LA FABRIQUE DES MÉTIERS – 103. LANCEUR D’ALÈZES

Alèzes bordables 70 X 180 cm

Le lanceur d’alèzes évolue dans les EHPAD et maisons de retraite. Il alerte sur l’état lamentable des literies des résidents. Il rappelle à l’envi la décrépitude humaine, le devenir pathogène de l’humanité, jadis florissante, bandante, éructant sa semence dans un maximum de petits conduits accueillants, censés prolonger l’espèce éternellement.

Le lanceur d’alèzes bouscule la quiétude des chambres avec vue sur les immuno-déficients, les lits au carré de l’hypoténuse et les cercles de joueurs de bridge. Le lanceur d’alèzes dit la vérité qu’il a découverte depuis qu’il occupe un emploi, une place dans le lit de la société, tel un candide des gens modernes. Le lanceur d’alèzes est le trait d’union entre le fabriquant d’oreillers et le déplumeur de poules, entre le tisseur de toile et le tireur de voiles.

Durant son enfance, le lanceur d’alèzes retournait les matelas de ses parents, il tendait les draps de sa mémé sur le fil souriant de la pelouse, près de la rivière aux yeux clairs, entre le verger aux fruits rouges et le potager de légumes verts, tout un arc-en-ciel qui réjouissait la palette d’émotions de sa jeunesse dans le culte d’un socialisme raboteur des inégalités, radoteur et racoleur, en phase avec la généreuse nature dispensatrice des nombreux bienfaits dus aux bénéfices du compost social. Heureux temps s’il en fût, aimé des nouveaux riches et que le pauvre vécut au quotidien pendant des siècles dans l’indifférence de son bonheur, tel l’ingrat qu’il fut toujours.

Un jour, eh oui, le lanceur d’alèzes a découvert l’horreur du monde et a rué dans les brancards. Face à sa manie de tout jeter contre les murs, même sa tête, des infirmiers ont été contraints de lui appliquer un calmant voire un vaccin, à lui qui préférerait faire le jeu d’une épidémie pour être épargné d’une simple piquouze. Son truc à lui, c’était de sniffer les parties intimes du capitalisme quand celui-ci, pour affrioler les marchés, ne portait plus de dessous.

Enfin, il donne sa démission de l’EHPAD et entre au service propreté de sa commune comme ramasseur de merdes, où, on s’en doute, il aura encore beaucoup à dire sur le sale état de la société de consolation. À moins qu’il ne trouve un job comme personne-ressort dans une entreprise de recyclage de planches à repasser.

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