POÈMES DU CHAGRIN de PHILIPPE LEUCKX (Le Coudrier) / Une lecture d’Éric ALLARD

Avec ces Poèmes du chagrin, Philippe Leuckx livre nonante pages de textes poignants pour dire la perte de l’être de l’être aimé.

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La disparition de l’autre foudroie et plonge dans un gouffre, de temps et de ténèbres.

La lumière, ce mur de mer sale entre le monde et moi, resserre les fenêtres, obstrue ma pensée, me rejette dans l’ombre.

Séparé de l’autre, l’homme foudroyé voit sa vie ravagée. Dans un creux du temps, il doit s’inventer un futur, à petits pas, dans un monde réinventé où l’autre n’est plus là en chair et en os.

Dans l’entre-deux  du temps, il y a ce nœud embroussaillé du chagrin, seul lien entre passé et présent.
Les lieux habituels sont devenus lointains, participant tous du sentiment d’étrangeté qui envahit l’endeuillé. Il se sent abandonné, resté sur le bord esseulé comme une pierre.

Le chagrin n’a aucun rempart d’ombre.

La mémoire sourde reste insensible aux appels du souvenir. Plus rien ne répond.

Désemparé, on se rempare comme on peut : le lot des souvenirs.

Le tout d’avant est réduit au peu, le peu en guise de ressource.

Telle une digue défaillante, le temps a cédé. D’allié, de complice, il est devenu hostile. Le temps se révèle dans sa cruauté, lui qui fut complice des partages, des élans.

La maison est un étrange bloc de silence.

Il faut se tenir au-dessus de l’angoisse

La nuit dans laquelle on se trouve alors plongé effraie d’autant plus à la tombée du jour quand la lumière baisse. Où l’aube apparaît alors pour panser un peu la blessure des nuits.

Le soir conjoint les petites peurs, avec ce beau mot de conjoint choisi à dessein. Dans le deuil, le poète veille à garder la lueur du lien allumée.

On ne sait plus très bien le jour ni le

jardin de la pensé. On déroge aux

paysages, à leur velours. Le cœur

s’arrime sans raison à de bien pauvres

joies.

Ce Quelque chose noir que le poète Roubaud a vécu lors du décès de son épouse, Philippe Leuckx l’expérimente de même. 

Quelque chose de noir s’invite (…) Tu remontes des gouffres…

Pourtant je vis, s’étonne-t-il.

Parfois le passé perle au revers des chagrins.

Parfois, il se surprend à vivre, d’avoir survécu au cataclysme de cette perte. 

La maison est un étrange bloc de silence.

Il faut se tenir au-dessus de l’angoisse.

Et faire de l’autre sa lecture solitaire

Quand « le chagrin plisse les yeux, le cœur s’amenuise », se retourner sur le passé est vaine consolation car il renvoie au temps vécu ensemble, à l’infinie regrettée présence.

Où qu’on ouvre le recueil on est submergé par les signes du chagrin.

Ecrire consiste malgré tout à faire de sa douleur un objet extérieur, un lieu de partage.

Il faut apprendre à ombrer son chagrin sans estomper le souvenir de l’autre.

À un moment donné, le sang qui figure le temps irrigue à nouveau le présent d’un monde dévasté.

Le temps fige, alors que le sang continue de (s’é)couler.

Aux voyages en commun de jadis, à l’espace conjugal habité, succède l’immense solitude des tombes.

En fin de recueil, l’éploré rapporte les souvenirs de la fin de vie, des lieux visités ensemble, quand le souffle manquait mais que l’étincelle de vie subsistait, quand on courait à contre-vent / dans l’espérance des leurres.

Cette étincelle que Philippe Leuckx a gardée pour illuminer les jours comme les mots à venir.

Le livre sur le site du Coudrier

Les livres de Philippe LEUCKX au Coudrier

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