UNE FEMME DE FEU d’ALAIN DUAULT (Gallimard) / Une lecture de Nicole HARDOUIN

ALAIN DUAULT

                          UNE FEMME DE FEU   

                               Le roman de la Malibran 

                      Éditions Gallimard, avril 2021, 16,00 euros.

                               

Se souvenir, c’est en quelque sorte se rencontrer.  

                                                                                  K. Gibran

   

L’auteur rédige ici une autobiographie imaginaire, écrite à la première personne, géniale idée, résumé émouvant de la vie d’une diva romantique à la réputation considérable, une sorte de Callas du XIX siècle : la Malibran.

Avec une étincelante imagination couplée à un savoir évident de la vie de la cantatrice, l’auteur invente une précieuse découverte dans les ruines du château de Roissy, à savoir une caisse noircie contenant une masse d’archives demeurées inexplorées, il en faitlesderniers écrits de la Diva, rédigés en1836 peu de temps avant son décès, ce qui les rend encore plus émouvants.

Le musicologue, grand amateur d’opéras qu’est Alain DUAULT rédige, avec la gourmandise d’un chat ronronnant, ces écrits qu’auraient pu écrire la Malibran, il les accueille à fleur de peau, à fleur de source et les restitue dans ce livre pour le plaisir de ses lecteurs.

La Malibran ? c’est une voix qui écartèle le cœur, un chemin de fugues, une sirène apparaît et on rêve d’écailles. C’est un jaillissement de flammes, un âtre de feu et l’aube se tisse aux échos de sa voix d’or en fusion. Ce que l’auteur écrivait il y a quelque temps à propos de Cécilia Bartoli : [1]Un vertige tornade, incroyable vague qui renverse tout, elle affole les tranquilles éclaboussures, illumine les théâtres, il nous semble que ces mots peuvent s’appliquer aussi à la Malibran.

Depuis sa plus tendre enfance elle part avec son père, grand ténor ; Manuel Garcia, dans différents pays, elle assiste à toutes les répétitions, j’étais embobinée de bonheur.  C’est son père qui la fait travailler, j’avais l’impression qu’il me labourait comme un jardin.

Elle fait un premier mariage à la veille de ses dix- huit ans, avec François Eugène Malibran, un caprice, une erreur, je me suis entichée de lui, alors que je ne savais de l’amour que les mots que je chantais sur les musiques de Monsieur Mozart, en fait Malibran était surtout à la recherche de trésorerie ! et rapidement je déchantais, le mot dit bien la chose !   C’est lui qui lui a donné la passion du cheval, funeste passion pour elle…Elle le quitte, résolue à partir pour Paris, c’est ainsi qu’ils se séparèrent, elle avait 20 ans !

De fait c’est bien la volonté d’être libre qui a toujours guidé ma vie de femme et d’artiste, en effet Malibran est passionnée, j’ai travaillé comme une damnée, la scène est pour elle une drogue, les applaudissements, les fleurs par brassées, c’était mieux, ô combien mieux qu’un mari !

Pourtant elle va tomber amoureuse d’un violoniste : Charles de Blériot. Après bien des péripéties, seulement en 1935, le tribunal prononce la nullité de son mariage et elle peut, de ce fait, épouser Blériot, son grand amour.

 De cette union va naître un bambin beau comme tous les dieux de l’Olympe, Charles-Wilfrid, confié à la sœur de Blériot, puis ensuite à Mademoiselle. Car la Malibran est pétillante, débordante de vitalité, elle brûle de sa passion pour le chant et a peu de temps à consacrer à son fils.

 Pour elle, les salles de concert sont des foyers enflammés, elle est flamme, elle est adulée, ovationnée.

C’est une femme courageuse. En effet, des suites d’une chute de cheval dont elle n’avait pas parlé à Blériot, elle souffre d’un hématome sous-dural. Elle est soignée aves des remèdes les plus fous, par exemple des compresses de vinaigre !  Je ne sens si lasse, comme si mon corps me refusait son abri. Et elle doit donner six concerts à Manchester, d’où sa réflexion : Manchester aura mes os…

Malgré tout, elle honore ce contrat, elle a conscience qu’elle ne peut plus, elle implore le chef des yeux, mais le public se déchaîne pour la rappeler, et elle donne cet ultime bis. Elle s’effondre en coulisses, dans un feulement du désespoir, la disparition de l’or.

 Il lui reste neuf jours à vivre, elle meurt à vingt-huit ans.

Charles de Blériot fera rapatrier la dépouille de son épouse en Belgique, on l’installe dans le salon tendu de noir, dans cette maison qui lui a servi de brèves haltes durant lesquelles elle tentait de souffler, de regarder grandir son fils, celui-ci qui va avoir quatre ans, ne comprend pas ce qui se passe.

 Elle sera enterrée au cimetière de Laeken. Un mausolée est édifié, toujours fleuri, elle est représentée par une statue de marbre blanc, à ses pieds, gravés dans la pierre, en matière d’épitaphe, quatre vers de Lamartine, nous en laisserons la découverte au lecteur.

Sa mort inspira à Musset les célèbres « stances à la Malibran » / faut-il croire, hélas ! ce que disaient nos pères,
Que lorsqu’on meurt si jeune on est aimé des dieux ?

Ombres gisantes, ombres grisantes, rien ne s’oublie dans un chapelet de ténèbres, dans la nuit du silence pour en tirer la lumière du feu. C’est ce qu’a su faire l’auteur en faisant revivre la Malibran dans ce livre émouvant, reflet d’une vie dans l’incandescence du temps.

________________________

[1] IN « ce léger rien des choses qui ont fui. A. Duault, Mai 2017

Le roman sur le site de Gallimard

Les livres d’Alain Duault chez Gallimard

Le site de Nicole Hardouin

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