VERS UNE CINÉTHÈQUE IDÉALE LES ANNEES 40 par A. NYSENHOLC, D. MANGANO, N. DEWEZ, J.-P. REMY & Ciné PHIL RW

VERS UNE CINETHEQUE IDEALE

100 films à voir absolument

Une analyse décennie par décennie, un feuilleton en 12 épisodes

qui court des débuts du cinéma aux années 2010.

Voir la présentation du projet et de l’équipe, le plan général et les dossiers ouverts :

(V)

Les années 1940

Ciné-Phil RW à la mise en place ; Adolphe NYSENHOLC, Daniel MANGANO et Nausicaa DEWEZ au contrepoint.

Avec l’intervention de Julien-Paul REMY dans 1 analyse de film.

Un Top 10 de la décennie

(dans le désordre)

. (25/100) Casablanca (Michael Curtiz, EU, 1942).

Topest ! On est soufflé par la qualité du film, la maestria de la construction, l’humanité qui se dégage, le glamour des starissimes Ingrid Bergman et Humphrey Bogart.

ADOLPHE :

Chef-d’œuvre de l’Histoire du cinéma, ce film, sur fond de conflit mondial, illustre l’amour romantique par excellence de l’âge d’or d’Hollywood et continue à bouleverser les cœurs. Réalisé avec grand art en 1944, il participait à la propagande contre le IIIe Reich, dans le cadre de l’effort de guerre demandé par le président Roosevelt.

NAUSICAA :

Casablanca est LE classique de Michael Curtiz, mais je tiens à mentionner son Roman de Mildred Pierce(1945), histoire d’une mère qui sacrifie tout pour sa fille ingrate. Joan Crawford y est renversante. 

. (26/100) Le ciel peut attendre/Heaven Can Wait (Ernst Lubitsch, EU, 1943).

Un bijou de comédie sentimentale, une ode à l’humanisme. J’A-DO-RE ! Pas le plus célèbre des Lubitsch mais rend heureux. Comme du Capra, mais avec une louche d’anticonformisme vivifiant. Inoubliables Don Ameche, Gene Tierney et Charles Coburn !

Voir notre article sur le film et le cinéaste en trio Nausicaa/Julien-Paul/Phil :

. (27/100) Citizen Kane (Orson Welles, EU, 1941).

A la première rencontre, cette œuvre m’a paru mériter pleinement son statut de meilleur film de tous les temps, attribué par la majorité des critiques (les Cahiers du Cinéma, l’American Film Institute, etc.), j’ai été médusé devant la démonstration du talent pur.

A la deuxième vision, je n’ai plus été transporté. Certes, il y a les plans magistraux, la voix grave d’Orson ou la joie de revoir le grand Joseph Cotten (au cœur d’un triplé magique avec Le troisième homme de Reed et L’ombre d’un doute de Tonton Hitch), celle de redécouvrir des acteurs qui ont marqué mon enfance dans des séries TL (le vilain Basilio de Zorro ou la mégère belle-mère de Bewitched), il y a Rosebud, l’énigme raffinée (qui touche à l’essence de l’être), un découpage original et percutant. Mais. La dramatisation du tout m’a semblée vieillie, manquer d’un liant entraînant. Pourtant, j’ai été très ému. Par le message profond du film, qui touche au sens de la vie et à la quête du bonheur, à l’adéquation à autrui. Welles, orphelin à 15 ans, après avoir eu des parents formidables, a sans doute mis beaucoup de son ressenti face au monde. Et dire qu’il avait 26 ans à la sortie du film ! Génie !

PS

Un film récent (2020, EU), Mank, de David Fincher, vient contrepointer l’histoire officielle du film en révélant les talents prodigieux et la destinée tragique du frère aîné du grand Joseph Mankiewicz : Herman MANKiewicz. Mank a reçu l’Oscar du scénario pour Citizen Kane mais conjointement avec Orson Welles. Or le premier serait à l’origine de l’essentiel de celui-ci, ayant livré au second un script de 200 pages en se conformant à son cahier de charges : un récit labyrinthique, des perspectives multiples, un personnage hors du commun, etc.

. (28/100) Les enfants du paradis (Marcel Carné, France, 1945).

Le meilleur film français de tous les temps, ai-je souvent lu. Possible ? Probable. Un diptyque qui recrée le monde du théâtre au XIXe siècle. D’une beauté à tomber !

. (29/100) Les enchaînés/Notorious (Alfred Hitchcock, EU, 1946).

Œuvre phare du Maestro. Sur fond de guerre et d’espionnage, où l’amour pur et la manipulation la plus perverse s’entrecroisent au cœur d’aventures palpitantes. Avec les sublimes Cary Grant et Ingrid Bergman. Le plus beau couple de l’histoire du cinéma ? Devant Bogart/Bergman, cités supra ?

. (30/100) Le trésor de la Sierra Madre (John Huston, EU, 1948).

Film d’aventures grandiose. Tellement subtil et moderne. D’après l’auteur mythique Traven, aussi insaisissable que Sallinger.

Selon le romancier belge Nicolas Marchal, il s’agirait du contrepoint de L’Ile au trésor, l’idéal complément, la face sombre de la quête.

. (31/100) Indiscrétions/The Philadelphia Story (George Cukor, EU, 1940).

Ce sommet de la Screwball Comedy réunit Katherine Hepburn, Cary Grant et James Steward, soit les trois plus grands comédiens de comédie de tous les temps, les deux acteurs préférés du divin Tonton Hitch. Bijou ! Feel Good Moovie !

NAUSICAA :

Le duo Grant/Hepburn, mis à l’honneur dans notre évocation des années 1930, est rejoint par James Stewart pour Indiscrétions, leur quatrième et dernier film commun. La décennie 1940 est celle de la naissance du couple Katharine Hepburn/Spencer Tracy, avec notamment La femme de l’année(George Stevens, 1942) et Madame porte la culotte (George Cukor, 1949).

. (32/100) La vie est belle/A Wonderful Life (Frank Capra, EU, 1946).

Idéal pour un début de déprime. Redonne foi en l’homme. James Stewart, jeune, y est inoubliable. Plus globalement, Capra règne sur la comédie des années 30/40 avec le tout aussi (ou plus encore ?) formidable Lubitsch.

NAUSICAA :

Ce classique des réveillons de Noël me semble, malgré la fragilité du personnage interprété par James Stewart, une ode au pater familias dégoulinante de moralisme et de bons sentiments. Indigeste après la dinde et la bûche.

. (33/100) Le dictateur/The Great Dictator (Charlie Chaplin, EU, 1940).

La scène de la passerelle ! Le dictateur jouant avec une boule du monde ! Le discours final ! Art engagé. Mais tout art véritable n’est-il pas engagé ? Chaplin, ici, s’érige en modèle absolu pour tous les artistes qui veulent changer le monde, dénoncer ce qui déraille, promouvoir ce qui peut rédempter.

. (34/100) Le troisième homme (Carol Reed, GB, 1949).

Le thriller parfait ? Intrigue imparable. Péripéties, suspense, coups de théâtre, émotion. Mise en scène magnifique. Images à tomber. Acteurs formidables (Orson Welles, Joseph Cotten, Alida Valli, etc.). Musique inoubliable. Arrière-plan politique et sociologique.  Scènes qui marquent l’imaginaire au fer rouge : la Grande Roue du Prater, la poursuite dans les égouts de Vienne…

D’autres chefs-d’œuvre sont évoqués dans toutes les anthologies du 7e Art

. Côté Etats-Unis…

Des films noirs : Laura (Otto Preminger, 44), un envoûtant polar, une œuvre culte, avec la sublime Gene Tierney, un découpage moderne ; Gilda (King Vidor, 40), qui immortalise Rita Hayworth en danseuse aux jambes interminables ; Le grand sommeil (Howard Hawks, 46), un récit magistral et une intrigue incompréhensible ; Assurance sur la mort (Billy Wilder, 44), une très sombre histoire de passion fatale ; Le faucon maltais (Huston, 41), une des interventions mythiques de Bogart ; Péché mortel/Leave Her to Heaven (John M. Stahl, 45), avec une Gene Tierney à (terrifiant) contre-emploi.

Des films fantastiques : Fantasia (Walt Disney, 40), mon dessin animé préféré, qui… anime de magnifiques partitions et révèle la musique classique à d’autres publics ; La féline (Jacques Tourneur, 42), où une jeune femme se transforme en panthère noire impitoyable.

Des films sociologiques : Les raisins de la colère (John Ford, 40) sur la Grande Dépression et ses légions de laissés-pour-compte ; Les plus belles années de notre vie (William Wyler, 46) ; Les voyages de Sullivan (Preston Sturges, 41)… que je n’ai jamais pu visionner.

Un film mêlant suspense et interrogations sur l’âme humaine : Le secret derrière la porte (Fritz Lang, 48).

Des westerns : La charge héroïque/She Wore a Yellow Ribbon (John Ford, 49), ses seconds rôles épatants (Ben Johnson, Victor Mac Laglen), Monument Valley, en couleurs cette fois, la scène mythique où Wayne parle à la tombe de sa femme, l’évolution du regard porté sur les Indiens ; Duel au soleil (King Vidor, 46), où il est question d’un amour passion pas politiquement correct, avec Gregory Peck et un Cotten à contre-emploi.

Des comédies : en mode burlesque, commeLes as d’Oxford (Alfred Goulding, 40), avec Laurel et Hardy ; en mode plus dramatique avec Capra, cité dans notre Top 10 supra, qui livre encore Arsenic et vieilles dentelles (44), avec Cary Grant, ou L’homme de la rue/Meet John Doe (41), avec Gary Cooper.

Enfin, n’oublions pas l’apport magistral et éclectique d’Orson Welles, qui ne se résume pas à Citizen Kane. On lui doit une première (remarquable) adaptation de Shakespeare, Macbeth(1948), un sillon qu’il approfondira plus tard (Othello en 1951 et Falstaff en 1965). Mais d’autres perles sont à mentionner et visionner : La splendeur des Amberson(1942), La dame de Shangaï (1947).

DANIEL :

Si la liste ci-dessus me semble excellente, à propos de William Wyler, j’ajouterais au merveilleux film cité un autre moins poignant mais assez intrigant : The Letter (40), pour sa progression sophistiquée et l’impeccable Bette Davis. Enfin, faons et enfants, pour l’émotion ressentie dans ma petite enfance, je m’en voudrais de ne pas citer Bambi (Walt Disney/David Hand, 42), merveille de savoir-faire et de grâce artisanale (pas de cinéthèque idéale sans film pour enfants), et Jody et le faon (Clarence Brown, 46), avec le couple Gregory Peck/Jane Wyman et surtout le tout jeune Claude Jarman Jr qui, malgré son oscar et son talent, ne fera pas la carrière promise. Le premier film se termine bien, pas le second : faon qui rit et faon qui pleure…

PHIL :

Ah, Jody et le faon ! J’ai éprouvé, enfant, a contrario une répulsion absolue pour ce que dégageait Jarman Jr, symbolisée par l’insupportable (pour moi) : « P’Pa ! ». A psychanalyser ?

NAUSICAA :

Pour le film noir, je mentionnerais aussi Le facteur sonne toujours deux fois(Tay Garnett, 1946). L’un des grands classiques du genre, et étonnant chef-d’œuvre dans la filmographie d’un réalisateur pour le reste assez peu en vue. Avec Lana Turner dans le rôle de la femme fatale.

Concernant Preston Sturges, il s’agit d’un réalisateur un peu oublié aujourd’hui, dont toute la carrière ou presque tient dans la décennie qui nous occupe. Les voyages de Sullivan est un très beau film, poétique et social, souvent cité dans les anthologies du cinéma, mais il ne doit pas faire oublier d’autres films particulièrement réussis, dans la veine comique ceux-là : Un cœur pris au piège (1941) ou encore Madame et ses flirts (1942).

Le film musical connait aussi une superbe décennie, qui voit les débuts de Vincente Minnelli et quelques grands films de Fred Astaire avec ou sans Ginger Rogers : L’amour vient en dansant(Sidney Lanfield, 1941), Ziegfeld Follies (Minnelli, 1946), Entrons dans la danse (Charles Walters, 1949).

. Côté Italie…

Le voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 48), emblème bouleversant du ciné néo-réaliste italien avec Rome, ville ouverte (Roberto Rossellini, 1944). L’influence du Voleur sur l’histoire du cinéma est telle qu’il mériterait une place dans un Top 10 intrinsèque/neutre de la décennie.

NAUSICAA :

J’aurais en effet volontiers glissé Le voleur de bicyclette dans le Top 10 à la place du Capra. Film magistral du néo-réalisme, qui marque assurément cette décennie.

DANIEL :

L’extraordinaire Voleur de bicyclette, oui, avec ses acteurs non professionnels criants de vérité !

ADOLPHE :

Le voleur de bicyclette, « quintessence du néo-réalisme » (Leprohon, références dans l’article ci-dessous), eut une énorme influence internationale par « la façon dont il renouvela la dramaturgie du film » (Sadoul, idem).

NDLR :

Un article OFF sur ce chef-d’œuvre s’imposait donc ! Et le trio Adolphe/Daniel/Phil s’y est appliqué : https://lesbellesphrases264473161.wordpress.com/2021/10/03/12329/

DANIEL :

Cette décennie voit les débuts du néo-réalisme italien après les minauderies de la période mondaine des « téléphones blancs » : La terre tremble(Luchino Visconti, 48), d’après le roman de Giovanni Verga ; Paisà (Rossellini, 46) ; Quatre pas dans les nuages (Alessandro Blasetti, 42), un film poétique étonnant de la part d’un cinéaste modeste.

NAUSICAA :

De Luchino Visconti aussi, Les amants criminels(1943).

Sans atteindre les sommets du Voleur de bicyclette, Sciuscià (1946) vaut d’être (re)vu. Une autre illustration de l’extraordinaire talent de Vittorio De Sica à faire jouer des enfants (ils sont deux acteurs principaux dans ce film).

. Côté France…

Le corbeau (Henry-Georges Clouzot, 43), à la noirceur glauque, fantasme de mon enfance, de préférence aux célèbres L’assassin habite au 21 (42) ou Quai des orfèvres (47), adaptés d’après notre Stanislas-André Steeman.

La belle et la bête (Jean Cocteau, 46), un conte de fées horrifique mais onirique aussi.

Marcel Carné, évoqué supra, livre encore Les visiteurs du soir (1942), un très beau film fantastique, avec un décapant Jules Berry dans le rôle du diable. 

DANIEL :

Raimu, un acteur hors du commun, est époustouflant en avocat alcoolique dans Les inconnus dans la maison (Henri Decoin, 42).

NAUSICAA :

Tati, avant de devenir Monsieur Hulot, sort un premier long métrage, Jour de fête, en 1949. Robert Bresson adapte librement Diderot dans Les dames du bois de Boulogne (1945) – un épisode de Jacques le fataliste qui inspirera 73 ans plus tard Emmanuel Mouret pour Mademoiselle de Joncquières (2018).

. Côté Grande-Bretagne…

David Lean, qui brillera plus tard, dans les méga-productions Le pont de la rivière Kwaï/Lawrence d’Arabie/Docteur Jivago, nous offre d’inoubliables adaptations littéraires : Brève rencontre/Brief Encounter (1945, d’après une pièce de Noël Coward), Les grandes espérances et Oliver Twist (1946 et 1948, d’après les romans de Charles Dickens).

Laurence Olivier, dans le même registre de l’adaptation littéraire, s’attaque à Shakespeare : Henry V (1944) et Hamlet (1948).

 Le duo Michael Powell/Emeric Pressburger livre Les chaussons rouges (1948), une mise en abyme de la création artistique, que Martin Scorsese et  Brian De Palma placent au sommet de la cinéphilie, et Le narcisse noir (1947), un récit troublant sur une poignée de nonnes perdues en Himalaya. Notre ancien complice (voir les premiers épisodes de la Cinéthèque) Thierry Defize aurait ajouté (et préféré) Le colonel Blimp (43) et A Canterbury Tale (44).

DANIEL :

La poésie de Powell et Pressburger ! A partir d’une commande (un film de propagande censé célébrer l’amitié anglo-américaine), ils créent avec Une question de vie ou de mort (46) une improbable histoire d’amour entre terre et au-delà, couleur et noir/blanc, rêve et réalité. Un style kitsch mais inimitable.

. Coté Russie et républiques socialistes…

Ivan le terrible (Sergueï Eisenstein, 44), un film historique aux décors sidérants.

. Côté Scandinavie

NAUSICAA :

Les débuts d’un très grand ! Le Suédois Ingmar Bergman réalise ses premiers longs-métrages dans les années 1940, notamment Crise (1946) et Ville portuaire (1948). Les chefs-d’œuvre à venir sont déjà en germe.

. Côté Asie…

On note l’émergence du cinéma japonais, qui brillera de mille feux durant la décennie suivante : Un merveilleux dimanche (Akira Kurosawa, 47), L’amour de l’actrice Sumako (Kenji Mizoguchi, 47), Printemps tardif (Yasujiro Ozu, 49).

Coups de cœur personnels

. Le train de la mort/Terror by Night (Roy William Neill, EU, 1946).

Nous avons déjà évoqué ce film dans la décennie 1930 (article sur Une femme disparaît). L’un de mes 3 films de train préférés de tous les temps. Avec Sherlock/Rathbone ! Divin et définitif ! Et Nigel Bruce, d’une truculence ! Mais effrayant ! Je l’ai élu de peu devant La griffe sanglante et j’eusse pu choisir la série complète des films tirés, ou vaguement inspirés selon les cas, de l’œuvre de Conan Doyle : ils ont enchanté/terrifié mon enfance (le grand film du dimanche à 17h sur la première chaîne française !). Quand la série B surpasse la A ?

. L’assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, France, 1941).

Une enquête policière teintée d’onirisme et de poésie dans un village coupé du monde par la neige. Le film a envoûté ma prime jeunesse. Une adaptation de Pierre Véry, comme Les disparus de Saint-Agil. Un cinéma français trop oublié, avec des comédiens formidables, très théâtraux : Harry Baur, Raymond Rouleau, Robert Le Vigan.

. Rebecca (Hitchcock, EU, 1940). Gracile Joan Fontaine. Ténébreux Laurence Olivier. Et Miss Danvers dans le gotha des meilleurs méchants. Influence de l’expressionnisme allemand manifeste. Ce contraste entre la lumineuse Côte d’Azur et la sinistre Manderley. Du conte de fées rose au thriller glauque. Et mon acteur fétiche en vilain, George Sanders. Œuvre phare.

Ou alors… TOUT HITCH ? Car…

Sa productivité est extraordinaire durant la décennie !

Nous avons déjà cité Les enchaînés (Top 10) et Rebecca (coup de cœur), mais que de perles encore !

Correspondant 17 (1940) est un récit d’espionnage des plus gouleyants. Des scènes mythiques : les moulins hollandais, l’attentat sur les marches, le crash final de l’avion. Un mélange de genres très ébouriffant : romance et Screwball Comedy, aventures, thriller d’espionnage, catastrophe et propagande. Avec la tirade finale antinazie et un appel à sauver la civilisation. George Sanders est délicieux. Laraine Day à tomber et on s’étonne qu’elle n’ait pas fait une plus grande carrière. Le héros est joué par Joël McCrea, immense vedette assez oubliée que je juge assez pâlichon par rapport à des Cary Grant ou James Stewart.

Soupçons (1941), et son couple Cary Grant/Joan Fontaine, où Hitch ne put aller au bout de ses fantasmes meurtriers.

L’ombre d’un doute (1943), tout en perversité.

Lifeboat (1944), un film de propagande pour soutenir l’effort de guerre, une sorte de huis-clos sur un canot, en pleine mer, très sombre entre des rescapés d’un torpillage (des Anglo-Saxons et un Allemand énigmatique).

La maison du docteur Edwardes (1945), ou l’irruption de la psychanalyse chez Tonton Hitch, Salvador Dali compris, avec un couple glamour en diable Ingrid Bergman/Gregory Peck.

La corde (1948), son cultissime huis-clos et son (faux…) seul raccord (… car il en masque plusieurs !), ses ambigüités sexuelles et… James Steward.

D’autres œuvres sont moins abouties mais intéressantes : Mr et Mrs Smith (1941), une comédie (la seule de sa carrière !) un peu trop mièvre ; La cinquième colonne/Saboteur (1942), à ne pas confondre avec Sabotage ; Le procès Paradine (1947), un film de prétoire avec un Charles Laughton des plus pervers ; Les amants du Capricorne (1949), Ingrid et Cotten dans un film à costumes déconcertant.

Who Knows ?

. DANIEL :

Durant cette décennie, le lien entre violence de l’époque et créativité artistique semble conforter le propos ironique d’Orson Welles à Joseph Cotten dans la fameuse scène de la Grand Roue du Troisième homme :

« Guerre civile et terreur en Italie… mais cela donne Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance ; 500 ans de fraternité, de paix et de démocratie en Suisse, cela produit la pendule à coucou. »

On peut se demander si la folie humaine collective ne se reflète pas aussi au plan individuel dans ces films qui mettent en scène des femmes hantées par la mort et manipulées, en prise avec la peur de sombrer dans la démence : Rebecca et Les amants du Capricorne, cités supra, Gaslight (1940/Dickinson et 1946/Cukor).

. PHIL :

La supériorité du cinéma américain, telle qu’elle s’affiche dans nos évocations, ne doit pas occulter le phénomène économique et sociologique qui sous-texte. Si on épluche nos listes et qu’on mène quelques investigations, il apparaît vite que de nombreux créateurs majeurs sont des Européens d’origine : Chaplin et Hitchcock sont anglais ; Michael Curtiz (Kertesz !), Billy Wilder, Ernest Lubitsch ou Fritz Lang sont des Juifs ayant fui la menace nazie, le premier hongrois, le deuxième polonais, les deux derniers allemands ; Capra est né en Italie ; etc.

ADOLPHE :

Tu as raison de souligner l’apport européen au cinéma américain : ce dernier a donné l’occasion aux cinéastes, acteurs et producteurs réfugiés ou exilés du Vieux Continent de s’épanouir d’une manière inouïe. Et la méthode du russe Stanislavski a fécondé profondément l’art de jouer à travers ses disciples de l’Actor’s Studio (Elia Kazan, Lee Strasberg, etc.). Le monde entier a fait Hollywood, dans une certaine mesure.

Nausicaa Dewez, Adolphe Nysenholc, Daniel Mangano et Ciné-Phil RW.

Plan du feuilleton Vers une Cinéthèque idéale

Nous nous limitons ici aux articles initiaux des différents dossiers. Ceux-ci renvoient à de nombreux autres articles.

Présentation du projet (introduction, équipe, plan) :

Préhistoire du cinéma :

Années 1910 :

Années 1920 :

Années 1930 :

Feuilleton complémentaire d’Adolphe NYSENHOLC sur le premier top 12, en 1958 :

Top 100 en cours

(1) Le voyage dans la lune (Georges Méliès, France, 1902).

(2) Le vol du grand rapide (Edwin S. Porter, E.U., 1903).

(3) Naissance d’une nation (D.W. Griffith, Etats-Unis, 1915).

(4) Intolérance (D.W. Griffiths, Etats-Unis, 1916).

(5) Le cabinet du docteur Caligari (Robert Wiene, Allemagne, 1920).

(6) Le cuirassé Potemkine (Serguei Eisenstein, Russie, 1925).

(7) Le journal d’une jeune fille perdue (G.W. Pabst, Autriche, 1929).

(8) L’aurore (Murnau, Allemagne/EU, 1927).  

(9) Docteur Mabuse, le joueur (Fritz Lang, Allemagne, 1922).

(10) Le Kid (Charlie Chaplin, GB/EU, 1921).

(11) Le vent (Victor Sjöström, Suède/EU, 1928).

(12) La passion de Jeanne d’Arc (Carl Theodor Dreyer, Danemark, 1928).

(13) Napoléon (Abel Gance, France, 1927).

(14) Le mécano de la General (Buster Keaton, EU, 1927).

(15) Autant en emporte le vent (Victor Fleming, EU, 1939).

(16) Les Hauts-de-Hurlevent (W. Wyler, EU, 1939).

(17) Le testament du docteur Mabuse (F. Lang, Allemagne, 1933).

(18) Une femme disparaît (A. Hitchcock, GB, 1938).

(19) King Kong (Merian C. Cooper et E. Schoedsack, EU, 1933).

(20) L’impossible monsieur Bébé (H. Hawks, EU, 1938).

(21) La chevauchée fantastique (John Ford, EU, 1939).

(22) New York-Miami (Frank Capra, EU, 1934).

(23) La grande illusion (Jean Renoir, France, 1937).

(24) Ninotchka (Lubitsch, EU, 1939).

(25) Casablanca (Michael Curtiz, EU, 1942).

(26) Le ciel peut attendre/Heaven Can Wait (Ernst Lubitsch, EU, 1943).

(27) Citizen Kane (Orson Welles, EU, 1941).

(28) Les enfants du paradis (Marcel Carné, France, 1945).

(29) Les enchaînés/Notorious (Alfred Hitchcock, EU, 1946).

(30) Le trésor de la Sierra Madre (John Huston, EU, 1948).

(31) Indiscrétions/The Philadelphia Story (George Cukor, EU, 1940).

(32) La vie est belle/A Wonderful Life (Frank Capra, EU, 1946).

(33) Le dictateur/The Great Dictator (Charlie Chaplin, EU, 1940).

(34) Le troisième homme (Carol Reed, GB, 1949).

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