2021 – LECTURES ANTIVIRALES : LE CONTE EST BON / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Pour commencer cette nouvelle année, je vous propose une série de lectures toutes excellentes pour oublier tous les arias qui l’agrémente : confinement, couvre-feu, isolement, crainte sanitaire, privations diverses, nouvelles démoralisantes, … et, pour commencer, je vous présente des contes plus ou moins fantastiques d’Éric ALLARD et de Patrick BOUTIN.

/ / / / /

La maison des animaux

Éric Allard

Lamiroy

C’est à Éric Allard qu’est échu l’honneur et, j’en suis convaincu, le plaisir d’écrire l’Opuscule 162 publié vers la mi-novembre par les Editions Lamiroy, comme elles en publient un chaque semaine. Pour cette publication, l’auteur a proposé un conte comme j’en lisais quand j’étais môme, un conte où les animaux sont humanisés au moins dans leur comportement. Sauf, que dans ce conte, les animaux et les humains se mélangent sans aucun problème et entretiennent des rapports qui ne respectent pas absolument les codes de la morale actuelle, mais un conte est un conte et il faut bien qu’il transgresse les diverses règles édictées par la société pour être admis comme tel. Le Grand Loup a bien croqué la grand-mère, alors … !

Le conte en question raconte la chronique d’une cage d’escalier occupée par le narrateur, celle qu’il admire, Noémie la vendeuse de la boulangerie qui écrit des contes, elle aussi, Xanthe le cheval de course à la retraite, Marie-Aude la gardienne de l’immeuble et Aslan le vieux lion retraité lui aussi. Tout ce petit monde s’agite, se rencontre, vit plutôt en bonne harmonie jusqu’à ce qu’Aslan décède par empoisonnement, selon la police. Il faut donc trouver le coupable et son mobile, tous les habitants de la cage sont soupçonnés, une belle occasion pour l’auteur de dévoiler toute son imagination et sa créativité, de bousculer un peu la morale « bien-pensante » qu’il aime bien, à l’occasion, titiller un peu.

Personnellement, j’ai lu entre les lignes de ce joli conte une dénonciation des nombreux abus de notre société actuelle. J’ai nettement l’impression que l’auteur a abreuvé son inspiration à la source des informations que diffusent à flot continu et souvent sans aucune maîtrise les nouveaux médias, surtout les télévisions commerciales et les fameux réseaux sociaux. J’ai noté un petit coup de pied destiné au derrière des adeptes exacerbés de l’antispécisme, un léger soufflet adressé à ceux qui pratiquent le végan (je ne sais même pas comment on utilise ce mot), un sourire ironique décoché à l’encontre de ceux qui, comme le maire d’une grande ville de France, craignent de faire souffrir les arbres (je pense à celui qui a craint de faire bobo au sapin que ses services voulaient ériger au cœur de sa ville). Les politiciens qui pensent plus à se mettre en scène qu’à assumer leur pouvoir pour le bien des citoyens, ne sont pas épargnés, pas plus que leurs complices des médias en dérapage permanent. Tous ceux qui croient qu’il suffit de brailler dans les rues et de casser tout ce qu’on y rencontre sont aussi concernés par cette satire humoristico-acide.

Ce conte est comme tous les contes pas très moral mais un conte moral n’est plus qu’un catéchisme, pour moi ce conte est surtout une satire aigre-douce de notre société et peut-être aussi une leçon démontrant que la cohabitation avec les animaux est fort possible dans le respect de la dignité de chacun quelle que soit son espèce ou sa race. L’homme n’étant qu’un animal pas plus intelligent que les autres mais peut-être pas plus bête non plus. La morale de ce conte pourrait être qu’en toute chose il faut savoir raison et modération garder même si cela n’empêche pas d’avoir les idées la tolérance larges.

L’Opuscule sur le site des Editions Lamiroy

+

Le roi semeur

Patrick Boutin

Denis éditions

critiquesLibres.com : Le roi semeur Patrick Boutin

Auteur très prolifique, c’est le quatrième opus de Patrick Boutin que je lis cette année, chez quatre éditeurs différents, ce qui relève de la performance éditoriale. Avec ce dernier ouvrage, il me fait découvrir une maisons d’édition de ma région que je ne connaissais absolument pas : Denis éditions. Cette maison propose notamment des petites brochures, format carnet broché, qui peuvent être aisément insérées dans une poche même intérieure, pour être lues dans n’importe quelle salle d’attente, dans les transports en commun, partout où il faut attendre un peu sans avoir une occupation précise.

Patrick m’a adressé deux opus dont celui-ci dans lequel il se livre à un exercice mieux connu des gastronomes et cuisiniers : l’art de revisiter, en l’occurrence il revisite un genre littéraire particulièrement apprécié des enfants : le conte. « Le roi semeur » (et j’ai envie d’ajouter vive le roi) est donc un conte, l’histoire de « Cendrillon » revisité par un instituteur dandy égaré dans les années quatre-vingt. Le roi est un brave type aimé de ces sujets parce que, comme eux, il cultive la terre. Mais un beau jour, des corbeaux ravagent toutes les récoles et le roi doit anéantir tous ces volatiles qui sont la propriété de la sorcière du bois voisin. Comme dans tout bon conte, il faut un sort, dans celui-ci c’est la sorcière qui le jette à celui qui a tué ses oiseaux. Pendant que le roi travaille et anéantit les corbeaux, son fils festoie et tombe amoureux d’une jeune fille qui se sauve à minuit en oubliant sa chaussure. Vous connaissez tous cette histoire mais vous n’en apprendrez l’épilogue imaginé par l’auteur qu’en lisant son texte. En effet, il s’est permis de modifier la conclusion de ce conte en la rendant beaucoup moins heureuse.

Les oiseaux sont très présents dans ce conte : les goélands qui sillonnent le ciel de Granville, là où le narrateur écrit son conte, les corbeaux de la sorcière qui détruisent les cultures et même les oiseaux qu’Alfred Hitchcock met en scène dans son célèbre film. Ils pourraient symboliser la nature que les hommes mettent à mal sans se douter des risques qu’ils font encourir aux générations futures. Mais, ce n’est que mon interprétation de ce conte, la vôtre sera peut-être différente tout comme celle de l’auteur. « Oyez ! Oyez ! Voici la triste vie du Roi semeur ! ».

L’ouvrage sur le site de Denis Editions

+

Histoires hypraordinaires

Patrick Boutin

Denis éditions

Nouveautés Éditeurs - Histoires hypraordinaires - Denis éditions - Boutin  Patrick Dandois Pascal

Il y a quelques semaines, je vous ai proposé un commentaire d’un texte court de Patrick Boutin en vous disant qu’il était un auteur très prolifique, je peux vous le confirmer aujourd’hui en vous présentant ce recueil rassemblant environ vingt-cinq (je n’ai pas compté mais je ne dois pas être très loin du compte) textes très courts, des contes ou des nouvelles fantastiques, absurdes, surréalistes. Ce nouvel opus est édité dans la même maison d’édition que le précédent et dans la même collection. Le titre évoque bien évidemment les fameuses « Histoires extraordinaires » d’Edgar Allan Poe, je regrette que ma lecture de ces de Poe soit beaucoup trop ancienne pour que je puisse établir un parallèle très fouillé entre les textes contenus dans ces deux recueils. J’ai aussi pensé à Oscar Wilde et à « Le Portrait de Dorian Gray » dans certaines des histoires de Patrick Boutin.

Pour vous donner une idée des contes et nouvelles proposés par Patrick Boutin, j’ai choisi de vous présenter un très court résumé de quelques-uns de ses textes hypraordinaires qui s’achèvent toujours par une chute très inattendues et totalement surréalistes, voire absurdes et toujours drôles :

  • L’histoire d’un lecteur fanatique de Balzac qui s’est fait tatoué toute son œuvre sur le corps et qui finalement en est mort.
  • La concierge étrangement disparue retrouvée sous les marches pliée en forme d’escalier : La concierge est dans l’escalier
  • A La laverie, un drap taché de sang ressort de la machine marqué de la figure du Christ, comme le Saint Suaire
  • Un gueux affamé peut formuler trois souhaits, il choisit trois fois de demander de la nourriture que la lampe magique lui déverse en quantité phénoménale, le submergeant totalement. Aladin a peut-être visité l’auteur.
  • Un milliardaire dissimule des diamants dans des lentilles, aucun des consommateurs ne l’a remarqué, personne ne s’est enrichi mais nombreux sont ceux qui ont rendu visite à leur dentiste.
  • Il tombe sur sa mère qui était enceinte de lui, il n’est donc jamais né.

Chacun de ces textes comporte une allusion à une œuvre littéraire, à une formule convenue, à une chanson, à n’importe quelle formule orale ou écrite circulant comme un virus dans les populations. L’auteur possède une large culture et connait très bien ses classiques et tout aussi bien, même peut-être encore mieux, toute une collection de mots rares qu’il distille avec adresse tout au long de ses textes.

Ces histoires sont comme tous les contes drôles, amusants parfois hilarants mais on peut aussi y voir l’envie de montrer les limites de notre réalité, d’envisager la vie autrement, de croire en une autre forme de vie. « Apporte au monde impie la bonne parole : je me suis incarné sous cette forme pour soulager les hommes de leurs souffrances, et guider ceux-là qui se sont fourvoyés dans des liturgies et des rituels démodés ». Habilement, l’auteur a glissé dans une de ces histoires une allusion au contexte que nous connaissons actuellement : « Oui, ma vie était pour beaucoup terriblement casanière, mais je réalisais mon destin : survivre en ce bas monde en tentant de ne pas dépareiller les chaussettes ! ». Alors survivons en triant habilement nos chaussettes, le virus en sera certainement déconcerté et désorienté.

L’ouvrage sur le site de Denis Editions

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s