PREMIÈRES LECTURES – LES CACTUS NE CRAIGNENT PAS L’HIVER / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Quelle que soit la saison les recueils d’aphorismes du CACTUS INEBRANLABLE fleurissent sur les rayons des libraires, je vous propose donc deux titres de cet éditeur parmi lesquels s’est faufilé un recueil du grand spécialiste du Pays noir, l’ami Eric DEJAEGER, édité, pour cette fois, par GROS TEXTES, même s’il est un élément chevronné de l’équipe du Cactus. Il sera dans la meilleure compagnie avec Paul LAMBDA et Gaëtan FAUCER. Quel que soit l’éditeur, il est toujours important de proposer des formes courtes d’écriture, elles sont trop souvent insuffisamment reconnues.


Le désespoir avec modération

Paul Lambda

Cactus Inébranlable Editions

Paul est toujours aussi lambda qu’il prétend l’être et que son éditeur le pense lui aussi, il l’inscrit dans sa biographie de l’auteur comme il l’inscrivait déjà dans celle qui figurait dans le précédent P’tit Cactus de Paul : « ni Belge ni surréaliste ». Et pourtant, il manie le court avec dextérité presque aussi bien que ses grands devanciers auxquels il a rendu un vibrant hommage dans son monumental Cabinet lambda. « Il écrit des miettes et, les jours heureux, des confettis… ». Dans ce nouveau recueil, il mêle les réflexions les plus fulgurantes, deux ou trois mots pas plus, aux novelettes de plusieurs lignes, comme le montre les deux notes ci-dessous :

« Quelle ne fut pas la surprise des deux employés du cimetière quand ils aperçurent la mention Ne pas déranger écrite avec de la terre encore humide sur la stèle de Monsieur B., enterré depuis vingt ans, que sa veuve venait de rejoindre l’avant-veille ».

« Demain rétrécissait ».

Son éditeur précise que : « Chaque note contient de l’humour, de la poésie, du second degré, des images, des micro-histoires, des paysages, de la métaphysique et des poils de taupe dans une proportion variable ». Moi, à l’occasion de ma chronique de son premier P’tit Cactus, j’avais écrit : « … les traits d’esprits s‘enchaînent ainsi de ligne en ligne, de page en page, parce que chez Lambda l’aphorisme est avant tout un trait d’esprit, un trait d’esprit d’une grand finesse qui souvent tutoie l’absurdité sur fond de poésie avec un zeste de sensibilité… ». Manifestement nos opinions se rapprochent et je ne changerai d’avis à la lecture de ce présent recueil, pour moi, le trait d’esprit est toujours la marque de fabrique de Paul. Ses aphorisme ne sont jamais au ras de la moquette, il faut souvent monter une marche supplémentaire, parfois même deux ou trois, pour atteindre le niveau de compréhension de son aphorisme. Paul est un intellectuel de l’aphorisme même s‘il en reste un artisan. Je vous en livre quelques exemples pour vous en convaincre :

L’apocalypse est l’une de ses préoccupations récurrentes : « Hélas, un peu d’apocalypse chaque jour n’immunise pas contre la fin du monde ».

Encore la fin du monde : « Le monde s’arrêta de tourner et les hommes filèrent droit ».

Peut-être encore la mort mais avec beaucoup de poésie : « On l’a retrouvé noyé dans ses pensées, parmi les nénuphars ».

Il craint la civilisation de la machine qui détruira l’humanité : « Elle a souri à la machine qui ne l’a pas reconnue ».

Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de citer ce clin d’œil à Modiano et à son incomparable capacité de ne jamais terminer son propos : « Les soirs de brouillards, dans certaines rues parisiennes, flottent des bouts de phrases que Modiano n’a pas finies ». J’y aouterai ce doubles zeugmes dévoilés avant que d’être écrits : « J’ai un petit faible pour les zeugmas et les yeux clairs, dit-il en prenant son temps et une deuxième part de tarte aux fraises ».

Je vous avais prévenus, avec Paul, il faut parfois grimper une rampe complète pour accéder au plaisir suprême de sa lecture.

Pour commander le recueil sur le site du Cactus


Je crie de rage

Éric Dejaeger

Gros Textes

Ce petit recueil tombe à pic pour récolter des nouvelles du barde du Pays Noir, c’est moi qui l’affuble de ce pseudonyme digne des épopées des Chevaliers de la table ronde, la table et ses ripailles il connait bien et je trouve donc que ce surnom lui sied à merveille. Après les longues retraites imposées par Monsieur Virus, il est toujours réjouissant de constater que le amis auteurs, éditeurs et tous les gens de la chaîne du livre se portent bien. Ce texte montre qu’Éric n’a rien perdu de sa verve littéraire ni de son causticité et encore de sa vivacité d’esprit. Voici quelques exemples pour vous en convaincre :

« Con cave qu’on vexe. » (celui-là, je l’adore, quelques syllabes et voilà un joli trait d ‘esprit).

« L’unijambiste sait toujours sur quel pied danser. »

« Un ordinateur qui plante ne récolte rien. » (Ca c’est bien vrai aurait dit la Mère Denis).

J’ai eu aussi l’impression, l’âge venant, son arbre généalogique se peuplant, qu’il avait acquis une petite couche de sagesse, peut-être, mais ce n’est pas criant de vérité :

« Plus le temps passe, plus il me dépasse et moins il me tracasse. » (Je partage sans problème d’autant que j’ai déjà pris une belle avance).

« On parle de moins en moins de l’intelligence naturelle. Très mauvais signe. » (Ca ça me travaille sérieusement même si ça me concerne de moins en moins).

Il cultive toujours un anticléricalisme militant et un certain goût pour la grivoiserie même celle-ci tourne plus souvent à la coquinerie :

« J’ai fait une apparition à Lourdes. Personne n’a rien vu. » (c’est aussi une façon de se poser en rival de celle qu’on vénère habituellement en ce lieu).

« Madame, ne dite plus « Mon ancien amant devenu impuissant » mais « Mon ex sans trique. »

Mais j’ai surtout noté quelques belle réflexion sur la dégradation de notre société qui laisse sourdre une certaine inquiétude :

« A 16 ans avec ma Flandria 50 cc et pas de téléphone en poche, j’étais bien plus libre que maintenant ».

« La gent politique ne s’intéresse pas à la race humaine. Elle veut le pouvoir, point ».

C’est peut-être pour ça qu’il réserve un petit paragraphe particulier à l’intention de ceux qui nous dirigent bien mal selon ce que laissent entendre ses réflexions sur le sujet.

Le poète a toujours raison, seul lui a le front éclairé, mais « C’est toujours cet imbécile de critique qui fait le poète, lequel devient un imbécile de plus ». Je tiens à préciser que je ne n’ai aucune compétence pour faire une critique que je me contente d’écrire ce que j’ai ressenti à la lecture des textes que je dévore régulièrement. Façon de se défiler pas très élégante …

Pour commander le recueil sur le site de Gros textes


Le hasard arrive toujours à l’improviste

Gaëtan Faucer

Cactus inébranlable éditions

Depuis de nombreuses années, je croise Gaëtan sur les réseaux sociaux et divers blogs littéraires sans jamais n’avoir lu la moindre ligne de sa cependant déjà abondante bibliographie. J’ai dû attendre que le perspicace et piquant Cactus m’offre enfin l’opportunité de lire ce joli recueil d’aphorismes pour apprécier on écriture. L’éditeur dit de lui qu’il « écrit des aphorismes comme d’autres tirent à la mitraillette ! Ca fuse, ça explose, ça éclate et surtout, comme il vise bien, ça fait mouche » à chaque fois. C’est muni de cet avis que j’ai ouvert le recueil, j’ai été immédiatement sous le feu de la mitraille « aphoristique » de l’auteur. Comme le stipule son éditeur, il tire en rafales courtes, quelques mots seulement, et, comme au cinéma, sans recharger, il envoie une nouvelle rafale et ainsi de suite jusqu’à ce que la page soit bien remplie.

Les jeux de mots les plus fins, les raccourcis fulgurants, les incongruités littéraires, les doubles sens désopilants, les calembours improbables, les traits d’esprits acérés, …, toutes les munitions littéraires lui sont bonnes pour garnir son chargeur et tirer des aphorismes à pleine page. Le premier donne déjà le ton : « L’essence de l’humour noir ne pollue pas ! », et voilà c’est parti pour une première rafale ! « Quand les mots dansent sur le papier, le rythme n’est jamais loin ».

D’autres suivent et l’humour n’est pas toujours noir : « Personne ne peut vous voler votre éclat de rire », non seulement c’est très rôle mais c’est aussi très bon ! Et pourquoi ne pas enchaîner et rire jusqu’à ne plus pouvoir : « Vu qu’il faut mourir, j’espère que ce sera de rire ». Pour Gaëtan, l’humour est un vrai carburant mais j’ai bien aimé aussi ses traits d’esprits comme celui-ci : « Verlaine rédigeait souvent des mots d’excuse pour ses absinthes répétées ».

Gaëtan aime les femmes et sait très bien les flatter : « Si la femme était mauvaise, le diable en aurait une », mais il aime beaucoup moins les mangeurs d’herbe : « On ne peut plus rire de tout. / On ne peut plus manger de tout ». Le monde devient bien triste, heureusement que des auteurs comme Gaëtan savent distiller l’humour à pleines rafales sans lésiner sur les éclats.

A la fin de son recueil, Il a réservé un espace pour des thèmes bien précis :

Le milieu hospitalier : « Ma mère a 93 ans, et elle voudrait un rendez-vous avec un médecin du sport ».

Le monde animal : « Sans se parler les animaux se comprennent mieux que nous ».

Le monde du théâtre, qui est aussi le sien : « L’artiste et son égérie sa muse ».

J’ai beaucoup ri, j’ai aussi dégusté nombre d‘aphorismes sans lésiner sur le plaisir de les lire, j’ai ainsi bien apprécié ce recueil et je l’ai d’autant plus apprécié que sa dédicace m’a beaucoup ému car elle s’adresse à mon complice de lecture qui est surtout mon ami depuis plus d’une décennie et plus deux cent mille pages lues, j’ai fait une évaluation approximative à partir de données fiables : « A Éric Allard, un merveilleux écrivain, mais aussi un formidable passeur, un partageur, un rassembleur dans le monde des lettres belges, … »

Et comme les amis de mes amis sont mes amis … Gaëtan devinera la suite !

Pour commander le recueil sur le site du Cactus

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