2021 – LECTURES DU RENOUVEAU : ÉCRIRE LA PANDÉMIE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Alors que la pandémie s’étendait sur la planète, Anne STAQUET et Jean-Claude MARTIN ont pris la plume pour dire comment ils ont vécu ce premier assaut viral et ce premier confinement. Anne s’est impliquée dans l’action en se portant volontaire pour suppléer les aides-soignantes défaillantes dans un établissement accueillant des personnes âgées. Jean-Claude, lui, a pris sa plume qu’il quitte rarement, pour dire ce qu’il ressentait en cette période de crise sanitaire stigmatisant au passage tous ceux qui n’ont tenu le rôle qui leur était dévolu, tous ceux qui ont failli … et ils sont nombreux.

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Les effacés

Anne Staquet

M.E.O.

Les effacés

Quand, en avril dernier, Anne Staquet, professeur de philosophie à l’Université de Mons, entend l’appel aux bénévoles des autorités belges pour renforcer les effectifs des institutions chargées d’accueillir le personnes âgées ou en perte d’autonomie pour diverses raisons, débordés et décimés par la pandémie, elle n’hésite pas longtemps, elle s’inscrit sur les listes. Elle pense qu’il est de son devoir citoyen de secourir le plus faibles, de participer activement au mouvement de solidarité et au combat contre le fléau qui sévit durement. Elle concède toutefois qu’elle trouve dans cette action héroïque une belle opportunité pour mettre un terme au confinement qui commence sérieusement à l’étouffer.

Quelques jours plus tard, elle est appelée dans une institution privée accueillant des personnes âgées. Elle est à la fois heureuse de pouvoir se rendre utile, d’échapper à son enferment à domicile mais aussi inquiète, elle a peur de la maladie, elle a subi une intervention chirurgicale dans un passé pas si éloigné. La peur, elle la découvre partout, les héroïnes et les héros qu’on applaudit au balcon tous le soirs ont elles et eux aussi peur pour leur personne, leur famille, leur entourage, leurs patients. La peur est un moteur puissant qui incite à la réaction pour maitriser les causes génératrices qui la provoque. Mais, la peur est aussi une arme très puissante dans les mains des dirigeants qui peuvent la distiller pour justifier les politiques et les actes qu’ils entreprennent et qui n’ont pas toujours pour seul but de juguler la pandémie.

An contact des pensionnaires, Anne apprend peu à peu à maîtriser ses angoisses et sa peur. Ces personnes ont souvent d’autres problèmes qui les préoccupent davantage qu’une épidémie dont elles ignorent tout. Ainsi, elle arrive à prendre un peu de recul et, après réflexion, à comprendre que cette épidémie ne concerne qu’une très faible partie de la population quand on la considère à travers des données relatives. Elle découvre d’autres réalités, notamment le toucher qui n’est pas habituel dans le monde intellectuel qui est celui de la parole, du discours, du dialogue. Le contact des corps lui procure des sensations nouvelles qu’elle doit apprivoiser, elle prend conscience de leur décrépitude sous les assauts de la maladie ou plus simplement de l’âge.

Ce séjour dans cet établissement lui apprend une nouvelle donnée qu’elle n’imaginait pas jusques là : la redescente au plus bas de la pyramide hiérarchique là où sont les débutants, ceux qui n’ont aucune connaissance pas plus pratique que théorique, ceux qui doivent tout apprendre. Pour elle qui se situe très près de la pointe de la pyramide, celle de Maslow, c’est une belle leçon d’humilité. Elle doit tout apprendre, accepter de se tromper, de mal faire, recevoir les leçons de simples aides-soignantes. Et, pourtant, elle finit par comprendre qu’elle reçoit beaucoup au contact des pensionnaires et de ses collègues de circonstance. Simple bénévole, novice dans son emploi, elle découvre qu’il existe une autre façon d’obtenir une certaine reconnaissance, de réussir sa vie, de valoriser son existence, de jouer un rôle dans la société. L’argent n’est pas le nerf de tous les combats, il est parfois possible de triompher en n’étant qu’un simple bénévole.

De ce séjour, elle tire bien des enseignements qu’elle confronte à ses acquis universitaires pour revisiter les théories philosophiques et sociologiques qu’elle avait construites sur le socle des enseignements des grands maîtres en la matière. La connaissance pratique, les acquis d’expérience, l’écoute des autres, surtout ceux qui souffrent, peuvent enrichir tous les savoirs universitaires, ouvrir de nouveaux horizons, faire comprendre qu’il peut exister diverses façons d’aborder les problèmes, que la solution n’est pas que dans les livres. Cette crise ne changera peut-être les lois naturelles qui régissent le fonctionnement de l’humanité depuis qu’elle est apparue sur terre mais elle aura à coup sûr un impact social évident, les barrières sociales imposées resteront, peut-être sous une forme, même édulcorée, dans les comportements sociaux.

Elle a compris l’importance du vécu, le rôle de la pratique, les limites du savoir, l’importance des valeurs humaines dans le travail et la vie sociale. A l’avenir, elle saura relativiser l’importance des qualités intellectuelles en comprenant que la perception sensorielle, l’adresse physique, l’intelligence pratique jouent aussi un grand rôle dans le fonctionnement de la société quelle qu’elle soit. Tout ce qu’elle a vécu au cours de ce parcours bénévole vient percuter tout ce que nos dirigeants voudraient nous inculquer et tout ce que les médias n’arrivent pas à expliquer, empêtrés dans leurs querelles audiovisuelles pour triompher dans le combat de l’audimat. Je partage totalement avec elle, cette réflexion : « Il convient de repenser tant l’éducation que la pertinence du modèle démocratique tel que nous le connaissons à l’époque des médias de masse ».

Le livre sur le site de M.E.O.

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Au temps du Corona

Jean-Claude Martin

A l’index

Jean-Claude Martin - Écrivain (Site officiel)

Comme tous les Français, et d’autres citoyens de divers pays, Jean-Claude Martin a été confiné chez lui du 23 mars au 7 mai 2020 pour participer à la lutte contre l’invasion du Coronavirus, il en a tiré ce petit recueil de textes courts ou plus exactement de poésie en prose. Il explique lui-même sa démarche littéraire dans un texte écrit pour une autre circonstance : « … J’essaye de faire tenir en quelques lignes des rencontres, des moments, des éclats, des éclatements, des éclairs, des éclaircies… » et ainsi de suite, pour évoquer tout ce qui peut interpeler un poète réduit à l’inaction physique dans un espace clos. Ces textes sont accompagnés de sept jolis dessins de Pierre Rosin.

Dans ces poèmes en prose, il évoque le lieu où il est confiné, le cerisier, la nature environnante, l’air pur de sa campagne mais pas seulement, il raconte aussi la nouvelle situation impliquée par la présence du satané virus. C’était au temps du premier confinement et nous étions alors très sensibilisés à la nécessité de limiter les contacts avec les personnes et des objets pouvant colporter l’ennemi redouté. « Etrange temps où l’on ne doit toucher ni gens ni choses », dit le poète en ajoutant plus loin « Pourvu que cela ne nous apprenne pas encore à rejeter… ».

« Même le plus misanthropes des misanthropes s’en lasserait ». « Tout le monde rêve d’après », comme tous ses concitoyens le poète se lasse et le confie à sa page. Il a soudain conscience d’être la victime de l’être plus insignifiant de la vie… Et le temps s’écoule lentement, lentement, sans que l’horizon s’éclaircisse, l’importun est toujours là à l’affut de poumons à dévorer. L’humilité gagne, le poète se satisferait bien d’un peu d’espoir, d’un rai de lumière, …, « Pour la suite on verra » et j’ajouterais volontiers un an après, on la voit bien…

Comme beaucoup, le poète a accusé le coup, fléchi, incliné la tête mais il a bientôt compris que la pire des solutions serait de baisser la garde, de laisser le champ libre à l’ennemi en perdant la foi en la vie « … Respirer, seulement respirer. Remettre en marche les poumons. Sans s’inquiéter du mécanisme. Comme un mot vient parès un autre dans une phrase. Marcher un peu. Lever la tête et voir le ciel. Apprendre à ne plus renoncer ». « … Revenir … Renaître … Recommencer… ».

En quelques pages, de quelques liges, de quelques mots, Jean-Claude Martin a planté le décor, il dit ce qui est arrivé, ce à quoi nous étions confrontés, ce à quoi nous étions condamnés, ce qui nous accablait mais aussi ce à quoi nous ne devions pas céder, comment nous devions nous comporter, réagir, pour déjà voir l’après. Tout en nous rappelant qu’« On a besoin des autres pour être seuls ».

Le père Hugo l’a bien dit : « Seul le poète a le front éclairé ! ».

Le site de Jean-Claude MARTIN

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