DIALOGHI CON IL GIORNO / DIALOGUES AVEC LE JOUR d’Isabelle PONCET-RIMAUD (Ladolfi) / Une lecture de Sonia ELVIREANU

Dialogues avec le jour-Dialoghi con il giorno - Isabelle Poncet-Rimaud - copertina

Le plus récent recueil de poèmes d’Isabelle Poncet-Rimaud Dialogues avec le jour vient de paraître en italien dans la belle traduction du poète et traducteur italien Giuliano Ladolfi. La poétesse française n’aurait pas pu trouver un traducteur plus raffiné et passionné  à résonner avec sa sensibilité que Giuliano Ladolfi, le promoteur en Italie d’une poésie ancrée dans la réalité. Deux langues avec leur sonorités différentes, mais harmonieuses se rencontrent pour parler du quotidien.

Un dialogue avec soi-même, jour à jour, permet à d’Isabelle Poncet-Rimaud d’observer plus attentivement la réalité et de s’observer soi-même à travers ses sentiments et ses états d’âme. Mais elle se garde de faire de son écriture une chronique de ce temps bouleversé par la pandémie, comme le font certains poètes et romanciers. Elle ne cède pas la place de la vraie poésie au minimalisme, au prosaïque du réel trop accrochant, elle se tient à la hauteur de la grande poésie qu’elle a toujours écrite.

Les poèmes s’enchaînent sans titres, il n’y en a que de très rares à en avoir un titre pour marquer un événement, comme le premier, Confinement, pour nommer une situation hors du commun, vécue non seulement par la poète, mais par le monde entier. C’est le début d’un temps fracassé, lourd, paralysant, celui de l’exil imposé.

Elle surprend l’atmosphère pesante de l’espace qui se rétrécit et se ferme sur l’homme, la sensation d’être prisonnier, l’incompréhension d’une force obscure qui s’infiltre dans la vie des gens, les tenant immobilisés contre leur volonté, l’inquiétude et la peur face à la mort, autant d’images qui renvoient à l’absurde existentiel de Camus. On se rend compte de l’authenticité du vécu pendant l’isolement, chacun se retrouve dans les vers d’Isabelle Poncet-Rimaud.

Isabelle Poncet-Rimaud (auteur de Entre les cils) - Babelio
Isabelle Poncet-Rimaud

La première image est celle de la ville immobilisée, où le rythme de la vie s’arrête brusquement. Un silence écrasant règne partout, pareil au linceul, présage de la mort, il pèse comme un fardeau sur l’âme:

« La ville

en arrêt, 

comme un chien de chasse

renifle la proie cachée.

Tout se tait. »

La ville est paralysée, suspendue entre la vie et la mort, l’homme solitaire, isolé, désorienté, en attente : fin ou renouveau.

Seul l’oiseau traverse le silence de la ville immobile, symbole du vol, de la liberté, alors que la poète, « sentinelle au balcon », guette l’heure de vie ou de mort, nuit et jour, entre l’angoisse et l’espérance:

« Attente traversée de l’humeur vagabonde

des oiseaux-sémaphores

qui relie l’homme mis à terre

au langage oublié du ciel.»

Rendu à la solitude insupportable, à la claustration, à la peur, le dialogue avec soi devient source de résistance psychique, de même que le printemps qui fait renaître les arbres, alors que les mots s’efforcent de livrer des sentiments confus, faire sentir la fragilité de l’être dont les heures semblent comptées.

De fenêtre en fenêtre, le long des rues désertes, les regards de survie, de reconnaissance d’une humanité vouée à l’incertitude du demain, l’appel à la vie, l’amour, le souvenir, le regret sans consolation pour ceux emportés par ce temps « fou », malheureux.

Comment faire face à la solitude, à l’isolement, à la peur de mourir sinon en les affrontant, rêver, espérer, retrouver le rythme naturel de la vie paralysée par la peur? La fête de Pâques  devient « signe d’Espérance »:

« Faire de l’exil

une terre de retour,

de l’immobile une transhumance,

de la distance

un accueil,

de la perte

une partition

pour les notes de la vie. »

La métaphore ne manque pas de créer les images de la vie sur l’horizontale et sur la verticale, surtout celle de l’oiseau que retient le regard captif. Il ranime l’envie de s’échapper du confinement, de se réjouir de la vie ; ou  l’image de l’arbre, lien entre la terre et le ciel, riche de sens :

« Chien de garde tapi

en creux d’âme,

le manque attend

prêt à bondir

sur l’ombre fugace

d’un souvenir de liberté. »

Dialogues avec le jour d’Isabelle Poncet-Rimaud ne reste pas dans la pesanteur de l’isolement, de la peur, mais retrouve l’espérance, exhorte à la vie, « à la faveur d’exister  »

Sonia ELVIREANU


Isabelle Poncet-Rimaud, Dialoghi con il giorno/ Dialogues avec le jour, Ladolfi Editore, 2022.

Le recueil sur le site de l’éditeur

Le site d’Isabelle PONCET-RIMAUD

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