LES AILES BATTANTES de MARTINE ROUHART (M.E.O.) / Une lecture d’Éric ALLARD

Les ailes battantes - Martine Rouhart - Babelio

En 2009, Martine ROUHART apprend qu’elle est atteinte d’un cancer. S’ensuivront huit mois de traitement qui aboutiront à une rémission complète de la maladie. C’est l’expérience de l’irrévocable, de la vulnérabilité d’une existence et de ce qui la fonde, à l’aune de sa possible disparition.

Là où de nombreux ouvrages sur le sujet rapportent par le menu les traitements subis comme les souffrances corporelles et psychiques endurées, sans les minimiser, Martine Rouhart n’en fait pas le cœur de son récit.

Son propos est plutôt de prendre du recul et de tirer leçon de ce qui lui arrive, au fil des semaines, en s’appuyant sur la lecture de ses penseurs préférés (Montaigne, Nietzsche, Confucius, les philosophes stoïques), sur l’écoute de Bach, sur l’affection de sa chatte Froufrou et de quelques proches, en ralentissant son mode de vie, en se prêtant davantage à la contemplation et en s’adonnant à ce qu’on pourrait appeler la pleine lecture.

« Se plonger avec volupté une journée entière dans un bouquin de philosophie, méditer à loisir sur chaque phrase et sur l’évolution de son âme […] »

Et au plus fort de « la solitude de l’impartageable » et de la perte de repères, le souci, comme un sursaut salvateur, d’une ouverture, d’une attention différente aux autres.

Ainsi, écrit-elle, « j’ai fini par devenir mon amie ; senti un souffle me porter vers les autres. »

Sans embellir les choses ni s’afficher plus forte qu’elle n’a été, elle rend surtout compte de ce qui va l’augmenter et non pas la diminuer, mentalement, face à la maladie.

« Je sais bien que l’horizon est voilé de brumes. Qui pourra me convaincre que la bête est anéantie. […] Je finis toujours par écarter ces pensées, échardes douloureuses qui ruinent mes moments apaisés. »

Martine ROUHART


Une des scènes fortes du livre vient quand un médecin lui confirme le diagnostic redouté.

« Je me souviens que mon regard se fixait avec obstination sur le faîte dénudé de l’érable où perchait, immobile, un grand oiseau. 

Moment interminable. Et, puis, d’un coup, tout s’est comblé de solitude. Il a commencé à pleuvoir doucement au fond de moi […] »

Viendra bientôt la décision de se consacrer, à côté de sa pratique de l’aquarelle, à l’activité qui lui ressemble le plus et à laquelle elle va laisser libre cours : l’écriture.

« Ecrire comme on s’attelle des ailes pour prendre de l’altitude et mettre une distance avec ce qui désole. Pour faire rempart à toutes les heures délaissées par le bleu. […] »

Ecrire, n’est-ce pas s’incarner diversement, dans un texte, puis un livre, tout en gardant prise sur le réel, mais en le transfigurant, en l’essentialisant ?

Au prix d’une terrible épreuve, Martine Rouhart a réussi à maîtriser et à affermir son corps aussi bien que son âme en « vivant davantage sous la conduite de la raison ».

Martine Rouhart a bien fait de vouloir faire lire au plus grand nombre ce récit de vie, d’abord réservé à ses proches et narré dans une belle langue. Il servira à celles et ceux qui seront atteints d’une maladie grave, d’un sérieux revers de fortune, à leur permettre de tenir tête, puis, « en cherchant un sens plutôt qu’un but » à leur vie, à engager leurs forces vitales dans la voie qui servira le mieux leurs aspirations profondes.

Sept ans après les faits relatés, elle écrit : « On ne vit jamais autant que lorsqu’on pense énormément. »

Une belle phrase de fin de chronique, tirée d’un livre qui en contient beaucoup, pour commencer à vivre autrement mieux.

Martine ROUHART, Les ailes battantes, préface de Philippe REMY-WILKIN, Editions M.E.O., 68 p., 10€.

Le livre (en savoir plus & commande) sur le site des Editions M.E.O.

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