2021 – ANNÉE DU RENOUVEAU : POESIE EN BLEU D’ENCRE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Claude DONNAY et sa maison d’édition BLEU d’ENCRE ont été particulièrement actifs au cours de cette période de crise sanitaire, ils ont publié plusieurs recueils dont les deux que je présente dans cette chronique : un de Philippe LEUCKX et un autre de Françoise LISON-LEROY. Deux recueils pleins de finesse, deux belles éditions, des poèmes comme Claude nous en offre régulièrement, il a un réel talent pour découvrir les meilleurs textes et plus talentueux poètes.

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Nuit close

Philippe Leuckx

Bleu d’encre

Nuit close : Sizains

Philippe, je le connais depuis quelques années maintenant, ce sont plutôt nos mots qui se croisent, les miens s’inclinant avec respect, ils n’ont ni le prestige ni l’élégance des siens, sur le blog de notre ami commun. Ainsi, je sais que Philippe a traversé des épreuves difficiles dont une au moins fut très douloureuse. Si je l’évoque aujourd’hui, alors que la pudeur me demanderait plutôt de la taire, c’est parce que j’en ai retrouvé la marque, la trace, l’odeur et d’autres stigmates dans ce recueil où Philippe rassemble uniquement des sizains, ce qui pour moi est rare, c’est la première fois que je lis un recueil composé exclusivement de cette forme de vers.

Cette « Nuit close » fait-elle référence à cette longue période d’attente angoissante et à cette toute aussi longue maladie qui a emporté une personne qui lui était particulièrement chère ? Les stigmates incrustés dans le texte semblent bien l’indiquer. On y retrouve, le souvenir des nuits d’angoisse qu’il a fallu affronter :

« On se rempare / comme on peut / on taille dans le noir / la limite du cri / l‘offrande à peine sûre / de ses poumons blessés ».

Et les doutes qui ne laissent pas espérer des jours plus sereins que les nuits d’angoisse : « On ne sait presque rien / des promesses de l’aube / … ».

Ce recueil est ainsi marqué des angoisses et des peurs de son auteur mais aussi de l’issue et de la fatalité dont il craint l’inéluctabilité. C’est de la poésie à l’état pur, écrue, sans aucun artifice. Le son, le rythme, les mots, les vers, tout est talent à l’état brut. Comment ne pas rester sous le charme quand on lit des vers comme celui-ci : « Laisse encore / l’empreinte / sur l’aube de tes jours / … ».

Au fil de ces sizains, on suit Philippe dans ce qui fut son calvaire à travers de qu’il a vécu, ce qu’il a vu, ce qu’il a senti, ressenti, ce qu’il a craint, ce qui pouvait advenir, ce qui est advenu… tout est émotion à l’état pur, originel, mais aussi beauté jusque dans la douleur !

Nuit Close sur le site d’Objectif Plumes

Les recueils de Philippe Leuckx sur le site des Editeurs singuliers

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Sauvageon

Françoise Lison-Leroy

Bleu d’encre

Sauvageon

C’est un tout petit recueil de poésie en prose, ou alors en vers longs, une trentaine de pages, deux paragraphes ou deux strophes par pages selon l’option qu’on a choisi : prose ou vers, cinq ou six lignes, jamais plus. Rassemblés en quatre parties qui racontent la vie de Sauvageon. Sauvageon c’est petit Pierre : « Petit Pierre. Petite braise. Sauvageon. On te dirait enfant des bois et des ferrailles, fruit princier cueilli à même la falaise… ». Sauvageon qui vient de naître presque par hasard, apparemment, sans que ses parents le désirent réellement. « C’est un sauvageon. Ses parents n’ont pas eu le choix. Il était là, tout né, dans son berceau aux franges synthétiques… »

C’est peut-être pour ça qu’il reste mutique, qu’il demeure dans son coin à l’abri des regards. « Il gardera son gîte secret, une halte jamais répertoriée. Inscrite en lui, têtue, bâtie avec science et patience… ». Mais « Le silence est gourmand de mots… » et Sauvageon est devenu Petit Pierre, pétillant comme la braise, vif comme un feu-follet

Petit Pierre n’est plus un nourrisson, pas plus un minot, c’est un petit garçon très dégourdi qui sait déjà construire son monde, « Jouer. Fabriquer des outils, ériger des cabanons d’un jour, des mâts pour tout un siècle… ». Petit Pierre n’était peut-être pas attendu, il n’a pas lui non plus attendu que les autres l’aident. Il a construit son univers : « Sauvageon. Te voilà installé sur la rondeur du monde, sans savoir où t’emportera le dernier grain… ».

Dans un texte très, très épuré, Françoise Lison-Leroy a écrit l’histoire d’un enfant non désiré, c’est du moins ce que j’ai compris dans ce texte minimaliste, extrêmement poétique, d’une légèreté arachnéenne et même si « Les chagrins galopent entre les lignes… », l’élégance, la douceur, la tendresse constituent le monde où Sauvageon écoule ses jours dans une grande paix. Un monde comme celui qui existait avant quand les hommes étaient capables de satisfaire leurs besoins avec les seules forces et adresses de leurs mains.

Le recueil sur Objectif Plumes

Le site de Françoise Lison-Leroy

Le recueil présenté par l’autrice sur MUSIQ3

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