LA FABRIQUE DES MÉTIERS : 85. TERRASSONAUTE (et HORECAILLE)

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Dans toutes les contrées de notre petite planète chaude (sauf en mai), le terrassonaute n’a de cesse de trouver le même environnement, constitué de tables et de chaises avec parasols et serveurs se déplaçant d’une tablée à l’autre pour se rejoindre dans un lieu couvert et ombragé, dissimulant un comptoir et une cuisine.

Dès qu’il a trouvé une place libre, le terrassonaute y établit ses quartiers où il se fait servir à boire et manger (dans cet ordre-là). Il faut dire que l’ancêtre du terrassonaute n’a pas toujours mangé à sa faim ; pour sa pitance, il est allé jusqu’à descendre sous terre et sillonné les mers… Une fois servi, le terrassonaute glougloute, mastique, complote, hume et fume, prend l’air et les toxines qu’il renferme.

Là, il se cultive, au son d’un air de guitare ou d’un poème psalmodié (et parfois écrit) avec les pieds. Si, de plus, il lui est offert de la musique, planante ou exotique, offerte par des artistes costumés et animés, comme pour un carnaval, il est au bord de l’extase.
Il a une obsession : il se croit suivi à la trace alors qu’il occupe une place permanente en terrasse, au sein de sa bulle, qu’il ne pense qu’à éclater, ce grand enfant.

Des milliers d’années d’affrontements et de rassemblements divers, de haines dispersées pour si peu d’amour, ont abouti à l’Homo terrassus… qui succède dans l’ordre des primates à l’Homo festivus. C’est le terminus, le stade terminal de l’Homme : au-delà, son ticket n’est plus valable.

L’Âge d’or de l’humanité était atteint depuis cinquante ans et on n’en avait rien su. Sauf si le système laissait le commensal récriminer, comme pour noyer le poisson, afin de lui laisser croire qu’il possédait toujours son quant-à-soi, son esprit logicomplotiste, plus soralien et dieudonesque que wittgensteinien.

L’intensité des guerres passées, l’ardeur des relations passionnelles, l’acuité des luttes sociales se sont concentréees sur l’aire de la terrasse. La Terrasse est le nouveau panopticon d’où voir le monde. Au nord de la Terrasse, il y a le monde des affaires. À l’est, le monde des tour-operateurs ; à l’ouest, le monde culturel. Au sud, les parcs d’attractions et l’Événementiel. La Terrasse est au cœur du système. Elle a l’œil de l’horecaille.

Car l’emblème de l’Homo terrassus, son animal fétiche élevé au rang d’animal sacré, est l’horecaille, un gallinacé contrasté et difforme, guère appétissant – sinon on le boufferait -, souvent geignard, qui glousse et caquète et ronchonne quand on menace de fermer ou restreindre l’accès au cadre de vie qu’il partage avec l’Homo terrassus. 

L’horecaille fait tellement pitié qu’il donne envie d’en avoir un chez soi en remplacement de son chat Gribouille, trop indépendant, ou de son chien Max, trop servile.

Ses prises de paroles ont plus de poids que celle d’un ministre-président ou d’un président de conseil régional. Elles attirent caméras & micros et sont relayées en boucle sur les réseaux sociaux qui se nourrissent des plaintes de la terrassophilie.

L’horecaille est ainsi devenue la mascotte des lieux culturels et sportifs, le totem de la société de consolation. Chaque organisme culturel, chaque club sportif possède son horecaille, sans quoi la culture de masse et le sport d’élite se flétriraient, iraient à vau-l’eau. Qui souhaiterait encore fréquenter un centre culturel, un stade qui ne posséderait pas son horecaille pour entendre, à la mi-temps et après le spectacle, son cancanement criard comme une crécelle qui rappelle la folie des matches ou les applaudissements et sifflets de fins de concert de Francis Lalanne?  

Nul besoin d’étudier longuement pour devenir terrassonaute, c’est un état de fête. Les plus grands terrassonautes de l’histoire contemporaine préfèrent ignorer ce qu’il y a à savoir ; ce qui ne ferait que contrecarrer leur vision d’un monde contrôlé et dirigé par des mains sales et cependant invisibles.

Alertons enfin le public pressé de le rejoindre qu’il ne faut jamais contredire un terrassonaute sur le point de se sustenter lorsqu’il pérore sur l’état du monde ou comment celui-ci aurait dû tourner si les rêves de ses ascendants n’avaient pas ranci car il peut avoir l’alcool mauvais ou la digestion difficile! Si des drames peuvent être évités, des échauffourées échaudées, des rixes arrêtées, des grabuges dégradés (en chamailles), cela désengorgera les Urgences des dévoiements commis par les excès des terrassonautes, sous l’œil goguenard et rapace de son attachant oiseau de compagnie.  

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