LA MAISON DU BELGE d’ISABELLE BIELECKI (M.E.O.) / Une lecture d’Eric ALLARD

Les tulipes du Japon

Par un dispositif narratif – analysé dans la préface par Myriam Watthee-Delmotte fait d’ « emboîtements signifiants » – Isabelle Bielecki clôt en beauté son triptyque romanesque entamé en 2006 par Les Mots de Russie (E.M.E.) et poursuivi en 2017 avec Les Tulipes du Japon (M.E.O.).

Trois noms de pays associés à trois noms communs pour raconter une vie, celle de l’autrice mais aussi celle de ses parents, de même qu’un itinéraire, partant de Russie pour arriver en Belgique où elle travaillera au service d’une entreprise nippone. C’est la seconde partie du XXème siècle qui défile, à la façon d’un bilan du siècle passé même si l’action évoquée dans ce récit se déroule au début du XXIème.

En 73 phrases-clés, Isabelle Bielecki ouvre les diverses portes de sa maison romanesque. Elisabeth, son double romanesque, se base sur le Journal qu’elle a tenu durant les faits pour raconter le récit chronologique d’une liaison sur une dizaine d’années.

Le dispositif, qui en épouse divers éléments, fait penser à celui d’une cure psychanalytique. Après chaque remémoration des épisodes, elle l’analyse dans le studio de Marina, une proche de sa mère. C’est de là qu’elle conte cette histoire d’un amour contrarié avec un amant ne pensant qu’à accroître son pouvoir au sein d’un holding financier et ne renoncera jamais à quitter son poste. De même, il ne voudra jamais vivre avec cette femme aux ressources financières plus modestes qui risquerait, à terme, de lui faire de l’ombre par son activité littéraire. La Maison du Belge, seconde résidence de l’amant en France, peut figurer ce pays qu’elle ne pourra vraiment investir qu’une fois devenue romancière.

L’histoire contrariée avec son amant fait écho à sa relation avec ses parents et nourrit les réminiscences propres à son travail littéraire en cours. Cette situation, aussi pénible à vivre soit-elle, va être le terreau nourricier de l’écriture du roman familial, celui que son père lui a commandé d’écrire. Tâche qu’elle mènera à terme en dépit d’une activité professionnelle prenante.

On assiste ainsi à la naissance d’un livre et d’une romancière (car la narratrice a déjà écrit des pièces de théâtre et de la poésie) dans le même temps où un autre texte se construit et se lit sous nos yeux.

Mais il ne faudrait pas n’y voir que les amours malheureuses d’une femme reproduisant un trauma issu de l’enfance. Ce roman dénonce subtilement la mainmise masculine sur le monde de l’entreprise mais aussi sur le celui du théâtre et les collusions existant entre les deux, qui plus est lorsqu’elle s’applique sur une femme issue de l’immigration qu’on ne maintient que dans des seconds rôles, de faire-valoir, ceux de secrétaire ou bien de maîtresse.  

De plus, le roman est narré dans un style alerte, limpide, jouant des diverses strates narratives, qu’on ne parvient pas à laisser avant la fin.

Le roman sur le site de M.E.O

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s