DARJEELING ET AUTRES NOUVELLES de DANIEL CHARNEUX (Pyramides noires) / Une lecture d’Éric ALLARD

Aux confins du monde et de soi

Après qu’il a publié neuf romans (dont deux ont été réédités dans la collection patrimoniale Espace Nord), on en oublierait presque que Daniel CHARNEUX est aussi nouvelliste. Ce serait oublier, notamment, son beau recueil de nouvelles, Vingt-quatre préludes, paru chez Luce Wilquin en 2004.

Pour ce nouveau recueil constituant un ensemble résonant, il a rassemblé six nouvelles qui nous font voyager, de Mons au Vietnam, du Caillou-qui-Bique (à Roisin) – cher à Verhaeren – à Calcutta en faisant un détour par l’Algérie du XIXe siècle qui sert de cadre à la plus romanesque des nouvelles, Le Lion des Henanchas, qui conte les impossibles amours d’un chef des Spahis avec la fille d’un général français commandant le « détachement impérial » dans les Aurès.

Bref, Daniel Charneux nous balade dans les temps et les espaces, comme il le fait par ailleurs dans ses romans.

La plupart des personnages ou narrateurs des nouvelles sont animés d’un désir de partir, de quitter ce qui fait leur quotidien, de tromper leur destinée pour se mettre à l’épreuve et se découvrir. Ce sentiment rimbaldien les fait, certes, partir très loin (aux limites du monde habité) pour toujours revenir, augmenté d’un sentiment de mieux être, d’accord avec le monde et leur moi intime.

Ainsi la Cécile de la nouvelle intitulée Darjeeling, qui ouvre le recueil et donne le ton.

« Et si toute fin n’était que l’autre face d’un début ? Et si le fin, c’était le fin, le fond ? Le fin fond. S’il suffisait de donner un coup de talon pour remonter à la surface de la vie ?

Cela traduit un manque d’air, un défaut d’espace, qui doit être comblé par un départ, une fuite.« 

Cécile a terminé ses études secondaires et décide de prendre une année sabbatique avant d’entamer des études supérieures. Elle partira pour Calcutta où les rencontres qu’elle fera décideront de son avenir.

Daniel Charneux — Wikipédia
Daniel Charneux

Le narrateur de Ruelle de l’Être est un jeune homme qui, en quatre jours, et un retour au même endroit, la ruelle de l’Âtre à Mons, deviendra quelqu’un capable de maîtriser les revers de l’existence et d’aller de l’avant. Dans Emile et Marthe, on suit Emile Verhaeren (et son épouse) dans une promenade initiatique au tournant du changement de siècle, alors qu’il est âgé de 44 ans. Olivier, le narrateur d’Etoile du matin, a 33 ans, un âge fatal. Il abandonne un boulot qui l’a prématurément usé, et va vers l’Orient, jusqu’au bout de soi, pour enfin trouver son bonheur.

Dans Paolo Diabolo, jongleur de mots, Charneux raconte un cirque où le numéro vedette est assumé par l’artiste éponyme qui est doué de pouvoirs extraordinaires. Par-là, l’auteur montre le pouvoir magique du verbe pour qui sait en user.

À l’égal de Paolo Diabolo, Daniel Charneux est un magicien du verbe qui fait apparaître des univers aussi enchantés que connectés à la réalité du monde la plus crue et de la psyché humaine dans ce qu’elle révèle chez l’humain d’essentiel. Pour notre plus vif plaisir, il va sans dire.  

La page Facebook de Daniel CHARNEUX

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