LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 62 : REDRESSEUR DE SAULE

Saule : planter et tailler – Ooreka

La tête penchée sur l’eau qui court, les saules dépriment, ils ont le vague à l’âme et rêvent de mer, à défaut de retrouver le chemin de la source, la voie des origines.

Rivé au bord des rivières comme un clou dans une tête de bois, ce sont les poètes maudits de la forêt. Parfois, de loin en loin, du haut de sa blanche colonne, le peuplier lui adresse un regard hautain, un signe du bout de ses branches tournées vers le ciel. Ou bien il lui conseille, narquois comme il peut l’être, d’aller se faire élaguer.

Les saules ne sont d’aucune fête, contrairement au houx, au gui, au buis ou au sapin ; on les tient à distance, préférant les laisser mariner dans leur sève, remâche dans leurs songes d’évanescentes pensées, ce qu’on prend un peu vite pour du sommeil. Ce sont les oubliés des dieux et des druides, les laissés-pour-compte de la manne céleste.

On l’appellerait volontiers le hérisson des parcs alors que ses fleurs caduques, alternes, ovales ou lancéolées ne sont que douceur, doigts d’effleurement. Voyez comme ses branches balaient la surface l’eau, s’y trempent sans perturber son cours, caressent l’ondée qui hésite à repartir, y installerait bien ses pénates sous l’ombre d’un salix alba ou d’un salix japonica, si elle n’avait pas affaire ailleurs, si elle n’était pas pressée par le courant !

Les saules ne saoulent jamais, contrairement à certaines herbes ou lancinants romans des abords de la littérature courante. On peut paraît-il, si ne sont pas là des salades, ajouter certaines jeunes pousses à de la laitue avec un peu vinaigre. Et des indigènes auraient tiré de ses feuilles un peigne pour relever leur moustache après avoir bu trop de vin.

Alors qu’on tire de ses feuilles et de son écorce des antidouleurs et de l’aspirine, le saule souffre régulièrement de migraines. Car ce sont, comme on le sait chez les saules, les sauciers les plus mal saucés.

En boule, comme replié sur leur sort, pour éviter toute attaque extérieure, le saule rumine, il se regarde dans le miroir de l’eau, sans se trouver beau. Il faudrait pour cela qu’il prenne du recul, sache voir combien sa vue apaise, repose et donne du courage.

Le redresseur de saule relève l’arbre qui ploie, plie sous le poids des pleurs.

Il lui redonne de l’énergie, de l’allant et même la parole s’il jouxte une Maison de la poésie enracinée dans le silence et si on sait toutefois entendre son discours intérieur.

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