LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 102. CHIEN DE PIANO

Ah si les chiens pouvaient parler ! - La leçon de piano d'André Manoukian

Le chien de piano est un tireur de mélodies, un traîne-notes, un remorqueur de claviers. Sur la neige de la portée, il glisse ses bémols et ses dièses, ses triples croches et ses quarts de soupir. Les mélomanes à la petite semaine de Noël en font des oreilles en feuille de houx, ils tombent de leur chaise musicale. Encore un peu, ils remiseraient leur stylo à sonnettes et s’inscriraient à la fanfare de leur quartier pour jouer des timbales et du triangle (s’ils reconnaissent les cuivres des bois de chauffe).

Le chien de piano aboie au clair de lune de la sonate de Beethoven sinon au mouvement musical de la suite bergamasque de Debussy. Il en faut pour tous les types de tympans, les traceurs de violoncelles autant que les ramasseurs de cymbales, les joueurs de sérénade comme les lanceurs d’aubade.

Le chien de piano ne vaut pas le Chat de Scarlatti marchant sur le clavecin de son maître pour un thème de fugue mémorable. Mais n’a-t-il pas imposé sa marque dans La Voix de son maître où on le voyait, tout ouïe, japper à l’oreille d’un parlophone, avant de sillonner tous les tours de disque de vinyl ?  

Le chien de piano est un transporteur de musique, il entraîne les orchestres philharmoniques et les bides bands dans les contrées les plus hautes de l’exploration auditive, là où ça siffle et où ça souffle. Il vit de rengaines et se nourrit de dos d’os de guitare sèche. Il souffle dans les trous de clarinette et se prélasse sur les cordes frappées d’un clavecin bien tempéré. C’est un bouledogue du son, un husky à bas décibel. 

Attention à ne pas confondre le chien de piano, doux comme un (motet de Jean) Mouton,  avec le pittbull de parano qui vous déchiquetterait une contrebasse armée d’un plectre de luthier plus vite qu’un arracheur de danses ne vous enlève une mauvaise valse d’un ballet viennois.

Enfin, une voix n’est pas coutume à La Fabrique des métiers de l’ouïe (qui défend la veuve poignet et l’orpheline) : et si (Doré compris) nous abattions le chien de piano, obsolète, qui marche sur trois pattes, et sans nulle référence de musique classique, pour laisser couler la luge de la bonne musique dans l’étang dégelé de la musique de variété genre aboyeurs de rap ou miauleuses de soul autotunées ? Avant que la société protectrice des cabots de bastringue ne réclame sa peau pour servir d’étendards à leurs complaintes canines.  

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