ENCRES LITTORALES de PHILIPPE REMY-WILKIN (Lamiroy) / Une lecture de Jean-Pierre LEGRAND

Encres littorales #217

Encres  littorales est un bien joli titre qui tient toutes ses promesses.

Les encres s’y mêlent comme les sangs d’une lignée entée sur un territoire, ne formant plus à la fin qu’un seul récit. L’encre, c’est aussi le matériau de prédilection de Spilliaert, peintre favori de l’auteur dont le personnage féminin semble, dans son immatérielle évanescence, tout droit sorti d’une toile de l’artiste.

L’argument de la nouvelle est simple. Nathan, un jeune écrivain se promène dans les parages du musée Delvaux, à Saint Idesbald. Il aperçoit la silhouette furtive d’une jeune femme qui se faufile parmi les visiteurs puis, la perd de vue. Quelque chose s’est passé, s’est creusé dans la trame du réel : comme le « coup de grisou » de connivences secrètes. Nathan doit impérativement retrouver l’inconnue.
Commence une traque, à la fois quête et enquête, questionnement identitaire sur fond d’introspection.
Le tout est écrit dans style nerveux et sans fioriture, bien accordé au rythme du récit.

Philippe Remy-Wilkin étage savamment les plans narratifs et contextuels de sa nouvelle. Des inserts en italique à la première personne ponctuent la narration menée à la troisième.
Par instant cette voix en italique semble se dédoubler. Qui parle ? L’auteur lui-même dans ses repérages? Le jeune écrivain dans une sorte de carnet inspirateur du récit ? Les deux se confondent dans leur entrecroisement.

En arrière-plan – cela m’a lointainement fait penser à la vidéo parfois utilisée au théâtre  – la Côte belge déroule  son histoire culturelle et humaine: « J’analyse celle-ci comme une mise en abyme de la Belgique. Ou de métaphore de son identité . Une bande littorale très effilée de 70 kilomètres entre la France et la Hollande. Le Plat pays, le vrai (…) Il y a l’entrechoquement des langues et ces vacances communes aux deux communautés, cette sédimentation des mémoires et des souvenirs, ce tram mythique qui unifie l’ensemble. La présence royale disséminée partout et comme nulle part ailleurs »

Erudite sans ostentation, Encres littorales brasse toutes les admirations de son auteur dans le domaine littéraire, pictural, musical et cinématographique. C’est amené avec beaucoup de naturel et la porosité entre les différents plans narratifs fait des références culturelles un élément qui participe de la dynamique de la nouvelle.

J’ai beaucoup aimé cette dernière publication de Philippe Remy-Wilkin.

J’admire la virtuosité avec laquelle, sur trente pages, il est parvenu à structurer une polyphonie où plusieurs voix évoluent en parallèle, puis semblent  se croiser pour finalement s’écarter sans jamais entraver le rythme de la nouvelle. La mise en abyme de la côte belge comme précipité de notre histoire est particulièrement réussie. De ce point de vue le texte aurait aussi trouvé sa place dans un recueil de la belle collection Belgiques. Qu’importe, cet Opuscule # 217 lui sert d’écrin.

J.-P. Legrand

Philippe Remy-Wilkin, Encres Littorales, Lamiroy (collection Opuscules), 4 € / 2 € en format numérique

La nouvelle sur le site des Editions Lamiroy

Le blog de Philippe Remy-Wilkin

Philippe REMY-WILKIN

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