UN CHEF-D’OEUVRE DU CINEMA BELGE : DÉJÀ S’ENVOLE LA FLEUR MAIGRE (1959) de Paul MEYER (1920-2007)/ Une chronique de Philippe LEUCKX

A (re)voir sur Auvio, l’un des plus grands films belges : « Déjà s’envole la fleur maigre » de Paul MEYER, 1959.

Titre tiré d’un vers de S. Quasimodo.

Immigration, intégration : le film a été tourné dans le Borinage (Flénu, Quaregnon..)

L’histoire d’une arrivée d’une famille de migrants, l’installation des enfants à l’école, le détour par le charbonnage, l’accueil plus ou moins réussi des uns et des autres…le fil conducteur est un regard aigu sur les réalités. Pas de narration traditionnelle ni de scènes coups de poing. Meyer est un artiste qui travaille dans la nuance, le détail, le réalisme.

Des séquences fabuleuses avec des enfants plus vrais que nature qui dévalent le terril sur des platines à tartes, où Domenico distribue des bonbons imaginaires, où des scènes nocturnes distillent une vraie mélancolie. L’ultime, avec Domenico et l’orphelin qui mime les gestes du père d’Attilio sur son propre visage, est intense, inoubliable. Deux figures qui se rapprochent, se serrent, s’éloignent dans la nuit pleine.

Une des scènes où Domenico, du haut d’un terril, apprend à Luigi, dix ans, ses premiers mots français et lance : « Borinage », « Charbonnage », « Chômage », semble annoncer celle de « Padre Padrone » où les Sardes partant vers la péninsule claironnent leur désenchantement en usant de la rime !

La « fleur maigre » du titre revient çà et là illustrer le propos : cet été 59, tout n’est que terre craquelée, « polvere » et « fleur maigre ».

Du grand cinéma : on y voit certes l’influence des néoréalistes mais aussi le regard chaleureux du Christian-Jaque de « l’Enfer des Anges » (1941).

Fêté par un public cinéphile.

Avec « Misère au Borinage », « Les enfants du Borinage », « Les convoyeurs attendent » et « Rosetta » : un des fleurons de notre cinéma. La mise en scène – parfois en longs plans fixes – est d’une rigueur exemplaire et la direction d’acteurs, miraculeuse, invisible. Lors de la fête au coron, le travelling arrière est saisissant et préfigure la fin d’un monde : fermeture des charbonnages, chômage, retour au pays.

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