LA FABRIQUE DES METIERS : 94. TRIEUR DE DÉFAITES

Au soir des batailles, sur le champ donneur de cadavres, le trieur de défaites agit. Il sélectionne, pondère, engraisse les décharges, il ramasse les débris, il rétablit l’équilibre des gains et des pertes, il composte avec les restes.

D’abord il s’agit pour le trieur d’évaluer le type de défaite et son degré d’impact sur le moral du vaincu.

Il y a les défaites amères (parfaitement salées), les défaites cuisantes (qui sentent le brûlé), les défaites sévères (à l’œil sourcilleux), les défaites humiliantes (qui rougissent l’intérieur des chairs). Il y a les faux revers et les belles raclées, les petites déculottées et les grandes débâcles en passant par toute la gamme des débandades (qu’on mesure en radians par rapport à l’horizontale).  

Il y a de même les défaites (fumantes) au goût de cendres et de regret et celles (capitalisantes) au goût de rentes et d’intérêts, puis celle à l’arrière-goût léger, presque printanier, de renouveau.

Il y a comme on l’observe des nuances à apporter dans les types de défaites et leur niveau d’importance pour l’enrichissement personnel, pour le rebond d’énergie. Certains même, les plus retors, en tirent de profonds orgasmes.

Sans flop, que seraient l’Allemagne et Lalanne ? Un pays à l’échelle du monde, une idole blasée et vaccinée. Et l’illustre Cyrulnik ? Un auteur désoeuvré, se cherchant une idée feelgood en se faisant masser les doigts de pied par un auteur de littérature jeunesse prématurément vieilli et reconverti dans la réflexologie plantaire.

Toute défaite n’est pas mauvaise, loin de là (et tout près d’ici).

Les échecs conduisent à revoir la configuration de l’échiquier et le positionnement des pièces même si on n’aspire qu’au cimetière des éléments où la reine des eaux et forêts (une ondine, certainement) vaut le valet de trèfle (un serviteur de la cause écolo, pour sûr).

Avec ses échecs, on fait des colliers de pertes, des jeux de drames, des parures de dégoût, des belles vestes, des revers de fortune, des buttes du Lion, des Bérézina à la mandarine Napoléon, de la thune pour les enseignants en vacances.  

Cela nourrit le ressentiment et le besoin d’en découdre, cela nous conduit à ruer dans les brancards et provoquer la furie des infirmier(e)s, ces innommables qui ont profité de la crise du Covid pour se faire applaudir à bon compte alors qu’ils n’ont même pas ensuite été fichus de tous se faire vacciner. Mais aussi la pitié d’autrui, le partage des larmes et, subséquemment, les caresses ventrales avant les coups de couteaux dans le dos.

Enfin, avec tes défaites en tout genre, tu peux faire des récits de vie à pleurer pour passer à la télé ou sur les rayonnages des libraires mainstream, quand ta vie manque de relief, de mise en avant sur les réseaux sociaux ou dans l’espace intrafamilial.

Fête tes défaites au lieu défaire tes conquêtes !

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