertine, échangiste, masochiste, elle s’adonne à ses pratiques avec son mari qui la photographie lors de ses prestations. Sur les réseaux sociaux, elle se présente comme « Lubrique, gourmande et insolente ». Adeline et son mari sont des amateurs qui ne tirent aucun profit de leurs ébats pas plus que de leurs photos et vidéos. Elle mène une vie trépidante entre sa famille, elle a un fils, sa vie professionnelle, elle est secrétaire multilingue, et les jeux sexuels auxquels elle participe avant de les relater sur les réseaux sociaux.

Avec ce livre témoignage, elle veut donner sa version des faits, pendant cinq ans, elle a été pourchassée, lynchée, par les médias, de la presse aux réseaux sociaux en passant par les radios et les télés qui auraient bien voulu livrer sa version du scandale pour nourrir le feuilleton de la secrétaire libertine du Parlement. Mais, elle n’a pas voulu parler, elle a voulu préserver ce qui pouvait l’être : son fils, sa famille, les amis restés fidèles, la vie professionnelle de son mari. Peu à peu, elle réussit à se faire oublier mais elle conserve toujours des attaches dans le monde libertin, des fans et ses envies, des désirs et peut-être même des besoins…

Livre « Fais-le bien, et laisse dire » – ADELINE LAFOUINE
Adeline Lafouine

Dans un premier temps, elle veut régler ses comptes, dire exactement qui elle est, la femme qu’elle est, la mère qu’elle est, l’employée qu’elle est. Elle veut aussi dire ce qu’elle a réellement fait, qu’elle reconnait, qu’elle regrette, et non pas tout ce qu’on lui prête. Elle ne cache rien, elle raconte comment elle vit le libertinage dans son couple, à titre strictement privé et toujours sans aucun intérêt pécuniaire, pour le plaisir, rien que pour le plaisir. Elle raconte aussi sa vie privée, sa famille, son travail, tout ce qui s’écroule en ce mois d’août 2014. Elle se demande, jusqu’où peut aller la liberté de la presse contre la liberté individuelle ? Maintenant, elle sait que tant qu’il y a de l’argent à gagner, il y a des malfaisants qui feront tout pour le récupérer. Tout le monde se souvient de l’affaire beaucoup plus dramatique portant le nom de la petite victime dans laquelle la presse a joué un bien funeste rôle.

Adeline l’admet elle a fait une grosse bêtise mais elle ne regrette surtout pas la vie qu’elle a menée et qu’elle mène encore mais plus discrètement même si elle a annoncé son retour sur les réseaux sociaux. Cette vie, elle la raconte dans la seconde partie de son livre depuis l’initiation au libertinage par son mari, la découverte de pratiques inconnues pour elle, jeune fille innocente mariée très jeune et maman très vite. Elle décrit comment elle a pris goût à la pluralité sexuelle, comment la douleur la stimule et plus encore comment la recherche de ses limites l’obsède. « L’excitation est plus forte que la douleur. »

Elle ne cache rien, elle décrit avec beaucoup de simplicité, sans aucune fausse pudeur mais beaucoup de détails comment elle affronte la douleur pour repousser ses limites et décupler son plaisir. « Les coups et les insultes pleuvent. C’est très excitant et très fort comme sensation. Je suis sur une autre planète ». « Pour moi, c’est une manière de me sentir vivante, de sentir mon corps, de sentir chaque muscle, chaque centimètre de peau. D’être livrée et d’être à la merci d’une personne qui aime m’avoir entre ses mains… ». C’est peut-être difficile à comprendre, à admettre, mais Adeline semble vraiment très attachée à ses pratiques où elle a la sensation de transgresser les meurs, la morale, les us et coutumes, la bonne pensée. « Ce sentiment de faire quelque chose d’interdit est vraiment très excitant ».

Aujourd’hui, est-elle arrivée au bout du long chemin qui conduit vers la quintessence du plaisir à travers le champ des douleurs ? Sa tête cèdera-t-elle avant son corps ? Elle ne sait peut-être pas encore elle-même. « Dois-je dire merci à Maître C. ou le maudire ? » pour avoir ouvert une porte à tous les fantasmes qu’elle avait rangés dans un tiroir, et qui sont à nouveau très présents, d’avoir créé une addiction impossible à dominer ?

Le plaisir est au bout d’un chemin qui est propre à chacune et chacun, alors pourquoi empêcher Adeline d’aller au bout du sien ?

Le livre sur le site de l’éditeur

Le site d’Adeline Lafouine

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