ZADIGACITÉS de PATRICK HENIN-MIRIS (Cactus Inébranlable) / Une lecture d’Éric ALLARD

C’est agréable de faire court, écrit l’auteur en quatrième de couverture de cette cinquième livraison des Microcactus, la nouvelle collection du Cactus Inébranlable consacrée aux microfictions (d’une centaine de mots). C’est aussi fort agréable de lire des textes d’une telle qualité et variété d’inspiration.

Le texte ouvrant le recueil, intitulé La décroissance, commence justement par un aphorisme lu par le narrateur qui invite à limiter sa vitesse en tout pour goûter au bonheur. Dès lors, il « s’applique à tout réduire : de ses activités jusqu’au moindre de ses mouvements… » Par ailleurs, l’extension de l’espace fait l’objet d’autres textes, comme, entre autres, L’encadrement ou Le lieu public.

L’accélération comme la décélération du temps, de même que les voyages que celui-ci permet, sont d’ailleurs un des thèmes principaux du recueil. Comme dans ce texte où le narrateur se pique avec les aiguilles d’une horloge ou cet autre dans lequel un ancien chasseur se met à collectionner les pendules… Il y a aussi cette histoire d’un homme qui reçoit dans son enfance « un cadeau inestimable : une minute » ; l’usage qu’il en fera est magnifique. Le temps mais aussi ce qui permet de le retenir, la mémoire qui « décide si [tel] événement possède toutes les aptitudes pour devenir un souvenir. »

Le silence est un autre thème abordé avec cet homme qui lit dans les silences ou ce couple qui a « passé des années à composer leur silence »

La disparition, sous toutes ses formes, jusqu’à la disparition de soi, en est un autre. Quelqu’un qui cherche sa maison, un enfant qui cherche un ailleurs où jeter sa canette vide, ou encore ce voyageur débarqué du train cherchant la gare… Dans Les forêts, on se demande où est passée la forêt amazonienne. Et dans un autre, c’est le « rêve incandescent enfui avant le réveil » que recherche un rêveur.

Il y aussi les métiers oubliés, aux intitulés et textes savoureux, à découvrir.

Le recueil reconsidère aussi de manière subtile et pertinente l’état de notre société décérébrée, axée sur l’ « opinionisme » et le saccage des richesses naturelles.

Bref, c’est souvent la liberté, nécessaire à l’équilibre de l’homme (comme dans L’instrument de conduite) qui est mise en je(u). Les fenêtres dans les espaces clos en sont la voie d’accès, leur espace de décision pour s’exprimer pleinement, trouver un semblant de bonheur ou de réponse aux pourquoi de l’existence. Et ce sens de la décision, de tirer au mieux profit des désagréments de l’existence et du monde, rapporte au titre, zadigacité[s], un mot-valise du dico empruntant au Zadig de Voltaire et synonyme de sérendipidité.

Vous pensez que j’en ai trop dit sur ce recueil ? Vous vous trompez car il comprend pas moins de 180 textes qui nous font voyager dans un univers aussi poétique qu’inventif, celui, il va sans dire, de Patrick Henin-Miris.

Patrick Henin-Miris a publié plusieurs titres au Cactus Inébranlable dont, dernièrement, un excellent recueil d’aphorismes, « qui méritent d’être savourés lentement »: En avant, marge !

ZADIGACITÉS de Patrick HENIN-MIRIS sur le site du Cactus Inébranlable

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