2021 – LECTURES DU RENOUVEAU : EN ATTENDANT LE PRINTEMPS DES POÈTES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Comme tous les citoyens, les poètes sont confinés mais ils ne restent pas pour autant muets, ils sont nombreux à publier et les éditeurs, très actifs, sont nombreux à leur accorder leur confiance. Dans cette chronique, j’ai cité un long recueil de Thierry RADIÈRE publié par La Table ronde, une très belle promotion pour lui, et un séduisant recueil d’Isolde KOVALITCHOUK, chez Le Chat polaire, qui raconte des histoires pleines de tendresse et d’émotions dans de bien jolis vers.

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Entre midi et minuit

Thierry Radière

La Table ronde

Entre midi et minuit

« Entre midi et minuit » annonce le titre mais, connaissant un peu l’auteur, je parierais que les poèmes qui composent ce recueil ont tous, ou la plupart, été écrits aux heures matutinales devant le premier café du jour qui point. Thierry, je le connais un peu mais je connais surtout son œuvre, j’ai lu presque tout ce qu’il a publié, dix-neuf titres dans ma liste de lecture, des titres qui en disent long sur le bonhomme, son talent, ses petites habitudes, sa manière d’écrire, ses sources d’inspiration, sa famille, son environnement, ses préoccupations, …

« Dans la nonchalance / du jour en train de se lever / j’y vois beaucoup de classe / de grâce et de pudeur / … »

Thierry a séduit de nombreux éditeurs, tous très exigeants, amoureux des beaux textes, convaincus de l’importance des belles lettres surtout de la poésie qui est sa forme d’expression littéraire préférée. Pour cette nouvelle publication, il a placé la barre encore plus haut, sans vouloir renier le talent de ses précédents éditeurs qui sont aussi pour certains des amis, il a réussi à faire publier un recueil plus de trois cents pages pour, à peu près, autant de poèmes dans une maison dont la qualité, la renommée, la richesse du catalogue ne sont plus à prouver. Ce recueil a en effet été publié par les célèbres Editions de la Table ronde.

C’est une anthologie comprenant trois recueils :

  • Poèmes totémiques (2017)
  • Je n’aurais pas pu voir (2018)
  • J’avais déjà dit un jour (2019)

Chacun des poèmes du premier recueil est dédicacé à un auteur, souvent un poète. C’est ainsi que j’ai pu constater en lisant la liste des destinataires de ces dédicaces que nous avons, apparemment, de nombreuses lectures communes : « … Serge Prioul, Frédérick Houdaer, Christophe Bregaint, Thomas Vinau, Fabien Sanchez, Francesco Pittau, Pierre Autin-Grenier, … ». la liste est longue, je me permets de l’écourter à son début.

Je connais bien l’univers littéraire de Thierry, il évoque souvent tout ce qui tourne autour de lui, sa famille, ses amis mais encore plus son environnement, les petites bêtes qui gravitent à proximité, les choses simples comme les événements moins anodins. Une sortie au marché peut faire l’objet de plusieurs textes tout comme une manifestation exceptionnelle ne peut être l’objet que d’un seul petit poèmes. J’ai remarqué dans ces trois recueils rassemblés dans cette anthologie que le cercle des préoccupations de l’auteur semblait s’élargir en passant d’un recueil à l’autre. Ainsi les derniers poèmes s’engagent plus profondément dans une réflexion littéraire, sociale, humaniste…

Thierry est amoureux des mots, il s’en nourrit, il en a besoin…

« Il n’y aura jamais / assez de mots pour dire / tout ce que je voudrais dire / … »

Mais, il les aime comme on aime la cuisine familiale, avec gourmandise et pas forcément modération.

« pas besoin d’employer les grands mots / La réalité s’impose d’elle-même / S’il faut en plus la compliquer / En étant maniéré /Les gens seront encore plus perdus / Non l’essentiel est d’être là / Sans se la péter / … »

A la seule question qui lui reste sous la plume :

« Que m’ont apporté / tous ces textes écrits / tôt le matin / … »

Nous ne pourrons jamais répondre mais nous savons nous ce que ces poèmes nous ont apporté, à nous, : un peu de quiétude, de sérénité, d’amour du prochain, de respect pour la nature et beaucoup d’empathie pour ceux qui nous entourent. Alors, Thierry, au petit matin, devant ton premier café du jour, écris encore tes doux poèmes puisque, comme tu l’écris, c’est ta vocation…

« Plus j’écris, plus je finis par accepter / de n’être surtout rien / qu’un homme uniquement fait pour ça ».

L’ouvrage sur le site de La Table Ronde

Le blog de Thierry RADIÈRE

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Papiers de soie

Isolde Kovalitchouk

Le Chat polaire

Isolde est une artiste de la matière et de la couleur, elle plisse et elle teint, mais surtout elle crée des vêtements pour le théâtre, les défilés, pour d’autres circonstances encore, elle dessine et coud aussi des vêtements de luxe mais, parfois, elle pose ciseaux, aiguilles et tout son attirail de couture et de teinture pour prendre la plume. Ecrire n’a pas été chose facile, elle le raconte dans ses vers :

« Ecrire puis lire son texte / Elle a le trac / La trouille / Les chocottes / Les copeaux / Les foies / les jetons / La traquette / … / Elle a plongé dans ses mots / Gribouillés / Raturés / Elle a trituré le coin de sa feuille / Sa voix éraillée est remontée du fond de ses entrailles / D’abord hésitante / A demi-mots / Puis elle s‘est lancée / Un jaillissement incontrôlé ».

Le résultat a été à la hauteur de sa hantise, elle raconte avec une grande légèreté, une vibrante d’émotion, une certaine tendresse, beaucoup de délicatesse, sa vie, son monde, son univers, son métier, sa passion, son art. Ses longs poèmes en vers très libres sont comme de mini élégies. Elle y évoque les ruptures qui l’ont marquée : l’exil, le divorce et la mort qui rode partout.

Elle cisèle ses vers comme elle coupe et plie ses tissus, elle y glisse de la musique, y met du rythme mais surtout de la couleur :

« … / Les mots rouges coulent sur les murs noirs / Les murs noirs deviennent rouges de mots / Les mots rouges pleuvent et crépitent / Sur les murs sombres / … ».

« Moi je les aime ses mains de teinturière / Cuivrées écarlates parfois grenat ou pivoine / Pourpre ou rubis ».

Mais j’y ai surtout trouvé beaucoup d’âme et d’humanité notamment quand elle évoque la féminité, la fécondité, la maternité, l’art d’être parent en accompagnant ses enfants sur le chemin de la vie et encore plus l’art d’être la fille qui part à la recherche de son père égaré dans la montagne perdu dans son temps. Ce père qui pourrait être le sien …

« Prenez garde de ne pas l’effrayer / Il est dans son monde / En Russie / Caché/ Ne parle plus que sa langue / Parfois égaré / … / Je pense à cet étranger que je vais rencontrer / Mon père cet inconnu / Des années durant je l’ai cherché / Je viens entendre la vérité / … »

Née dans les tissus, elle a grandi dans l’art d’en fabriquer des œuvres d’art que désormais elle voudrait élaborer avec des mots pour dire son histoire, sa vie et ses passions mais aussi pour faire des choses belles avec la langue belle qu’elle travaille comme ses tissus.

Ce cadeau qu’elle nous fait !

L’ouvrage sur le site du Chat Polaire

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