LA FABRIQUE DES METIERS : 86. ARRACHEUR DE DANSES

Moto-cross, Maud le Pladec - MA CULTURE

Les danses ont leur saison et leur terrain de pousse favori.

a terre battue convient aux Saga Africa, les plages de Saint-Tropez au twist, la steppe patagonienne au tango, l’arène au paso doble, les salle de bal viennoises à la valse, les salles de gym à la zumba, la campagne dominicaine au merengue, les chars chamarrés à la samba, les tapis d’épingles de sûreté au pogo, les poulaillers au quickstep, les champs de coton au charleston, les cités de banlieue au hip-hop, les bars à rhum à la rumba, la vallée du Douro au fado…

Quand les danses envahissent les chants libres, qu’elles cassent les oreilles des mélomanes, que leurs pas raient le parquet, que la richesse du sol est menacée par des Doré (Julien) et des Rémi (Bricka), des petits rats et des mauvais jerks, il est grand temps de les arracher !

Arracher une danse nécessite une forme physique que l’employé lamb(a)da, sortant de longs mois de confinement passés à râler, n’a plus nécessairement. Car la danse est véloce et animée de mouvements désordonnés. Affectée de la danse de Saint Guy, elle est difficilement maîtrisable sans une assise stable : elle se rebiffe, lance ses escouades-trilles à tous vents.

Quand on a saisi la danse, démonté ses pas, faut-il encore l’enlever vite de son dancefloor natif, avec des clés adéquates et des modes adaptés. Pour extraire ses racines et éviter toute repousse, on prendra le tango par derrière, on enroulera la valse, on basculera la bossa, on abattra la samba, on dépunkera le pogo, on capotera la capoeira, on immobilisera le mambo, on sabrera la salsa, on fadera le fado, on allongera l’allemande, on encerclera le quadrille, on dégigotera la gigue, etc.

Si on échoue, les mauvaises danses proliféreront pour s’épanouir en ballets rosses sur toutes les pistes de danse du capitalisme post-covid, leurs tiges s’infiltreront dans les usines et les administrations, entraînant tous les salariés sous-payés dans des danses frénétiques non identifiables, avec voile, masque et rythmes distinctifs, dans une enflammée sarabande à damner les chorémanes et les directeurs de centre de danse classique.

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