2021 – MES LECTURES ESTIVALES : EN VERS / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Dans cette rubrique j’ai réuni des poètes d’origines différentes mais surtout de style et d’inspiration différents : Anne-Marie WILWERTH travaille beaucoup avec les mots pour exprimer l’univers, le cosmos, l’éther, …, Jean-Jacques NUEL, dans une collection originale, évoque sa nostalgie pour sa première machine à écrire, et, pour conclure, Thierry RADIÈRE nous offre sous forme d’abécédaire la liste des poètes qui l’ont inspiré et qu’il apprécie tout particulièrement. Tous les trois, chacun avec ses vers et son talent, ils m’ont mis à l’abri de l’ennui pendant cet été pluvieux.

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Les miroirs du désordre

Anne-Marielle WILWERTH

Le Taillis pré

Dans son précédent recueil, Anne-Marielle proposait des quintils, un sur chaque page en haut à gauche, dans celui-ci elle présente un quatrain par page avec la même économie de mots, quelques mots par vers, parfois même un seul. Ses poèmes ne décrivent pas, n’exposent pas, ne définissent pas, n’étalent pas, ils évoquent, avec des mots comme des souffles légers, l’univers, le cosmos, l’éther où nous évoluons :

« Le tout et le rien / soudés dans cette courte vie / détournent sans cesse / notre destin »

« Respirons l’air pur / d’une étreinte / afin de ressusciter / la clarté »

La lumière et la nuit que nous parcourons :

« Suivre nos doutes / à la trace / pour les empêcher / d’aller mordre la lumière »

« La lune déguise la nuit / et dévoile de nous / ce que l’on ignorait / jusque-là »

Que nous parcourons fugacement dans la grande fragilité de nos être :

« Artisans de l’inouï / nous n’avons pas encore fini / de façonner / le fugace »

« Sous la dépouille du vivre / un seul brin d’herbe / peut être porteur / d’immensité »

Dans les limites du temps qui nous est confié

« Le froid miroite / sur les flaques gelées / ajoutant à nos joies d’enfant / une pincée d’éternité »

Anne-Marielle confronte les différentes configurations cosmiques qu’elle évoque avec les mots qu’elle puise dans son trésor personnel :

« Empressons-nous / de récolter la sève des mots / avant que sous les doutes / ils ne ploient »

Ces poèmes d’une extrême légèreté, d’une texture arachnéenne, accrochent l’âme et le cœur du lecteur embourbé dans un quotidien infesté, interné dans les geôles de la réponse à la pandémie, le transportant dans l’éther purifié, là où les virus ne peuvent pas vivre, là où le lecteur ne connaîtra jamais la dépression. Les poèmes d’Anne-Marielle mélangés habilement et artistiquement dans les encres d’Eric Hennebique sont comme les traitements chamaniques, inexplicables, magiques sans doute, efficients certainement …

Je recevrais volontiers la seconde dose pour m’assurer de ma totale immunité !

Le recueil sur le site des Editeurs singuliers

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HERMES BABY ma machine à écrire

Jean-Jacques NUEL

La Boucherie littéraire

Jean-Jacques Nuel mon presque voisin, mon concitoyen depuis que la fameuse réforme territoriale a réuni nos régions respectives, m’a fait découvrir avec ce recueil une maison d’édition dont je n’avais jamais entendu parler : « La boucherie littéraire » créée par Antoine Gallardo dans le Lubéron en 2014. Cette maison « offre à lire exclusivement de la poésie », « une poésie à fleur de peau » comme l’écrit l’éditeur dans sa présentation. Elle propose diverses collections dont « Carné poétique » celle dans laquelle ce recueil a été édité, qui est selon l’éditeur « constituée de la viande des auteurs et des lecteurs… ». Les ouvrages qui y sont regroupés sont des livres-objets hybrides : quarante feuilles blanches au centre desquelles sont insérées vingt feuilles imprimées de poèmes.

L’exemplaire écrit par Jean-Jacques Nuel comporte sept poèmes dont celui éponyme qui rend hommage à la petite machine à écrie qui l’a accompagné pendant de nombreuses années.

« Il est bien tard pour lui exprimer / ma gratitude / et mon admiration / j’aurais dû m’inspirer / de sa solidité / sa simplicité / sa fiabilité / sa fidélité / sa patience / son endurance / sa résistance // qualités indispensables pour un écrivain… »

Une petite machine qui me rappelle celle avec laquelle j’ai rédigé ma maitrise sans avoir, au préalable, jamais touché une machine à écrire, mais j’étais tellement maladroit que j’ai renoncé à écrire avec ma main droite pourtant la plus habile des deux !

Les autres poèmes sont consacrés à l’art d’écrire, la difficulté de publier, la nécessité d’exister pour être reconnu et crédible avant de proposer le moindre texte à l’édition,… Des textes empreints de nostalgie mais aussi d’une certaine pointe d’aigreur trouvant peut-être sa source dans la difficulté qu’il a eue lui-même à se faire éditer ?

Un bel objet à offrir à un amoureux de la poésie qui pourra glisser ce carnet dans une petite poche et le sortir au moment opportun, peu importe le lieu, pour lui aussi écrie un, ou des poèmes, après avoir lu ceux de Jean-Jacques.

L’ouvrage sur sur Paper blog

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Abécédaire poétique

Thierry RADIÈRE

Gros Textes

Thierry Radière est un poète talentueux et prolifique, il a déjà publié de nombreux recueils chez plusieurs éditeurs et j’ai eu la chance de lire près d’une vingtaine de ses publications. Il a raconté dans une de celle-ci comment, chaque matin, très tôt, il s’installe pour écrire de la poésie et chaque jour il publie l’un de ses poèmes du matin sur les réseaux sociaux qu’il fréquente assidument. C’est là et chez les divers éditeurs qui le publient qu’il a rencontré de très nombreux amies et amis poétesses ou poètes comme lui.  Au fil des vers et des années, il a noué des relations littéraires et amicales avec beaucoup d’entre elles et eux et c’est ainsi qu’il a eu l’idée de leur dédier cet abécédaire poétique énumérant de Jean-Pierre Andrevon à Fabienne Yvert une centaine de poétesses et poètes qui l’ont inspiré. A chacun il dédie un court poème qui commence toujours par :

« Il suffit que je relise / quelques vers de … / et… »

Suit alors une évocation de ce que Thierry a retenu de ce poète, de ce qu’il lui a inspiré, de ce qu’il lui rappelé, …

Et, bizarrement, j’ai été touché, par mimétisme peut-être, par cette forme de lecture en croisant dans ce recueil de nombreux auteurs que j’ai eu la chance de lire, même de nombreuses fois pour certains, de croiser sur les réseaux sociaux et les sites littéraires ou même de rencontrer au hasard des rencontres littéraires. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de me remémorer des poèmes de poétesses et poètes allant d’Eric Allard, mon complice en lecture et ami dans la vie, à Thomas Vinau que j’ai eu le plaisir de lire dans plusieurs ouvrages.

Thierry a le don de tout savoir mettre en vers, il décrit souvent des petites choses qui constituent son univers quotidien et celui de sa famille dans lequel il a cette fois-ci intégré toutes ses amies poétesses et tous ses amis poètes.

Le recueil sur le site de Gros Textes

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