LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 78. GOÛTEUR DE DOUTE

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Le doute n’est jamais sûr. Il est sucré, salé ou amer selon l’endroit où le doute survient : la confiserie, la plage ou le champ d’artichauts.

Il a le goût du zinc quand on s’est trop longtemps accoudé au bar, le piquant du poivre quand on a éternué ses convictions, l’astringent du coing quand on y a été envoyé avec un bonnet d’âne, l’amertume du vin quand on a aimé au-delà du raisin, l’umami du parmesan quant on léché ses doigts de pied, le brûlant du piment lorsqu’on s’est fait gronder, le savoureux de la viande de koala après qu’on a cherché à voir en dessous de la fourrure.

Bref, le doute est multiple. Il faut avoir été singulièrement certain d’une seule chose dans sa vie pour savoir comment le doute rapidement s’installe, se ramifie et nous entraîne dans des abysses – une véritable galerie – d’incertitude.

Afin de distinguer les divers états du doute, il faut prendre sa température. Le doute doit se trouver en tout lieu et à toute heure à une température constante de 33 degrés. (De là à en déduire que le seul corps douteux est mort, il y a un espace de quatre degrés que nous ne franchirons pas.) Trop chaud, le doute vire à l’incrédulité pure ; plus froid, il tend vers la pâle croyance. Trop cuit, le doute suspend tout savoir et toute saveur : il n’exprime plus tous ses sucs et astuces.

Le doute réclame un point d’appui pour certifier le monde. Il a besoin d’un repère, d’un système de coordonnées, d’un étalonnage précis, sans quoi il prête le flanc à l’évasif, au fluctuant, au scepticisme d’un Montaigne, aux débordements de la métaphysique, à l’angoisse (de la page sans chiffres) de l’écrivain oulipien. Raisonnons donc avec méthode !

Descartes a douté du goût pour établir sa théorie. A humer toutes les idées de son temps, il ne savait plus à quel sens se vouer quand il réalisa qu’à tant questionner le goût du pain bis comme celui de la feuille de laurier, il posait les bases de son cogito. À partir de là, René eut bien des cartes en main pour déjouer les règles de la scolastique. Même si viendraient après lui les titilleux Spinoza, Leibniz ou Pascal pour lui chercher des poux. Quand le philosophe perçut l’ampleur de sa découverte, on rapporte qu’il avala un plein verre d’armagnac et trouva que c’était délectable. Assurément.

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