LE MONOLOGUE DU VOISIN KAKFA d’ALAIN HOAREAU (Jacques Flament) / Une lecture d’Éric ALLARD

Contrairement au K. du récit de Kafka qui ne parvient jamais à pénétrer dans le Château, le narrateur de celui d’Alain Hoareau y entre d’emblée, sans peine. Et « rien ne [l’] oblige d’y demeurer »

Le château est une prison créée par soi où « il n’y a rien d’autre à faire que de nouer des relations entre locataires ».

Il réalise vite qu’il est épié par d’innombrables yeux derrière les portes des pièces dont certaines  communiquent entre elles.

« Rien n’était moins protecteur que les hauts murs du château, le danger venait du château lui-même. »

C’est ainsi qu’il fait le constat d’être enfermé dans la solitude d’un monologue…

Si on y reste, c’est dans l’espoir d’être vu de l’extérieur.

« Il fallait que l’espoir d’être remarqué de l’extérieur fut immense et prometteur. »

Illusoirement, l’occupant du château se croit le maître des lieux, le « châtelain plénipotentiaire de l’importance de sa vie » comme le fait que les pratiques à l’intérieur du château diffèrent de celles qui ont cours à l’extérieur et que l’espoir d’une reconnaissance est infondé : là, on parle sans retenue ni contrainte mais sans être entendu plus qu’ailleurs.

Comme on peut y entrer librement, on peut y sortir à sa guise même si, une fois entré, installé, on n’en sort plus vraiment. On est prédestiné à y retourner.

Le règlement d’ordre intérieur au château étant fixé, la seconde partie du monologue confronte le narrateur, à la faveur de la pénombre, avec un individu réduit à une silhouette se révélant être peu ou prou un double de lui-même, en tout cas un occupant de la même chambre et se prévalant des mêmes droits sur son passé…

Le narrateur s’installe pour son « dernier combat » et pose la question de ce qu’il reste à faire quand « il devient possible de se reconnaître dans ce que dit l’autre ».

Le fameux dispositif mis en place peut facilement s’interpréter, dans la première partie, surtout, comme ce qui est à l’œuvre sur les réseaux sociaux. L’éclairante métaphore nous rappelle qu’on a dépassé le stade où l’homme kafkaïen était condamné à rester aux abords du château, dans l’espoir d’y accéder. Maintenant qu’on y a une chambre à demeure et la jouissance des mêmes privilèges, ou peu s’en faut, que ceux des châtelains d’antan, tout espoir de se fuir ou de nouer une entente profitable avec autrui étant anéantis, la confrontation avec soi-même devient inévitable et d’autant plus risquée…

Un texte interpellant, d’une cinquantaine de pages, qui appelle à être relu voire entendu et qui se prête à une mise en scène, à une adaptation scénique, tant la permanence d’un décor entre chien et loup, hanté de silhouettes, ainsi que le noeud d’interrogations auquel le narrateur est soumis le réclament.

Le livre (+ extrait) sur le site des Editions Jacques Flament

Alain Hoareau répond aux questions de Jeanne Orient.


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