LISEZ-VOUS LE BELGE ? – ZADIGACITÉS de PATRICK HENIN-MIRIS (Cactus Inébranlable) par Éric ALLARD

Les Belles Phrases participent à l’opération Lisez-vous le Belge ?

La campagne de cette deuxième édition court du 1er novembre au 6 décembre 2021.

Rappel des objectifs :

« célébrer la diversité du livre francophone de Belgique (…) faire (re)découvrir au grand public, toutes générations confondues, un panel varié de genres littéraires : du roman à la poésie, de l’essai à la bande dessinée, des albums jeunesse au théâtre ».

Merci à Clara Emmonot et Morgane Botoz-Herges (chargées de communication), à Nicolas Baudoin (chargé de programmation), du PILEn !

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Patrick HENIN-MIRIS, Zadigacités,

recueil de microfictions, Cactus Inébranlable, Amougies, 2021.

Par Éric Allard.

C’est agréable de faire court, écrit l’auteur en quatrième de couverture de cette cinquième livraison des Microcactus. C’est aussi fort agréable de lire des textes d’une telle qualité et variété d’inspiration.

Le texte ouvrant le recueil, intitulé La décroissance, commence justement par un aphorisme lu par le narrateur qui invite à limiter sa vitesse en tout pour goûter au bonheur. Dès lors, il « s’applique à tout réduire : de ses activités jusqu’au moindre de ses mouvements… » Par ailleurs, l’extension de l’espace fait l’objet d’autres textes, comme, entre autres, L’encadrement ou Le lieu public.

L’accélération comme la décélération du temps, de même que les voyages que celui-ci permet, sont d’ailleurs un des thèmes principaux du recueil. Comme dans ce texte où le narrateur se pique avec les aiguilles d’une horloge ou cet autre dans lequel un ancien chasseur se met à collectionner les pendules… Il y a aussi cette histoire d’un homme qui reçoit dans son enfance « un cadeau inestimable : une minute » ; l’usage qu’il en fera est magnifique. Le temps mais aussi ce qui permet de le retenir, la mémoire qui « décide si [tel] événement possède toutes les aptitudes pour devenir un souvenir ».

Le silence est un autre thème abordé avec cet homme qui lit dans les silences ou ce couple qui a « passé des années à composer leur silence »

La disparition, sous toutes ses formes, jusqu’à la disparition de soi, en est un autre. Quelqu’un qui cherche sa maison, un enfant qui cherche un ailleurs où jeter sa canette vide, ou encore ce voyageur débarqué du train cherchant la gare… Dans Les forêts, on se demande où est passée la forêt amazonienne. Et, dans un autre, c’est le « rêve incandescent enfui avant le réveil » que recherche un rêveur.

Il y aussi les métiers oubliés, aux intitulés et textes savoureux, à découvrir.

Le recueil reconsidère aussi de manière subtile et pertinente l’état de notre société décérébrée, axée sur l’« opinionisme » et le saccage des richesses naturelles.

Bref, c’est souvent la liberté, nécessaire à l’équilibre de l’homme (comme dans L’instrument de conduite) qui est mise en je(u). Les fenêtres dans les espaces clos en sont la voie d’accès, leur espace de décision pour s’exprimer pleinement, trouver un semblant de bonheur ou de réponse aux pourquoi de l’existence. Et ce sens de la décision, de tirer au mieux profit des désagréments de l’existence et du monde, rapporte au titre, Zadigacité[s], un mot-valise du dico empruntant au Zadig de Voltaire et synonyme de sérendipité.

Vous pensez que j’en ai trop dit sur ce recueil ? Vous vous trompez car il ne comprend pas moins de 180 textes qui nous font voyager dans un univers aussi poétique qu’inventif, celui, il va sans dire, de Patrick Henin-Miris.

Patrick Henin-Miris a publié plusieurs titres au Cactus Inébranlable dont, dernièrement, un excellent recueil d’aphorismes, « qui méritent d’être savourés lentement » : En avant, marge !

CACTUS INEBRANLABLE Editions

Ce recueil fait partie de la nouvelle collection du Cactus Inébranlable consacrée aux microfictions. C’est l’occasion de mettre en avant une maison d’édition indépendante créée à Amougies, dans le Hainaut, par Jean-Philippe Querton et Styvie Bourgeois en 2011 et qui fête donc ses dix ans d’existence avec quelque cent cinquante livres à son catalogue.  

C’est une maison singulière qui a trouvé d’emblée son créneau axé sur divers points vite identifiables. Outre qu’elle accorde une place de choix aux textes piquants, irrévérencieux, questionneurs, elle est principalement consacrée aux formes brèves, à commencer par l’aphorisme, qu’elle décline sous des aspects divers et insoupçonnés autant que poétiques via une multitude d’auteur(e)s venant d’horizons divers de la francophonie (outre les nombreux auteurs français, pointons l’Espagnol Ramon Eder). La maison a définitivement donné ses lettres de noblesse à l’écriture aphoristique et possède un espace désormais reconnu dans le paysage éditorial francophone.

En 2017, Michel Delhalle a rassemblé dans une anthologie des aphorismes de plus de 300 auteurs, du Cactus mais pas que, sous le titre Belgique, terre d’aphorismes (dont une réédition augmentée est attendue). Signalons aussi les anthologies consacrées par Jean-Philippe Querton aux aphorismes de Louis Scutenaire et d’Achille Chavée ainsi que les divers recueils d’André Stas publiés au cours de la décennie passée.

Quelques ouvrages du catalogue

Dans les formes brèves, il y a bien sûr eu dès le début les nouvelles (de Michel Thauvoye, Éric Dejaeger, Lorenzo Cecchi, Anne-Michèle Hamesse, Jo Hubert, Christophe Esnault & Lionel Fondeville…), les contes & microfictions qui trouvent désormais principalement place dans la collection des Microcactus. Cela n’empêche pas la maison de publier régulièrement des romans très remarqués, comme le troublant Dis, petite salope, raconte-moi tout… de Pierre Bailly ou le singulier Une caravane attachée à une Ford Taunus de Pierre Stival.

Sans oublier les essais, et non des moindres, puisqu’on trouve au catalogue deux ouvrages de Raoul Vaneigem.

Last but not least, les éditeurs accordent une place de choix aux couvertures, immédiatement reconnaissables, « illustrées par des artistes faisant partie de la mouvance surréaliste, des peintres renommés, des collagistes talentueux ou des graphistes de la nouvelle génération ». Ce qui a donné lieu au printemps 2020 à une exposition qui s’est tenue durant deux mois au Famenne & Art Museum (FAM) de Marche-en-Famenne et qui a permis de découvrir « les œuvres d’art qui rehaussent les couvertures de la maison d’édition ». 

Jean-Philippe Querton présente les Cactus Inébranlable Editions

Plusieurs chroniqueur/euses des Belles Phrases ont rendu compte d’ouvrages parus au Cactus inébranlable. On en trouvera une brève sélection ci-dessous.

Pour Le Carnet et les Instants, Philippe REMY-WILKIN a chroniqué Le neuvième orgasme est toujours le meilleur d’Anne-Michèle HAMESSE.

Sur Les Belles Phrases, signalons ces quelques liens

Philippe LEUCKX a chroniqué La nuit porte jarretelles de Béatrice LIBERT.

Denis BILLAMBOZ a chroniqué Limitation de la poésie d’André STAS & Eric DEJAEGER, Ma voisine dans tous ses états (ou presque) de Pascal HÉRAULT et Une caravane attachée à une Ford Taunus de Pierre STIVAL.

Denis BILLAMBOZ a chroniqué Tout est provisoire même ce titre de MIX Ô MA PROSE et Derrière l’envers du décor de Joaquim CAUQUERAUMONT avec des dessins de Gwen GUÉGAN.

Nathalie DELHAYE a chroniqué L’homme à la Chimay bleue de Jean-Philippe QUERTON.

Paul GUIOT a chroniqué Protection rapprochée de Lorenzo CECCHI.

Gaëtan FAUCER a chroniqué La mort ne porte pas de talons aiguilles de Gabriel NONCRIS.

Eric Allard.

Lisez-vous le belge ?" : une campagne qui ricoche - Le Carnet et les  Instants

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