2021 – LECTURES DÉCONFINÉES : TIMOTEO SERGOÏ, UNE DÉCOUVERTE / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

En l’espace de quelques jours, j’ai reçu deux recueils, en provenance de deux éditeurs différents, de Timotéo SERGOÏ, une vraie découverte pour moi, et même une belle découverte. Ses talent sont multiples, ils vont du collage à la littérature sous différentes formes, j’ai lu des aphorismes et de la poésie et chaque fois il avait lui-même illustré ses ouvrages. C’est pour moi comme la naissance d’un artiste que, j’en suis convaincu, je croiserai encore et j’espère le plus prochainement possible même si je suis, pour le moment, un peu débordé.

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Nuit. Bruit. Fruit.

Timotéo Sergoï

Cactus inébranlable Editions

Je ne connaissais même pas le nom de cet auteur quand j’ai reçu, à quelques jours d’intervalle, deux recueils de sa plume chez deux éditeurs différents. J’en ai alors déduit que c’était un écrivain talentueux car il a été retenu par deux éditeurs exigeants et, eux aussi, talentueux. Le présent opus est un recueil d’aphorismes mais ce qui a attiré d’abord mon attention, avant la qualité de ses aphorismes, c’est le formidable travail de mise en page produit par l’éditeur en utilisant une grande diversité de polices et en réalisant des mises page différentes pour chaque aphorisme (Bravo Styvie Bourgeois qui, à mon avis, est l’auteur de ce travail). A travers cette mise en pages l’éditeur a certainement voulu mettre en évidence les talents de collagiste que Timotéo a déjà exprimé sur les murs de certaines villes comme Tinqueux par exemple. Je me suis fait une petite idée de ce personnage à travers les quelques lignes que l’éditeur lui consacre : « Ils disent grand, ils disent barbu, ils disent maigre. Ils disent que sur les murs des villes il colle de la main droite ce qu’il écrit de la main gauche. Ils disent noir, ils disent triste, ils disent fin… ». C’est peu mais ça en dit déjà pas mal !

Cette grande diversité se retrouve dans le contenu du recueil, Timotéo est un artiste protéiforme aux talents multiples et aux préoccupations plurielles. Cet ouvrage bouillonne d’idées, de pensées, de réflexions, d’images, de traits d’esprit, d’inventions langagières, de trouvailles géniales, de drôleries, … Dans ce recueil c’est la vie qui bouillonne, la société qui respire, transpire, expire, c’est l’humanité qui déraille et les humains qui se raillent entre eux mais le fil rouge qui se faufile au travers de ces imitations de collages, c’est la poésie. J’ai relevé quelques aphorismes pour illustrer mon propos.

Timotéo est un sage :

« Ne réveillons pas nos enfants avec le cliquetis des armes ».

Un poète :

« La poésie est sans doute une couleur. A première vue, on ne la remarque pas. Mais son absence touche immédiatement… ».

Un grand manipulateur du langage, parfois même un inventeur de mots :

« IL vaut mieux, IL fait beau, IL neige, IL va de soi, IL faut, IL pleut. Que fait ce type dans ton jardin ? ».

« Etes-vous plutôt HELASTIVISTES / (Activistes désolés) ou ELASTIVISTES / (Réactifs aux rebondissements) ».

Il est capable de confondre ceux qui essaient de gouvernent notre monde :

« Ils ont acheté aujourd’hui à prix d’or. Mais nous possédons déjà demain. »

Mais, il est aussi un grand producteur de mots d’esprit :

« Gens de peut*, vous ne devez rien au vouloir. (*non, pas de faute). »

de propos drôles et hilarants :

« Pourquoi les perses oreillent ? parce que les oiseaux mouchent !».

De jeux de mots

« Sacrée pustule des dieux !».

Mais la poésie restera comme ça petite préférence :

« Tu es poète. Le passé a demain. Le futur a douze pieds ».

Le recueil sur les site du Cactus

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Mieux vaut en pleurire

Timotéo Sergoï

Bleu d’Encre Editions

Comme je l’ai écrit lors de la lecture d’un précédent recueil édité par Cactus inébranlable éditions : « je ne connaissais même pas le nom de cet auteur quand j’ai reçu, à quelques jours d’intervalle, deux recueils de sa plume chez deux éditeurs différents ». Cette chronique est donc celle de ma deuxième lecture de cet auteur particulier : inventif, créatif, imaginatif aussi doué pour les collages que pour la découverte d’expressions, d’images, d’aphorismes, de jeux de mots, de calembours ou l’usage de formules de styles : zeugmas, oxymores, allitérations, …

Avant d’ouvrir ce recueil, j’ai été captivé par le titre que j’ai trouvé très, très, chouette : une allusion à un expression très commune ponctuée par un néologisme verbal finement imaginé, pleurer et rire associer dans le même mot : tout un programme qui décrit bien, ce que j’ai découvert ensuite dans le livre. Découvert après avoir contemplé une série de dessins en blanc sur fond noir, de la main de l’auteur, placée en introduction à ce recueil comme pour rappeler qu’il est aussi un excellent collagiste.

Après ces quelques dessins, ce recueil comporte des poèmes de formes très variées, aux contenus très divers évoquant des courants littéraires différents : burlesques, surréalistes, oulipiens, poétiques, romantiques, réalistes… allusions, clins d’œil, hommages, … revisités à la mode Sergoï. Pour l’exemple, je citerais une liste d’adverbes se terminant en « …ment », des poèmes écrits avec des mots déformés, des jeux sur l’assonance des mots : « Je suis un sardinier / Je sardine, je sardine / Mes petits légumes dorés /… », un texte énonçant les dix jours qui pourraient changer le monde : « Décalable : Dix monde encore à changer / Novatible : En reste neuf à rénover / Octurne : Huit, et ce n’est pas la nuit, / …, » ….

Parfois, j’ai eu l’impression que Timotéo jetait ses mots en vrac sur la feuille comme pour décrire le monde que nous sommes en train de construire pour héberger un avenir impossible, bouleversé, complexe, pluriel, incertain, abscons, pourri, gâté, … Une poésie surréaliste, déstructurée, innovante, créative … pour dénoncer les méfaits de l’homme : « Un soir un poète viendra / causer avec la lune / il lui dira des mots de sel / des mots de sucre /des verbes au futur / conjugués au pluriel / de tous les grands prénoms du monde / Et quand le jour se lèvera / l’océan sera vide ».

Je vais répéter ce que j’ai déjà écrit : « Timotéo est un artiste protéiforme aux talents multiples et aux préoccupations plurielles. Cet ouvrage bouillonne d’idées, de pensées, de réflexions, d’images, de traits d’esprit, d’inventions langagières, de trouvailles géniales, de drôleries, … Dans ce recueil c’est la vie qui bouillonne, la société qui respire, transpire, expire, c’est l’humanité qui déraille et les humains qui se raillent entre eux mais le fil rouge qui se faufile au travers de ces imitations de collages, c’est la poésie ».

« La poésie est invisible, elle siffle dans l’air, / Elle souffle partout. / (« Où est donc la sortie ? / Où sera donc le bout ? »)

Le recueil sur le site des Editeurs Singuliers

Le blog de Timotéo SERGOÏ

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