2021 – LECTURES DU RENOUVEAU: NAISSANCE D’UNE COLLECTION / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

A l’occasion de cette nouvelle année, CACTUS INÉBRANLABLE ÉDITIONS fête non seulement son dixième anniversaire avec un catalogue bien rempli mais ses créateurs lancent aussi une nouvelle collection destinée à la publication de textes très courts. J’ai le plaisir de vous présenter, ci-dessous, les deux premiers numéros parus : le #1 écrit par Menu et le suivant par Patrick Boutin.

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Oxymores subit(e)s

Marc Menu

Cactus Inébranlable Editions

Pour fêter l’entrée dans sa deuxième décennie, Cactus inébranlable éditions a, entre autres initiatives, créé une nouvelle collection, Microcactus, destinée à publier des recueils de textes courts. Des ouvrages au format poche qui comportent environ deux cents textes très courts, peut-être un peu moins, des textes que personnellement je situerais entre l’aphorisme et la courte nouvelle. Un autre mode d’expression par l’écrit. L’honneur d’écrire le numéro « 1 » de cette nouvelle collection, le présent recueil, a échu à Marc Menu qui s’en donné à cœur joie.

Pour ce premier numéro qui servira, sans doute, un peu de référence, de prototype, aux auteurs qui écriront les opus suivants, Marc propose des textes de quelques mots à quelques lignes remplis d’humour, parfois noir et même cynique. Des textes dans lesquels il joue avec le mots mais aussi avec les idées, les impressions, les émotions, de l’expression écrite condensée. Comme il s’agit du numéro 1 de la collection, j’ai choisi de présenter quelques exemples de textes proposés par l’auteur.

Ce recueil comporte principalement des courtes nouvelles, comme celles qui suivent, elles racontent une histoire drôle, cynique, pleine d’humour noir ou totalement burlesque. Des textes à contre-courant de la bien-pensance et de l’ordre établi :

« Le chien traverse la rue. L’automobile freine des quatre fers. Elle dérape sur le sol humide, et va embrocher la vieille qui promenait son déambulateur. Le chien, haletant, reprend ses esprits sur le trottoir d’en face. Le fils de la vieille lui donne un sucre ».

« L’enquête se mit très vite à piétiner – ce qui fit un sacré paquet de traces de pas. Plus d’un chien y laissa la truffe ».

Il contient également quelques textes très courts qui pourraient sans froisser les lecteurs, même le plus exigeants, se glisser dans le meilleur recueil d’aphorismes :

« Aucun documentaire sur les faucons ne pourra jamais nous faire oublier que les nôtres sont vrais ».

« A l’orphelinat, bon nombre d’enfants se plaignaient du mal de mère ».

« Elle était coiffeuse. Et tellement rasoir. »

Et, comment laisser ce bout de texte sans avoir un petit pincement à mon égo ? Un auteur qui connait et pense à ma région ! Damnation ! Une si belle intention méritait bien cette citation :

« Cette fois, c’est décidé. Cette année, pour les vacances, ce sera la Franche-Comté. Mais on partira après tout le monde, sans doute en octobre. Parce que bon. Jura, mais un peu tard. »

Ainsi, il se pourrait qu’il rencontre un lecteur assidu penché sur un Microcactus coincé entre deux pintes à la terrasse d’un café !

L’ouvrage sur le site de l’éditeur

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En deux coups les gros

Patrick Boutin

Cactus Inébranlable Editions

C’est à Patrick Boutin qu’a échu la rude tâche de perpétuer la collection « Microcactus » après qu’elle a été lancée par Marc Menu au début de cette nouvelle année. Patrick est un spécialiste émérite du texte court, il publie de nombreux recueils qui séduisent de nombreux éditeurs. Pour ma part, c’est le huitième opus de sa plume que je commente, en comptant son « P’tit Cactus de 2016 », Le Fruit des fendus, dont pas moins de cinq l’année dernière.

Ce nouveau « Microcactus » comporte cent nouvelles brèves, le plus souvent deux par pages petit format (10 x 15) mais parfois une seule et quelques-unes ne font pas plus d’une ligne ou deux comme celle-ci que j’adore et qui aurait plu à Marcel Aymé :

« Au milieu de l’assemblée qui chuchotait, le Passe-muraille traversait même les murmures. »

Les textes courts sont une forme d’expression qui est très familière à cet auteur, il explique très clairement sa motivation sur la quatrième de couverture de ce recueil :

« L’on m’a fréquemment reproché le laconisme de mes nouvelles : je ne suis pas un coureur de fonds, pour garder la forme ! J’ai voulu encore désosser le jambon : je n’avais qu’une envie, laisser libre court aux idées, leur flot, l’urgence, leur impérative éruption – comme le lait débordant la casserole. »

Dans ces textes, Patrick mêle avec adresse et créativité le fantastique, le surréalisme, le burlesque, l’absurde et même parfois l’hyper réalisme à la limite de la scatologie, toujours sur le ton de l’humour, de la drôlerie plus ou moins explicite et même parfois de l’humour noir voire morbide.

Un bon petit recueil à déguster sans faim juste comme des petites gourmandises qu’on grignote pour le seul plaisir de manger quelque chose de bon qui fait chanter les papilles. Lire Patrick, c’est faire chanter ses neurones qui trouvent difficilement matière à réjouissance en cette période un peu tristounette.

L’ouvrage sur le site de l’éditeur

À paraître au Cactus Inébranlable !

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