LISEZ-VOUS LE BELGE ? – CANICULE de GENEVIÈVE GENICOT (Maelström) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Geneviève GENICOT, Canicule,

bookleg/micro-roman, Maelström, collection Bruxelles se conte, Bruxelles, 2019, 50 pages.

Par Philippe Remy-Wilkin.

BSC#87 Canicule

Geneviève GENICOT, Canicule, bookleg/micro-roman, Maelström, collection Bruxelles se conte, Bruxelles, 2019, 50 pages.

Le directeur général des transports de la SNCB (la compagnie des chemins de fer belges) reçoit une lettre manuscrite expédiée depuis l’Argentine. Stupeur ! Celui qui l’a rédigée est un accompagnateur de train mystérieusement disparu depuis un an. La suite ? Le récit de Thomas Kenisman, dont la lettre, fort longue, nous mène jusqu’à l’avant-dernière page du texte, narre tout ce qui lui est arrivé.

Un parfum policier ou fantastique ? Un écho de toute une littérature (notamment des contes du XIXe siècle), avec récit-cadre donnant une allure de témoignage, d’authenticité à des faits dont on devine très vite qu’ils vont dépasser l’entendement ? Oui et non. Amarré à des repères classiques ou romantiques, le récit décolle (littéralement) très vite dans une dimension passionnante de maîtrise, de souffle. Un souffle qu’on perd, à ne plus pouvoir le reprendre. C’est que le texte s’affiche en descente de toboggan. Pas de chapitre, pas de sous-chapitre, quasiment pas de retrait, pas de dialogue. Une narration pure, distillée par Kenisman, qui fonce, fonce, fonce. A travers Bruxelles. A partir d’un jour de canicule où tout semble dérailler, sauf les trains qui s’envolent dans les airs, plongent sous la surface.

Geneviève Genicot © Arbresha Nushi

Comment décrire ce qui nous emporte ? Le narrateur et les lecteurs se retrouvent au sommet d’une vague lors d’un tsunami. Un tsunami littéraire aux allures de peinture surréaliste en mouvement, de kaléidoscope, de maelström. Kenisman vit mille aventures mais nous raconte Bruxelles aussi, au gré de ses cavalcades. Le Bruxelles d’hier et celui d’aujourd’hui, ses beautés et ses charmes, ses atouts, ses dérives et ses perversions aussi. Et la Senne, ce cœur d’eau de la ville, de surgir des profondeurs pour témoigner, se venger :

« Adieu, hommes rectilignes qui avez enfermé mes méandres ! Hommes honteux qui m’avez étouffée sous terre pour mieux cacher vos déjections dans mon lit, hommes sales oublieux des purifications, hommes cupides qui avez bâti des maisons de riches en chassant le peuple simple qui vivait sur mes berges et n’avait pas encore le droit de vous élire (…). »

Et Bruxelles de devoir rendre des comptes, assignée en justice.

A lire ! Absolument ! C’est très bien écrit et raconté, dense, lyrique, onirique, romanesque, avec des effluves sociologiques ou philosophiques :

« A mon avis, chacun de nous se fait simplement une illusion du monde, et c’est comme ça qu’on n’arrête pas de causer de ce qu’on pense et de ce qu’on voit, chacun dans son monde, chacun avec son illusion qu’il veut expliquer aux autres (…). »

On frôle la perfection. Une force centripète eût apporté la touche finale à cette réussite magistrale. Un enjeu narratif. Or celui-ci s’insinue en filigrane, avec les amours de Kenisman et d’une jeune touriste japonaise, Yu.

La collection Bruxelles se conte

Cette collection a été initiée par la COCOF (Commission Communautaire Française de la Région Bruxelles-Capitale). Chaque fin d’année, depuis douze ans, l’éditeur bruxellois Maelström réalise un tir groupé de 8 booklegs, qui doivent entretenir un rapport avec notre capitale. Un bon concept ! Qui, à l’image des collections Belgiques et Noir corbeau, publiées par Ker et Weyrich, s’attaque enfin au complexe belge francophone, ose NOUS raconter.

Un bookleg ? Un livre-témoignage (souvenir d’un happening musical, d’une performance, d’une lecture) édité dans l’urgence, à coût réduit. Ce qui ne les empêche pas d’être de très jolis petits objets-livres.

J’ai évoqué d’autres titres de la collection dans Les lectures d’Edi-Phil :

. Céline DE BO :

. Morgane VANSCHEPDAEL (qui signe dorénavant Morgane EEMAN) :

. Agatha STORME :

. Luigi CAPUANA (une réédition, cas exceptionnel) :

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?

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