LISEZ-VOUS LE BELGE ? – LE SILENCE A GRANDI de Françoise LISON-LEROY (Rougerie) par Philippe REMY-WILKIN

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Françoise LISON-LEROYLe silence a grandi,

recueil de poésies, Rougerie, Mortemart (France), 2015.

Par Philippe Remy-Wilkin.

Les invités du mercredi : Luc Dellisse | Objectif plumes

Une couverture dépouillée, blanche, une mise en page sobre mais efficace, un texte par page, resserré, appliquant quasi les principes du Yin et du Yang, le rapport contrasté du noir et du blanc, du vide et du plein, de l’absence et du sens. Dédié à un poète décédé en 2008, Paul André.

Je n’ai pas tout compris, mais est-ce nécessaire ? Un peu comme en religion ou dans ce qui touche au sacré, il y a une sensation délicieuse à se sentir dépassé, amenuisé face au Mystère. Qui vous prend par la main pour vous redresser ensuite, vous porter vers les nues et le dépassement, l’élévation, vous envoler.

Alors que tant d’auteurs en quête d’identité se réfugient dans la poésie ou la nouvelle par manque de temps, de souffle ou de talent, y enfouissant les limites de leur langue ou de leur imagination, il est de vrais poètes et nouvellistes, qui portent à bout de bras le Graal transmis par des Baudelaire, des Villiers, qui ont ce talent de décaper la phrase et le mot, de réinventer la langue, le sens, l’émotion avec intensité, densité. Françoise Lison-Leroy (récemment primée par l’Académie française) est de cette eau-là, on est fasciné/happé, dès les premiers mots, par la Beauté, inouïe :

« Vous êtes le prince enfui qui n’a lieu pour personne. »

Tout est du même acabit, ciselé et perforant :

« Le silence a grandi. Vous en ouvrez la porte, désormais, comme on plonge en un saut dans une galaxie. »

Bienvenue sur le site de Françoise Lison-Leroy
Françoise Lison-Leroy

J’adore plusieurs passages. Comme ce portrait envié :

« Vous étiez cet enfant grave et songeur, tendu vers l’improbable. On vous disait céleste, arrogant. On vous guettait aux abords des nuages. Vous interrogiez les cailloux, les fourmis ailées, la flaque aux merles tapageurs. Et le cœur piquant de la renoncule. »

Plus loin, magnifique :

« Vous édentiez les barreaux, piégés entre l’azur et vous. On ne vous connaissait pas de geôlier. »

Ou encore :

« Vous étiez ce champ libre qu’une averse féconde, ce creuset voué aux partitions.

(…)

Vous trouviez dans les livres ce qui ne se dit pas. Les mots du torrent oublié.

(…)

Comme vous, demeurer en chantier. (…) Ce qui s’achève est mort.

(…)

Et nous, cueilleurs de lunes et d’équinoxes, nous reprendrons nos filets haut perchés. »

Le silence a grandiFrançoise Lison-LeroyRougerie. Un recueil (primé à Paris !), une autrice (aussi talentueuse que modeste, généreuse, ouverte), un éditeur (exigeant, il ne publie que trois recueils par an) à lire d’urgence ! Pour s’arracher aux contingences, se confronter à la Grâce, à l’Essence.

Philippe Remy-Wilkin

Lisez-vous le belge ?" : une campagne qui ricoche - Le Carnet et les  Instants

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