2021 – LECTURES DÉCONFINÉES : VOYAGES EN FRANCE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

La télévision n’est pas le seul média qui vante régulièrement les trésors, naturels ou construits de la main de l’homme, nichés aux détours de nombre de chemins, sentes ou routes qui sillonnent la France. Déjà au XIX° siècle, Robert Louis STEVENSON, un Ecossais accompagné de son ânesse, a parcouru les Cévennes en écrivant chaque jour son voyage. Le Dilettante, a, lui, publié un ouvrage de Francis NAVARRE qui raconte quelques-unes des ses escapades à pied ou à moto dans des coins reculés de France où il a trouvé, lui aussi, quelques petits trésors. Deux ouvrages qui prouvent qu’Il n’est pas toujours nécessaire de partir loin pour découvrir de véritables chefs d’œuvre ou des paysages exceptionnels.

= = = = =

Voyage avec un âne dans les Cévennes

Robert Louis Stevenson

Editions de Borée

« Avec l’avènement de la randonnée pédestre et le retour à la nature, l’épopée de Robert Louis Stevenson a fait l’objet, ces dernières années, de très nombreuses publications ». Les Editions de Borée en proposent une nouvelle mais pas une de plus, une autre, une différente, un magnifique ouvrage grand format illustré de plus de deux cents documents d’époque : photographies, cartes postales, notamment, choisis et commentés par Jean-Marie Gazagne et Marius Gibelin. Un magnifique ouvrage, un vrai beau livre !

Cet itinéraire est devenu l’un des chemins de randonnée fétiche de la Fédération française de randonnée pédestre, il est parcouru par de très nombreux marcheurs, à tel point que cette fédération a édité un guide spécifique à l’intention de ceux qui souhaitent l’emprunter. Récemment, j’ai aussi lu un recueil de récits de voyages de Francis Navarre (De l’Hexagone considéré comme un exotisme) parmi lesquels figure son périple sur les pas de l’écrivain marcheur.

Stevenson n’est pas un aventurier chevronné, l’auteur du propos introductif le présente comme « un jeune homme très « spleen », souffreteux, beau parleur, un peu hâbleur mais surtout quelqu’un qui semble assez mal dans sa peau ».  Il m’est surtout apparu comme un grand novice en matière de randonnée pédestre, il connaît mal l’itinéraire qu’il souhaite emprunter, il ne connaît rien aux ânes et encore moins à leur conduite, il ne sait pas charger sa monture, il ne sait pas préparer un paquetage nécessaire mais pas trop encombrant. Alors, évidemment le démarrage est laborieux. Le chargement de l’ânesse s’écroule ou blesse la bête qui traîne les pattes. Il s’égare, fait des détours inutiles mais il est courageux et obstiné, il ne recule pas devant la difficulté et finit, grâce aux conseils de braves gens rencontrés au cours de son périple, par trouver un rythme de croisière compatible avec ses prévisions. Malgré ses faiblesses pulmonaires, il n’hésite pas à dormir au clair de lune, même sous la pluie battante, affrontant le risque de rencontres avec des animaux ou des vagabonds pas tous toujours bien intentionnés. Il lui fallait une certaine détermination pour affronter ces sentiers pas toujours très carrossables, les rencontres hasardeuses, les intempéries, …

Il démarre son périple dans le Velay à Le Monastier sur Gazeille pour cheminer en direction du sud entre le Gévaudan et le Vivarais et rejoindre les Cévennes et Alès. Douze jours de marche au rythme de Modestine, l’ânesse qu’il a achetée juste avant de partir. Il arrêtera son parcours un peu avant son terme à Saint-Jean-du-Gard, l’ânesse étant trop fatiguée pour terminer le parcours dans les délais impartis par son compagnon de route.

Chaque jour, Stevenson écrit son parcours : les paysages qui l’enchantent particulièrement, les rencontres plus moins conviviales qu’il fait, les aléas du voyage, les nuits en plein air ou à l’auberge, les petites villes et villages qu’il traverse, la faune et la flore, les légendes, les faits historiques, les personnages plus ou moins célèbres qui ont laissé une trace dans la mémoire collective. Il laisse une place importante à la religion, notamment au contraste qu’il discerne entre le pays catholique du nord et le protestantisme en pays camisard. « D’un seul coup son récit devient plus descriptif, il y met tout son cœur et narre les épopées des Camisards avec une certaine emphase ». Le protestant écossais ne comprend pas très bien les catholiques, il se sent plus proche de ses coreligionnaires protestants. Le vocabulaire de l’époque s’harmonise bien avec les descriptions de l’auteur et leur confère une certaine saveur.

« Les filles deviennent belles, le paysage lumineux, bref, il revit et il lui tarde de rejoindre ses amis ». Ce périple semble avoir eu de réelles vertus thérapeutiques sur Stevenson, il semble repartir plein d’enthousiasme vers d’autres cieux après avoir oublié un amour inaccessible sur les chemins cévenols. Cette nouvelle édition toute en images est un belle réussite, plus qu’une lecture, une plongée au coeur de ce voyage, des paysages, des villes et villages que l’auteur a traversés, une rencontre avec des personnes qu’il a peut-être croisées.

Les Editions de Borée sur Facebook

+ + +

De l’Hexagone considéré comme un exotisme

Francis Navarre

Le Dilettante

« L’on ne peut voyager loin si on ne sait voyager près. Il y a cent expéditions à entreprendre à proximité ». Cet aphorisme qui introduit le dernier recueil de Jean-Pierre Otte, La bonne vie, pourrait parfaitement figurer en incipit du dernier livre de Francis Navarre dans lequel il démontre qu’on peut accomplir de très beaux voyages et de très belles balades sans avoir recours à des moyens de transports surpuissants et gloutons en énergie. La France recèle des merveilles naturelles et des édifices plus ou moins importants et même prestigieux qui enchanteraient le plus exigeant des promeneurs. Alors, suivons Francis Navarre dans les routes et sentes de France qu’il a parcourues pour découvrir des coins et recoins de l’Hexagone qu’on peut visiter sans rien dépenser ou presque… juste un peu de sueur.

Que ce soit à pied, à moto – sur sa vieille Guzi -, ou même avec un van que j’ai cru apercevoir sur un parking des Vosges, qu’il pleuve à seau, qu’il vente, que le soleil cogne, Francis Navarre parcourt la France que les touristes délaissent, celle des monts et vallées que les grandes voies de circulation boudent depuis des siècles. Les différents périples qu’il raconte et qu’il nous invite à accomplir se déroulent sur plusieurs décennies. Ils commencent par une ancienne randonnée à moto partant de l’Aubrac pour traverser le Rhône, remonter les Alpes, retraverser le Rhône dans l’autre sens et parcourir le Massif Central jusqu’à la Corrèze qu’il affectionne tant. Il enchaîne par un périple en Lorraine en démarrant de Champagne, à Langres, puis en passant par Domrémy-la-Pucelle, Nancy, plusieurs villes minières avant de revenir vers le sud à Contrexéville.

Il poursuit par une très longue randonnée pédestre à travers le Massif Central en empruntant pour commencer, un itinéraire proche de celui que Stevenson a parcouru avec son âne. Je découvrirai prochainement cet itinéraire en lisant une nouvelle édition magnifiquement illustrée de ce voyage. Encore un hasard de lecture qui m’entraîne deux fois dans la même quinzaine dans des aventures similaires. Au cours de cette randonnée, Francis Navarre nous raconte, des morceaux de l’histoire de France, celle des régions, celle des habitants. Il nous rapporte des us et coutumes toujours respectés. Il décrit, les villes (Langogne, Le Puy, …), des bourgs, des villages, des monts (Aigoual, …), des vallées, des causses (Méjean, …). Il évoque aussi les personnages nés dans ces régions, comme Lafayette, et tout ce qui a fait leur fortune au siècles passés et tout ce qui a provoqué leur déclin depuis la dernière guerre mondiale.

Dans son langage pétaradant comme sa vieille moto, riche de mots rares et goûteux, Francis Navarre nous convie à une balade le long de la fameuse diagonale du vide qui coupe désormais la France en deux en suivant une ligne qui relierait Strasbourg à Biarritz. Une balade pleine de charme et de nostalgie à la rencontre de la France de nos aïeux, la France authentique et rurale qui ignorait tous les artifices factices qui encombrent actuellement nos paysages pour essayer de les vendre à des touristes nourris au lait frelaté des médias à la somme des gens de marketing. « Il est facile aujourd’hui d’être himalayesque ou sibérien, mais comment peut-on être Mussipontain ». Qui peut se vanter aujourd’hui sans risquer le ridicule, de passer ses vacances dans le Quercy, la Vôge, le Dauphiné, … et bien d’autres belles régions au nom qui sonne bien la France de notre histoire, la France rurale et authentique qui recèle encore tant de merveilles que j’aime moi aussi découvrir au cours de virées … en voiture, c’est ma concession à la civilisation actuelle. Mon penchant à la mollesse voltairienne !

Le livre sur le site du Dilettante

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s