SURPRISE de CLAUDE LUEZIOR

Un jour, j’ai retrouvé dans ma remise une sorte de fourmilière. En principe, je n’apprécie pas trop les fourmis, avec leurs manières incessantes de se multiplier, leur gynécocratie à l’excès, leurs allures d’envahisseurs sans scrupule, leurs monticules si peu esthétiques.

En fait, j’étais en face d’une pyramide de papier, de fatras, de poésies, de lettres écrites par une main enfantine : la mienne !

C’est fou ce qu’un jeune cerveau peut produire en se prenant pour Rimbaud. Du coup, majuscules et minuscules, soldates et ouvrières, sans doute sur ordre de leur reine, se sont mises à se dandiner autour de moi. Je ne pouvais ni les chasser, ni les écraser d’un index vengeur : elles étaient miennes.

Alors, d’un œil bienveillant, avant toute morsure du temps, j’ai tenté de les adopter, de les câliner. Sauvages, quelques-unes ont grimpé sur mes lèvres et j’ai balbutié un poème d’amour. D’autres, plus téméraires, ont colonisé ma main avec leurs histoires folles et leurs rêves préadolescents. Certaines m’ont prêté leurs pattes pour triturer une prose, broder un essai ou m’occuper tendrement d’une pouponnière de mots. Sans cesse, je me suis enivré de leurs phéromones.

J’ai fait la connaissance d’une coupeuse de feuilles : du coup, j’ai compris ma propension innée à me nourrir de cellulose. Bref, je ne connaissais pas ce cousinage étrange. Depuis, je me rends compte que je suis fourmi.

Le site de Claude LUEZIOR

Son dernier ouvrage aux Ed. Librairie-Galerie Racine, un « essai humoristique et indigné », Un Ancien Testament déluge de violence

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