2022 – PREMIÈRES LECTURES : HUMEURS NOIRES / La chronique de Denis BILLAMBOZ

DENIS BILLAMBOZ

Voici deux polars, plutôt des romans noirs, qui véhiculent des idées bien noires. Le premier signé Catherine BESSONART évoque un tueur en série qui masque ses crimes sous la destruction de statues, ce qui pourrait laisser croire qu’il est tout autant assassin qu’iconoclaste mais le policier en charge de l’enquête soupçonne un autre mobile bien plus sinistre. Le second, de Pauline LIÉTAR, évoque les fameux TOC et les dérèglements d’un cerveau hyper actif en manque de problèmes à résoudre. Deux romans qui nous plongent au cœur du fonctionnement cérébral et émotionnel des êtres humains.


Et si Notre-Dame la nuit …

Catherine Bessonart

Editions de l’Aube

Notre-Dame de Paris là où la France se regroupe lorsque les événements sont particulièrement dramatiques. Km 0 du réseau routier national. Km 0 de l’histoire tricotée avec habilité par Catherine Bessonart. Là où Thomas, un peintre inconnu, découvre un matin que les neuf statues qu’il a acceptées de peindre pour un étrange commanditaire ont été décapitées au cours de la nuit. L’énigme générée par cette offense destructrice échoit sur le bureau du Commissaire Bompard, c’est le début d’une affaire qui prend rapidement une ampleur beaucoup plus dramatique. Des jeunes femmes sont-elles aussi retrouvées privées de leur chef dans divers endroits de la capitale, des filles qui n’ont aucun rapport entre elles, mais les lieux où sont retrouvés les corps, eux, semblent bien choisis pour une raison tout à fait significative.

Bompard et son équipe se livrent à toute une batterie d’investigations ne laissant aucune piste inexplorée, analysant le moindre indice, se penchant sur le plus petit détail, élaborant toutes les hypothèses semblant concorder avec les éléments dont ils disposent. Mais, le coupeur de tête semble plus rapide que les policiers qui ne font que courir après ses sinistres exploits. Il faudra à Bompard le concours de son psychologue pour explorer son moi le plus intime, le plus profond, pour rechercher dans son passé, sa prime enfance, les événements dramatiques que ses décapitations évoquent de façon de plus en plus prégnante au fur et à mesure que l’enquête progresse et que l’assassin étête. Cette sinistre vague de décapitation l’entraîne de plus en plus vers son enfance, comme s’il était personnellement concerné. « C’est curieux, …, mais chaque fois que je découvre quelque chose le concernant, je suis surpris au début, et très vite çà me devient familier ».

Et si Notre-Dame la nuit" de Catherine Bessonart - Le blog de Philippe  Poisson
Catherine Bessonart

Bompard, c’est un peu Maigret, Maigret interprété à la télévision par Bruno Cremer, il a comme lui la même lenteur un peu lourde de l’homme qui réfléchit en marchant, la même façon de respirer les lieux, d’essayer de s’immiscer dans la tête du tueur, de le comprendre, de trouver ses motivations, ses failles, ses rancœurs, les haines qui ont pu le pousser à l’action. Mais Bompard n’est pas le Maigret serein qui vit auprès d’une femme aimante qui prend soin de lui, c’est un homme divorcé d’une femme dont il n’arrive pas à se séparer, inquiet, angoissé qui porte un lourd passé qu’il n’arrive pas à extraire de sa mémoire. Il est suivi par un psychologue …. C’est un Maigret d’un autre temps qui vit dans un autre contexte, dans notre période d’angoisse et d’inquiétude. « Mais cette fois, c’était différent : c’est l’autre qui venait vers lui, l’aspirait ».

Catherine Bessonart propose un polar en équilibre entre les bons vieux polars de notre jeunesse, les sixties et les seventies, et les polars plus contemporains où les policiers sont souvent très proches des coupables, où justiciers et malfrats ne sont pas forcément dans des camps opposés… Une bonne lecture pour meubler vos heures de bronzette sur la plage des vacances.

Le livre sur le site de l’éditeur


Manies ennemies

Pauline Liétar

Sud Ouest Editions

Ebook: Manies ennemies, Pauline Liétar, Éditions Sud Ouest, Littérature,  2800200822734 - Leslibraires.fr

Lucie brillante chercheuse perd une bonne partie des crédits alloués à ses travaux sur la maladie de la pierre, elle profite d’une mutation de son mari au Pays Basque pour cesser son emploi et devenir mère au foyer en élevant ses deux enfants. Mais, Lucie est atteinte de troubles obsessionnels du comportement, son cerveau hyper actif est perturbé pas son nouvel emploi du temps qui le sollicite insuffisamment, alors il fantasme en construisant des histoire abracadabrantes. Elle a perdu sa mère alors qu’elle n’avait que dix-huit ans, elle est persuadée qu’elle est indirectement responsable de cette disparition brutale. Depuis ses TOCS ont pris une nouvelle acuité, elle doit tout vérifier ce qu’elle fait craignant qu’un oubli génère une nouvelle catastrophe, elle craint de n’avoir pas serré son frein à main, de ne pas avoir fermé la porte correctement, de n’avoir pas éteint la plaque de cuisson, …

Elle craint même d’avoir renversé le cycliste ou le piéton qu’elle vient de dépasser, elle fait demi- tour pour constater qu’il est toujours bien sur la route. Et, une fois, elle ne revoit pas dans son rétroviseur le jeune garçon qui marchait sur le bord de la route quand elle est passée à sa hauteur. Elle essaie de se persuader que ce n’est qu’un trouble de son cerveau en ébullition mais un appel lancé sur la Toile signale la disparition d’un gamin qui pourrait être celui-ci. Alors, elle panique, se convainc qu’elle l’a poussé dans le ravin, essaie de se raisonner, participe aux recherches, fouine partout pour essayer de trouver des indices propres à l’innocenter mais rien n’y fait, ses troubles ne font qu’empirer. Elle doit avoir de plus en plus recours aux médicaments qu’elle a dissimulés dans son placard secret.

Manies ennemies" de Pauline Liétar : Enquête sous TOC - Benzine Magazine
Pauline Liétar

Ses recherches prennent de plus en plus l’allure d’une véritable enquête qu’elle conduit avec l’aide des nouveaux outils de gestion de l’information qu’elle utilise avec une grande agilité. Au cours de ses recherches, elle découvre des indices qui la ramènent au décès de sa mère et qui se rapprochent de plus en plus de sa quête d’information sur la disparition du jeune garçon qu’elle pense avoir poussé dans le fossé. En trouvant ce qui relierait cette disparition à ce décès, elle espère se prouver son innocence dans ces deux événements dramatiques et, ainsi, échapper à son addiction médicamenteuse.

Une enquête originale où celle qui pense être la coupable mène l’enquête elle-même, une enquête qui, de ce fait, échappe à tous les codes habituels du polar. Un texte rythmé, alerte, qui entraîne le lecteur page après page sans lui laisser le temps de marquer, ne serait-ce que pour une brève pause, vers la conclusion de cette recherche inédite. Un livre qui se lit d’une traite aspirant le lecteur vers son dénouement. Une illustration des perturbations que subissent ceux qui sont atteints de troubles obsessionnels du comportement et de la dépendance qui les asservit de plus en plus à la médication.

Le livre sur le site de l’éditeur

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